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Interview accordée à Nouakchott-Info n°809 du 11 juillet 2005

Interview accordée à la Tribune n°263 du 11 juillet 2005


Interview accordée à Nouakchott-Info n°809 du 11 juillet 2005

 

"Même dans les pays ayant un système démocratique plus ancien, il existe des courants chrétiens-démocrates, pourquoi s'opposer chez nous à l'existence de courants "musulmans démocrates"? "

 

C'est un homme cultivé, modeste et incontestablement courtois et disponible que nous avons rencontré, en marge de la conférence de presse qui s'était tenue à l'UFP, après le retour de sa délégation de Cotonou, la capitale du Bénin, où elle prenait part au Forum sur la Paix et la Démocratie en Afrique de l'Ouest. Le 1er vice-président de l'UFP, M. Bâ Boubakar Moussa, est un homme au calendrier surchargé. Expert à l'OCDE, il est aussi Secrétaire exécutif du Club de Veille pour la Paix en Afrique de l'Ouest et c'est à ce dernier titre, qu'à peine est-il rentré de Cotonou, qu'il a pris un avion pour Lomé, capitale du Togo, pour faire les bons offices et réconcilier Faure N'Gnassingbé, fils du défunt président Eyadéma auquel il a succédé et l'Opposition qui crie à l'usurpation dû pouvoir.

 

Nouakchott Info: Vous rentrez du Forum de Cotonou sur la Paix et la Démocratie en Afrique de l'Ouest, au cours duquel le Club de Veille pour la Paix en Afrique de l'Ouest vous a choisi comme Secrétaire exécutif. Quels sentiments en retirez-vous ?

Ba Boubakar Moussa : J'ai été très touché par l'estime et la considération avec lesquelles mes amis du Club de Veille m'ont confié cette responsabilité. J'ai été également sensible aux félicitations de mes camarades ^les partis politiques de l'Afrique de l'Ouest, en particulier du bassin du fleuve Sénégal, de mes camarades de l'UFP et des autres partis mauritaniens. Cela me conforte dans mes choix : consacrer l'essentiel de mon existence à la cause des peuples de tous les continents, en particulier ceux d'Afrique et du monde Arabe. D'autant plus que nous avons beaucoup de pain sur la planche au niveau du Club de Veille : populariser les résultats du Forum auprès des autorités des différents pays, répondre aux sollicitations de parties en conflit en Côte d'Ivoire, au Libéria, en Sierra Leone, à la facilitation entre les parties au Togo, la préparation du prochain Forum, l'organisation du Secrétariat Exécutif. Je ne ménagerai aucun effort pour surmonter ces défis, avec l'aide des miens, ma famille, mes camarades et amis.

 

Nouakchott Info : Le Forum de Cotonou et celui initié par le RDU poursuivent, apparemment les mêmes objectifs. Pourriez-vous nous en dresser un tableau comparatif?

BBM : S le Forum de Nouakchott a mis l'accent sur la démocratie et les valeurs citoyennes, celui de Cotonou s'est surtout préoccupé de la paix et de la démocratie dans une aire géographique regroupant 18 pays, ceux de la CEDEAO, le Cameroun, la Mauritanie et le Tchad. Les représentants des partis politiques, des médias et de la société civile constituent la grande majorité des participants, à Nouakchott comme à Cotonou. A Cotonou, on comptait également des représentants des pouvoirs publics et des bailleurs de fonds comme observateurs. Les débats ont porté sur les mêmes questions, ont révélé les mêmes sujets de préoccupation. Cela a conforté les participants mauritaniens dans la voie qu'ils ont choisie. Les conclusions du Forum de Cotonou, en particulier la Déclaration Finale, inspireront, j'en suis sûr, les travaux des Commissions du Forum de Nouakchott, ainsi que les assises du Comité de suivi du 11 juillet 2005.

 

Nouakchott Info: Monsieur le Président, la 2ème Commission issue du Forum initié par le RDU siège dans les locaux de l'UFP. Vous dirigez la délégation de l'UFP à cette Commission. Quelle est, selon vous, l'importance de cette Commission et quelles contributions en attendez-vous pour le Comité de suivi ?

