Le
Congrès extraordinaire de l'UFD/EN, tenu à Nouakchott les 13, 14 et 15
août 1998, s'est ouvert dans des conditions historiques particulières
pour la Mauritanie, ses populations et notre Parti. En effet, l'UFD/EN a
vu le jour pour répondre à des exigences primordiales relatives à
l'indépendance, à l'unité nationale, à la démocratie pluraliste et
à la justice sociale dans notre pays. C'est parce que certains de nos
anciens compagnons ont porté une atteinte grave aux obligations découlant
de ces exigences que notre Parti est entré dans une crise profonde.
A
l'issue de ses travaux, le Congrès extraordinaire est parvenu aux
conclusions suivantes :
En
dépit des démarches et des efforts pour le persuader de solutions
consensuelles en vue de préserver l'unité de Parti, le groupe d'Ahmed
Ould DADDAH, refusant de respecter les formes et les procédures en
vigueur au sein de l'UFD/EN, violant ses règles de fonctionnement,
annonçait l'adhésion du groupe des nasséristes à l'UFD/EN, au cours
de la séance du Bureau exécutif du 4 mars 1998. En les admettant dans
le Parti, nos anciens camarades ont également porté une atteinte grave
au programme et à la ligne politique de l'UFD/EN sur la question
nationale, l'un des piliers fondamentaux de notre Parti.
Pour
surmonter la crise profonde provoquée par l'admission anti-démocratique
des nasséristes, remettant en cause la ligne fondamentale du Parti, il
n'y avait d'autre solution que le recours à l'arbitrage de la base,
organisée dans les comités, les sections et les fédérations du
Parti. C'est donc la demande expresse des deux tiers des sections de
l'UFD/EN qui constitue le fondement juridique de la tenue du Congrès
extraordinaire du Parti, ôtant ainsi, définitivement toute légitimité
et toute légalité à l'ancienne direction. Le Congrès extraordinaire
constate ainsi la démission du groupe d'Ahmed Ould DADDAH et engage la
direction élue à prendre, en conséquence, les mesures qui s'imposent.
Notre
congrès extraordinaire s'est tenu dans un contexte international, régional
et national complexe.
2.1.
La mondialisation et la globalisation de l'économie, des rapports et
des échanges sont les traits les plus remarquables de cette fin de siècle
:
La
révolution informatique et technologique, en particulier dans le
domaine des communications, a accéléré la fluidité des échanges et
contribué à la concentration des richesses au niveau d'un groupe de
pays, d'Amérique et d'Europe notamment. Ce groupe exerce sa domination
sur les affaires mondiales et cherche à façonner le monde selon leurs
intérêts, leurs cultures et leurs civilisations. Cette volonté est
contraire aux aspirations des autres parties prenantes du monde
contemporain, qui constituent la majeure partie de l'humanité.
Parce
qu'elle est la négation du pluralisme, la mondialisation en cours,
conduite par un groupe de pays qui tentent d'imposer leur volonté au
monde, rencontrera la réprobation et l'opposition de la majorité des
pays et des populations de la planète et, si leurs tenants s'entêtent
à vouloir l'imposer, ils mettront gravement en péril la paix mondiale.
2.2.
L'effondrement et la dislocation de l'empire soviétique a consacré la
victoire de l'hégémonisme américain :
Les
USA sont aujourd'hui la puissance dont la politique exerce une influence
déterminante dans les affaires mondiales. Cependant, dans les faits,
les vastes regroupements de pays de divers continents (en Europe et en
Asie en particulier), l'aspiration des peuples et des pays à assumer
leur destin, les réserves que la politique américaine suscite ici et là,
indiquent le développement de processus qui, à terme, conduiront à un
monde multipolaire.
2.3.
Le contexte mondial actuel offre de larges possibilités au développement
de l'économie de marché et de la démocratie pluraliste dans les pays
du tiers-monde :
De
nos jours, la disparition du camp socialiste, l'apparition des
"dragons", des "tigres" d'Asie et des pays émergents
sur d'autres continents, montre que la scène mondiale a subi de
profonds changements.
Les
processus de démocratisation en cours en Afrique, en Amérique latine,
les changements politiques intervenus en Corée du Sud, le renversement
de la dictature de Suharto en Indonésie, montrent nettement que le développement
et les progrès de l'économie de marché ne sauraient être durables
sans la démocratie, le pluralisme l'Etat de droit et la stabilité.
2.4.
Partir des besoins et des préoccupations de son pays et de ses
populations ou s'ajuster suivant des considérations exogènes ?
