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Déclaration sur les massacres de 1990


Nous vous invitons à lire ou relire cette déclaration du MND, la première qui dénonçait les massacres des militaires négro-africains au sein de l'armée. C'était le 19 mars 1991, au lendemain de la chute de Moussa Traoré. Peut être, qui sait, permettra de créer un déclic qui ramènera certains à la raison.


DECLARATION

Depuis le 9 Mars dernier, des dizaines de condamnés et de détenus politiques surtout négro-africain sont libérés sur décision de la Présidence du Comité Militaire de salut National. Mais le soulagement suscité par cette mesure en Mauritanie n’a été malheureusement que de courte durée. La libération des détenus a, en effet, révélé ce qui pour tous les mauritaniens était jusqu’alors inimaginable: de septembre 1990 à février 1991 une gigantesque entreprise d’élimination physique du maximum de cadre haalpulaaren dans les différents corps armés (armée de terre, marine, garde nationale) et les administrations publiques et secteur parapublics avait été perpétrée dans le plus grand secret. Plus de 180 détenus, selon un recensement encore provisoire, auraient été tués au cours de séances de tortures d’une cruauté inconnue auparavant dans notre pays. Dans la nuit du 27 au 28 novembre, 33 officiers et sous-officiers furent éliminés par strangulation, écrasement de la tête, castration, dans les bases militaires d’Inal et du PK 55. Les premières vérifications nous permettent déjà de donner une liste partielle des victimes de cet odieux carnage:

- Ly Moussa, homme d’affaires

- Kane Abberrahmane et Seck, agents de l’Asecna

(tous les trois assassinés dans le commissariat de police de Nouadhibou)

- Ba Baidi, lieutenant de douanes, assassiné à la brigade de gendarmerie de Nouadhibou

- Lome Abdoulaye, capitaine de la Marine, commandant du patrouilleur “le Nemadi”

- Sall Oumar, capitaine de la marine, chef du C.F.PM.

- Guissé Mamadou, adjudant chef, originaire de Bababé

- Ly Mamadou, adjudant, origine de Mbagne

- Diallo Younouss, sergent, originaire de Bababé

- Ndour Alioune, sergent,

- Traoré Mamadou,caporal

- Aw Oumar, caporal, originaire de El Barka

- Diallo Abdellahi Doro, caporal, originaire de Bogué

- Sall Abdoulaye Demba, 2e classe au GARIM

- Wagne Abdoulaye Demba, 2e classe au GARIM

- Dia Amadou Tijane, 2e classe au GARIM

- Diallo Khalidou, 2e classe au GARIM

- Ba Abderrahmane, 2e classe au GARIM

- Sarr Yaya, lieutenant, originaire de Mbaye

- Sow Aboubekrine, lieutenant, originaire de Djowol

- Bass Moussa, adjudant de Garde nationale

-Sow Amadou Mamadou, maître principal à la Marine

- Ba Mamadou Amadou, Marine

Parmi les rescapés du massacre, nombreux sont ceux qui porteront à vie les marques du calvaire subi : déchirure musculaire, mutilation sexuelle, traumatisme physique et psychique. Certains d’entre eux seraient décédés après leur libération.

L’ampleur de ce massacre sans précédent dans l’histoire de la Mauritanie contemporaine démontre que l’objectif recherché était visiblement moins une quelconque quête de renseignements que l’élimination physique du maximum possible d’éléments haalpulaar dans les forces armées et singulièrement la Marine qui avait échappé relativement aux épurations précédentes. Le chef d’Etat major, les directeurs régionaux de la sûreté de Nouakchott et de Nouadhibou, transmettant aux personnes libérées les “regrets” du pouvoir (C.M.S.N.)ont tous reconnus que les accusations de “complots” dirigées auparavant contre les détenus étaient sans fondement!

Dans ce qui apparaît comme un véritable génocide délibéré et planifié, la responsabilité du C.M.S.N. et particulièrement de son président, le colonel Ould Taya, est totale. Comme en témoignent la durée et l’ampleur de cette entreprise barbare (quatre à cinq mois), le choix du moment (période de la crise du Golfe où les regards de l’opinion nationale et internationale se dirigeaient ailleurs) et notamment le secret dont ils continuent jusqu’à présent d’entourer ces crimes monstrueux. A l’évidence, les récentes libérations de prisonniers et de détenus s’inscrivent surtout, avec la fin de la guerre du Golfe et le retour au premier plan des problèmes intérieurs, dans une tentative pour désamorcer la vague d’indignation que ne pouvait manquer de provoquer la découverte des massacres perpétrés.

Rappelons que, en 1984, deux jeunes Arabes accusés de nassérisme sont tués sous la torture dans les commissariats de Nouakchott et d’Atar et, au mois de septembre 1988, quatre prisonniers politiques (accusés d’appartenir aux Flam) meurent des suites de mauvais traitements dans la prison de Oulata. Et à chaque fois, les assassins sont restés impunis tout simplement parce qu’ils n’avaient fait qu’exécuter des ordres reçus d’en haut! Le nouveau degré atteint dans l’horreur montre que le C.M.S.N. entend poursuivre le génocide de son peuple. C’est dans le seul but d’attiser les conflits ethniques et de détourner l’attention de nos populations de leur situation économique, sociale et politique désastreuse, que le régime militaire a perpétré le massacre des cadres haalpulaar. La combinaison de la haine ethnique et de la barbarie érigée en méthodes de gouvernement menace de faire de notre pays un nouveau Libéria.

Pour arrêter cet engrenage criminel, nous exigeons avec toutes les forces démocratiques mauritaniennes une enquête indépendante du pouvoir pour que toute la lumière soit faite sur les massacres perpétrés dans les geôles mauritaniennes. Dans ce but, nous en appelons à la solidarité active de toutes les personnes et organisations soucieuses des droits de l’homme et des peuples et singulièrement dans notre espace Maghrébin et Ouest-africain.

Le 19 mars 1991

Le Mouvement National Démocratique (M.N.D.)


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