BBM : Du fait de ses termes de référence c'est, sans aucun doute, la plus importante de toutes les Commissions issues du Comité de Suivi du Forum initié par le RDU. Elle a en charge les questions relatives à l'organisation de la concertation permanente, formalisée et durable entre les partis de la coalition présidentielle et ceux de l'opposition, la prise en charge des initiatives pour l'implication des partis et courants d'opinion non représentés au Forum, l'organisation périodique des forums par les différents acteurs. La formalisation, sur des bases durables, de la concertation permanente entre les partis au pouvoir et ceux de l'opposition est la question capitale parmi toutes. Il est indispensable que dans les meilleurs délais, des mesures soient prises pour la mettre en place. Les moments historiques que traverse notre pays, ainsi que les nuages qui s'amoncellent à l'horizon, en font une exigence prioritaire.- Pour s'assurer de son édification sur des bases durables, il convient de remplir deux exigences, tout en évitant deux pièges. Les deux exigences portent sur la démocratie et l'efficacité. L'exigence démocratique appelle à la mise en place d'une forme d'organisation qui assure la participation pleine et entière de tous les partis politiques mauritaniens, pourvu qu'ils adhèrent à la Déclaration Finale du Forum. L'organisation d'un Forum spécifique aux partis politiques pourrait répondre à cette exigence : les enjeux majeurs du moment, les questions prioritaires, les questions controversées et sensibles pourraient y être traitées. C’est indispensable pour ne pas être pris au piège de la condescendance, en négligeant certains partis politiques. Pour l'UFP, il vaut mieux commencer à discuter des questions les moins difficiles pour créer une atmosphère de convivialité, surmonter les préjugés et les malentendus, établir la confiance mutuelle. C'est à ce prix qu'il sera possible de discuter de questions comme celle de l'esclavage et des événements de 1989 dans une volonté commune de renforcement -de l'unité nationale. Vouloir placer cess questions, malgré leur importance, au centre des débats actuels, avant d'avoir créer les conditions propices à leur traitement bénéfique pour le pays, serait manquer de sens et de discernement politiques.

La seconde exigence est celle de l'efficacité : le suffrage universel, malgré tous les défauts de notre système électoral, a engendré des différences quant à la responsabilité des partis politiques. Ceux qui sont représentés au parlement assument, objectivement, une responsabilité plus grande que les autres. Lorsque des décisions urgentes et capitales sont à l'ordre du jour, c'est à eux que revient le devoir de se concerter pour contribuer à alimenter les décisions revenant aux pouvoirs publics. Il est donc indispensable qu'ils créent un cadre de concertation permanente, dans lequel ils se retrouvent suivant les formes, les modalités et la périodicité dont ils conviendront de commun accord. C'est ainsi qu'on pourrait éviter le piège de la démagogie consistant à placer les uns et les autres au même niveau de responsabilité. Imaginez qu'en des moments particulièrement importants, exigeant des décisions graves et urgentes, le cadre choisi soit celui du Forum de tous les partis politiques : ni la discrétion nécessaire, ni la mesure, encore moins la sagesse ne sauraient animer ce qui risque de se transformer en une foire d'empoigne.

L'APP, SAWAB, Wihdawi, l'AJD, etc., à l'intérieur du pays, et d'autres au niveau de la diaspora, entre autres, figurent parmi les partis et courants d'opinions politiques qui restent encore en dehors du Forum. Il est essentiel de déployer le maximum d'efforts pour les y associer. Enfin, nous félicitons le RDU pour l'initiative du Forum qui a couronné les efforts entrepris par les uns et les autres en vue d'amorcer le dialogue. Il nous revient désormais, ensemble, de mieux organiser le Forum, en décidant d'une périodicité (4 fois par an, par exemple), en le tenant alternativement sous l'égide d'un parti de la coalition présidentielle ou de l'opposition, en assurant la direction du Comité de suivi sur des bases représentatives des différents acteurs en présence, et en assumant solidairement les charges que ces activités impliquent.