Le
Japon et les "tigres" et "dragons" d'Asie ont pu
remporter des succès dans l'édification de leurs économies, en
partant des besoins et des préoccupations de leurs pays, en adaptant et
en acclimatant les lois générales de l'économie de marché à leurs
spécificités, en particulier à leurs cultures propres.
Si,
par contre, des pays comme la Chine ont pu résister à la tempête
actuelle, outre l'immensité de leur marché, c'est surtout la nature de
leur épargne et la part relativement limitée des investissements étrangers
dans leur économie qui en constituent l'explication fondamentale.
L'enjeu
décisif pour l'avenir de la Mauritanie, de l'Afrique, du Moyen-Orient
et de l'ensemble des pays du tiers-monde porte sur la réponse à
apporter à la question suivante : à partir de quelles approches édifier
l'économie de marché ? Deux démarches se confrontent : celle qui préconise
des réformes structurelles fondées sur les besoins et les préoccupations
locales et se soucie de l'organisation de l'autonomie collective des
ensembles régionaux et sous-régionaux d'une part ; celle qui milite
pour le libéralisme sauvage, procède de considérations exogènes et
tente d'imposer son diktat par l'intermédiaire des institutions de
Breton Woods. Il ne fait aucune doute que nous militons pour la première
et nous nous opposons à la seconde. Nous ne préconisons pas ainsi une
politique de confrontation et de rupture avec ces institutions mais nous
pensons qu'il est nécessaire et possible de parvenir à des compromis
qui se fondent sur les intérêts de notre pays et l'organisation de
l'autonomie collective des ensembles sous-régionaux et régionaux
auxquels nous participons.
La
mondialisation des échanges a largement enjambé les barrières de
protection des zones d'influence et des chasses gardées, ouvrant ainsi
les horizons de la coopération et du partenariat : les pays du
tiers-monde disposent ainsi de nouvelles marges de manoeuvre plus
favorables à leur développement endogène.
2.5.
Travailler à l'instauration de la paix et à sa sauvegarde, en
recherchant de justes compromis dans la gestion des conflits qui
secouent le monde :
De
nombreux foyers de tensions existent dans le monde : en Afrique des
Grands Lacs, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique du Sud, dans les
Balkans. D'une manière générale, nous sommes pour la recherche de
solutions pacifiques à ces conflits, en recourant aux compromis tenant
compte des intérêts des parties en présence. Deux exemple permettent
d'illustrer ces propos : le conflit israélo-arabe et la situation en
Afrique des Grands Lacs.
Les
Palestiniens et les Arabes sont parvenus, par l'intermédiaire des
accords d'Oslo, à un compromis avec les travaillistes israéliens.
L'application de ces accords, que l'UFD/EN a toujours soutenu, est
aujourd'hui mise en péril par le gouvernement Natanyhaou. L'UFD/EN
soutient les revendications légitimes des peuples et des pays arabes,
pour la restauration de leurs droits, le recouvrement de leurs
territoires (Golan, Sud-Liban), la création d'un Etat palestinien, le
droit à l'existence d'Israël et l'établissement d'une paix juste et
équitable pour l'ensemble des communautés de la sous-région.
L'UFD/EN
soutient la juste cause de l'Irak et de son peuple pour son droit inaliénable
à se doter du régime politique de son choix. Elle exige la levée de
l'embargo qui porte atteinte au droit élémentaire à la vie du peuple
irakien, d'autant plus le gouvernement irakien a rempli les conditions
posées par les résolutions des Nations unies. L'UFD/EN demande également
la levée de l'embargo imposé à la Lybie.
L'Afrique
des Grands Lacs offre le spectacle tragique du développement de
violences génocidaires, porteuses de la haine entre les communautés
pour plusieurs générations. L'UFD/EN est opposée à l'oppression
nationale sous toutes ses formes et soutient toutes les luttes émancipatrices.
Elle rejette le recours à la violence pour résoudre les questions liées
à la coexistence de communautés différentes et préconise la
recherche de solutions de compromis, dynamiques et prenant en compte la
durée pour assurer leur efficience.
La
Mauritanie est un pays du Maghreb appartenant à l'Afrique de l'Ouest.
Les changements qui interviennent au sein de ces deux entités influent
sur la situation intérieure de notre pays qui affecte, à son tour, le
devenir de ces deux ensembles. L'UFD/EN préconise l'établissement de
rapports confiants de coopération avec l'ensemble de nos voisins, au
sein des institutions sous-régionales auxquels la Mauritanie
appartient, en particulier l'OMVS et l'UMA. Trois questions particulières
méritent une attention soutenue de notre part : l'évolution de la
situation au Sahara occidental, l'avenir des rapports entre les pays de
l'OMVS et les conflits intercommunautaires en Afrique de l'Ouest.