 

 

Nouakchott Info : L'agression de Lemgheiti ne vous pas laissé indifférents mais l'opposition garde toujours à l'esprit une certaine analyse selon laquelle le pouvoir a créé le climat propice au terrorisme et à l'explosion sociale. Qu'en dites-vous?

BBM : Excusez-moi de devoir nuancer vos propos. Il y a, certainement, des différences d'approche de la question du terrorisme au niveau des différents partis de l'opposition. Nous n'avons pas encore mis en cohérence nos points de vue. Au niveau de l'UFP, nous prévoyons de tenir une conférence de cadres sur la problématique. Je me permets de vous dire ce que j'en pense personnellement. Le terrorisme est un concept à usages multiples qui recouvre diverses considérations relatives aux méthodes de lutte, à l'organisation, aux phénomènes caractérisant une époque. Au plan idéologique, les mouvements terroristes se sont souvent développés en s'appuyant sur des positions religieuses fondamentalistes et sectaires. D'un point de vue historique, divers mouvements, y compris des mouvements de libération nationale ont recouru à des méthodes "terroristes" contre l'occupant : pensez à la résistance algérienne. Il existe une forme de terrorisme d'Etat du genre de celui qu'Israël utilise contre les peuples arabes, en particulier les dirigeants de la résistance palestinienne. Et, pour aller vite, avec la mondialisation, le terrorisme est devenu un phénomène international qui prend racine dans le terreau de l'exploitation et de l'oppression qui caractérisent le système mondial actuel, ainsi que dans la situation de la grande majorité des pays du tiers-monde, en particulier les pays arabes et musulmans. I! existe, de nos jours, des organisations qui, comme Al Qaïda, ont décidé de faire du terrorisme leur principale méthode de lutte. La Mauritanie est un pays qui n'échappe ni à son époque, ni au contexte mondial actuel. Naturellement, comme dans tous les pays musulmans, il s'y développe deux courants islamistes. L'un, de tain dominant, est celui dont se réclament Jemil Mansour et ses camarades. Il est démocratique et pacifiste, à la manière de Ghannouchi, en Tunisie. L'UFP soutient le droit à l'existence légale de ce courant comme partie prenante de notre scène démocratique. Même dans les pays ayant un système démocratique plus ancien et mieux enraciné, il existe des courants chrétiens-démocrates, pourquoi s'opposer à l'existence de courants "musulmans-démocrates" dans les pays musulmans ? Il existe également un courant extrêmement minoritaire, de type salafiste et partisan du terrorisme. L'UFP est opposé à la tolérance de ce courant et refuse l'amalgame qui consiste à assimiler le mouvement islamiste dans son ensemble à ce dernier courant. En choisissant l'amalgame, les pouvoirs publics développent une politique qui, à terme, favorise le développement de l'extrémisme islamiste. En effet, le risque est grand, faute d'avoir droit de cité, de voir les sympathisants du courant islamiste, démocrate et pacifiste [je dis bien leurs sympathisants et non leurs dirigeants !) de céder, pour leur propre survie, au second courant. C'est ici qu'il faut situer toute la gravité des conséquences de la politique des pouvoirs publics. Par ailleurs, en ayant en vue la dimension sous-régionale de la question, on doit bien avoir conscience du développement de mouvements militaires islamistes à caractère national ou multinational dans les confins sahariens des pays sahéliens et dans la partie méridionale des pays maghrébins. Les pays de la sous-région ont intérêt à se concerter et à convenir d'une politique commune pour y faire face, en se gardant de céder à la politique de certains pays extérieurs à la région, mus par des intérêts stratégiques loin des nôtres. Ils se doivent, en particulier, de refuser de céder à la tentation d'une aide militaire dont la conséquence pourrait transformer les confins sahariens de la région en un champ de confrontation entre les USA et Al Qaïda. Les Mauritaniens doivent également ouvrir les yeux sur un phénomène dangereux qui se développe : le caractère maffieux que prennent certains pans de notre économie. Dans nos confins sahariens, le trafic de toutes sortes de produits, en particulier de cigarettes, s'amplifie, portant selon les spécialistes, sur plus d'un milliard de dollars par an. Ce trafic est alimenté par des entrepôts ayant pignon sur rue à Zouérate et Bir Moghrein, et recourant à des moyens militaires, y compris la défense antiaérienne. Il y a certainement une imbrication entre les groupes armés et les trafiquants. Les pouvoirs publics ont le devoir d'y mettre fin, sous peine d'être accusés de complicité et de provoquer la riposte d'autres pays voisins qui en sont victimes.