3.1. L'évolution
de la situation au Sahara occidental :
Prenant
acte de la détermination du peuple Sahrawi à choisir librement son
destin, les Nations unies et l'ensemble de la communauté
internationale, ont réussi à enclencher le processus de recherche de
solutions par la voie de l'organisation d'un référendum.
Nous
avons invariablement soutenu et continuons de défendre le droit inaliénable
du peuple sahrawi à l'autodétermination. La communauté internationale
doit être particulièrement vigilante afin que les manoeuvres
dilatoires ne remettent en cause ce principe ou n'engendrent des
situations préjudiciables à son application.
L'ensemble
des parties prenantes doivent prendre l'engagement solennel de respecter
le résultat des urnes. Pour préserver la paix, l'une et l'autre
devront laisser les portes ouvertes pour favoriser l'établissement de
relations pacifiques entre les populations concernées. C'est cela qui
contribuera à des avancées significatives dans l'instauration de la
paix sous-régionale et l'intégration des pays membres de l'UMA.
3.2.
L'OMVS :
Le
contexte mondial actuel, en particulier le phénomène de la
mondialisation, l'héritage du passé multiséculaire et la communauté
de nos destins, dictent que nous comprenions, dans toute l'Afrique de
l'Ouest et au Maghreb, ainsi que dans les autres institutions sous-régionales,
qu'il n'ait pas d'autre salut pour chacun de nos pays pris isolement,
que l'organisation de notre autonomie collective.
Forts
de cela, la Mauritanie et le Sénégal doivent mettre fin à la
suspicion qui empoisonne leurs rapports et leur coopération au sein de
l'OMVS. Il est impérieux pour les uns et les autres, tout en défendant
leurs intérêts spécifiques, de travailler à les mettre en cohérence,
à assurer leur complémentarité, à bannir et à renoncer définitivement
à toute forme conflictuelle qu'ils pourraient prendre. Ainsi, et
seulement ainsi, loin de tout égoïsme national, sera-t-il possible
d'envisager la gestion de l'OMVS, le développement du bassin du Sénégal,
en tenant compte à la fois des intérêts de l'ensemble et de chacune
des parties.
3.3.
Les conflits intercommunautaires et le cas singulier de la Guinée-Bissau
:
L'UFD/EN
encourage les parties en conflit à rechercher des solutions équitables
et durables, en recourant au compromis pour assurer la coexistence
pacifique entre communautés. Le conflit en Guinée-Bissau doit être résolu
par des moyens pacifiques et sur la base du principe de la non-ingérence
et de la recherche de compromis favorables à la restauration de la paix
sous-régionale. Sinon, il pourrait à terme, avoir de graves incidences
sur l'ensemble de la sous-région.
Le
calme apparent qui prévaut dans notre pays ne devrait tromper ni les
Mauritaniens, ni leurs partenaires.
4.1.
Au plan économique et social :
D'une
manière générale, pendant qu'un nombre de plus en plus réduit de
Mauritaniens contrôlent les richesses du pays, se livrent à des
gaspillages inouïs, l'immense majorité des populations, y compris ceux
qui appartiennent aux classes moyennes, vivent dans la misère ou tout,
au moins, éprouvent des difficultés de plus en plus grandes à
satisfaire leurs besoins vitaux. On assiste à la naissance et à
l'enracinement de lobbies tribaux maffieux qui noyautent les rouages de
l'Etat, s'emparent des richesses du pays, dictent leurs lois à la
puissance publique et opposent les citoyens sur des bases contraires à
leurs intérêts véritables.
Les
marchés de l'Etat, l'octroi des crédits, les transferts de devises, la
justice et l'ensemble des institutions garantes du traitement équitable
des citoyens n'offrent plus la transparence nécessaire à la
concurrence émulative entre citoyens, en particulier pour les opérateurs
économiques. Cela va à l'encontre des principes de base du libéralisme
économique, favorise l'apparition de véritables monopoles, au préjudice
des intérêts des citoyens.
L'aggravation
continue des conditions de vie des populations, en particulier les
couches les plus défavorisées, le chômage des jeunes, l'inflation,
l'analphabétisme, la détérioration du pouvoir d'achat des citoyens
consécutive aux dévaluations successives de l'Ouguiya, préoccupent
l'UFD/EN au plus haut point. L'ensemble de ces phénomènes constitue un
terreau qui nourrit les explosions sociales porteuses des aventures de
toute nature.
De
nombreux Mauritaniens vivent à l'étranger dans des conditions précaires,
mettant souvent en péril leur vie et leurs biens. Pour l'UFD/EN il est
particulièrement urgent de négocier avec les pays d'accueil des
conditions de migration et de séjour prenant pleinement en compte les
droits des personnes, garantissant leur vie et leurs biens. Dans le même
ordre d'idées, il est du devoir de notre pays de persévérer dans
l'hospitalité et d'offrir les mêmes conditions aux hôtes étrangers
qui vivent parmi nous.
Il
est temps pour notre pays de mettre fin définitivement aux relations
fondées sur les relations de dépendance des hommes à leurs
semblables.
Le
statut de la femme mauritanienne est bien en deçà de sa place et de
son rôle dans la société. L'UFD/EN est particulièrement attachée à
la définition d'un statut juridique lui assurant la protection, la défense
et la promotion de ses droits. L'UFD/EN s'emploiera à lui réserver,
progressivement, la place qui lui revient dans l'ensemble de ses
structures.
En
tout état de cause, l'UFD/EN sera partout aux côtés des Mauritaniens
les plus démunis et de l'ensemble des victimes d'une quelconque forme
de traitement discriminatoire, pour les soutenir dans leurs luttes légitimes
visant à améliorer leurs conditions d'existence et à promouvoir la
justice sociale.
4.2.
Au plan politique :
L'avènement
de la constitution de 1991 constitue un progrès incontestable par
rapport au régime du parti unique et aux régimes d'exception qui lui
ont succédé.
Les
résultats des élections législatives, sans commune mesure avec les
choix des citoyens, ont-elles créé un sentiment général, largement répandu
au sein de l'opinion publique : l'impossibilité de faire prévaloir les
choix de la majorité des citoyens par les urnes. Avec les atteintes
multiples à la liberté d'association, de presse, et à l'indépendance
de la justice l'idée même de démocratie est discréditée et ouvre la
voie à toutes les dérives. Il est devenu urgent de prendre des
initiatives hardies pour enrayer et inverser ce sentiment général, de
mettre en oeuvre des actes convaincants pour rassurer les acteurs de la
vie nationale de l'ouverture d'une étape fondée sur l'équité et la
garantie de l'exercice effectif de la démocratie.
La
politique mise en oeuvre par le pouvoir a fait la preuve de son
incapacité à développer le pays sur des bases durables et dans l'équité,
de son inefficience pour sauver la Mauritanie des menaces qui pèsent
sur son existence et sur son unité. Ceux qui exercent le pouvoir en
Mauritanie assument la responsabilité principale de l'impasse politique
dans laquelle se trouve le pays et dans la crise économique et sociale
profonde qu'il traverse. Ils ont le devoir de réfléchir aux voies de
sortie de crise. L'UFD/EN lance un appel solennel et empressé à tous
ceux qui, au sein du PRDS et de la coalition présidentielle, partagent
nos inquiétudes, afin qu'ils usent de leur intelligence et leur
influence pour contribuer aux inflexions indispensables au salut de la
Mauritanie.
L'opposition
mauritanienne, à laquelle nous appartenons, compte des acquis indéniables,
en particulier dans le rétablissement de relations de confiance entre
les communautés du pays et l'instauration des conditions de la démocratie.
Cependant, elle a échoué dans ses tentatives pour présenter des
solutions alternatives, pertinentes et susceptibles d'unir la grande
majorité des Mauritaniens de toutes les familles politiques afin qu'ils
s'engagent dans des voies de la paix civile et du développement
durable.
L'entêtement
du pouvoir au maintien du statu-quo, conjugué avec l'empressement de
certains dirigeants de l'opposition et le particularisme extrémiste,
risque de conduire à des conflits tragiques et destructeurs pour le
pays. Pour conjurer les graves dangers qui menacent la paix civile,
l'existence de notre pays et l'unité de son peuple, il n'est d'autre
voie de salut que la réalisation du compromis national entre les
parties prenantes du jeu politique. Pour avoir quelque chance de succès
et de durabilité, le compromis national a grandement besoin du soutien
des personnalités patriotiques, de l'ensemble des secteurs de l'opinion
publique et des partenaires de notre pays.
Face
à la gravité de la situation, l'UFD/EN proclame solennellement que
tout en travaillant à son édification interne, recourra à toutes les
formes de lutte légales nécessaires à l'adoption d'une politique de
compromis national, avec l'ensemble des Mauritaniens qui seront disposés
à s'associer à elle. L'UFD/EN s'emploiera prioritairement à
convaincre l'ensemble des parties prenantes du jeu politique national à
s'engager dans la voie de la réalisation du compromis national.
Nouakchott,
le 15 août 1998
Le
Congrès Extraordinaire de l'UFD/EN

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