PROPOS RECUEILLIS PAR MOHAMED OULD KHATTAT


Interview accordée à la Tribune n°263 du 11 juillet 2005

 

BA Boubakar Moussa, le nouveau secrétaire exécutif du Club de Veille pour la paix en Afrique de l’Ouest à La Tribune 

(Tribune n°263 du 11 juillet 2005)

 

«C’est la confirmation que la ligne de notre Congrès d’août 1998, de dialogue, de compromis, sur la base de concessions mutuelles, pour surmonter les différends, crises et conflits en cette période trouble de la vie dans notre sous-région est la seule juste et conforme aux intérêts des peuples»

 

La Tribune : Vous venez d’être élu Secrétaire exécutif du Club de Veille pour la Démocratie, la Bonne Gouvernance et la Paix en Afrique.  Que ressentez-vous et qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

 BmB : Merci de m’offrir l’occasion de m’adresser à vos lecteurs. J’avoue avoir été très touché par la marque d’estime et de sympathie avec laquelle mes collègues et amis du Club de Veille ont bien voulu me confier la charge de Secrétaire Exécutif. Ils ont pris ce risque au moment où le Club venait d’organiser à Cotonou, avec le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, du 28 juin au 1er juillet, un Forum dont le succès a largement dépassé les résultats attendus. S’il faut y voir une part de mérite personnel, je pense également, sans fausse modestie, le devoir surtout à l’Université du MND et à l’UFP auxquels j’ai consacré l’essentiel de ma vie, avec le soutien des miens, de ma femme en particulier.

Le Club de Veille a beaucoup de pain sur la planche. Le Forum nous a demandé, de concert avec le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, de populariser les résultats auprès des gouvernements de la CEDEAO, du Cameroun, de la Mauritanie et du Tchad. Nous sommes sollicités par les parties en conflit en Côte d’Ivoire, au Libéria, en Sierra Leone, pour la facilitation au Togo. Il nous appartient, d’ores et déjà de penser au prochain Forum… C’est dire l’importance des efforts à consentir. Je me suis promis de ne ménager aucun effort pour mériter la confiance de ceux qui m’ont choisi, persuadé de continuer à bénéficier du soutien de mes compagnons de lutte de l’UFP et des autres pays.

 

La Tribune : C’est au cours de la tenue du Forum de Cotonou, où la Mauritanie était présente dans toute sa diversité que vous avez été élu. Pouvez-vous nous décrire l’ambiance qui a prévalu au sein de la délégation mauritanienne ?

BMB : Vous m’en demandez beaucoup. J’éprouve encore de l’émotion en en parlant… Il m’a rarement été donné de lire dans les yeux de mes camarades un sentiment de satisfaction et de fierté aussi profond, en particulier au niveau de Mohamed Ould Maouloud, Kadiata Malick et de Babacar Touré qui est un Mauritanien d’adoption. J’ai eu droit aux félicitations sincères et chaleureuses de M. Ahmed Ould Sidi Baba, Président du RDU qui m’a dit que «cela honorait la Mauritanie». Hindou mint Aïnina m’a exprimé toute sa fierté. Ahmed Ould Daddah m’a vigoureusement serré la main, et dit à quel point, en tant que Mauritanien il se sentait honoré.

Je me dois de vous avouer ne pas encore être habitué à ces nouvelles fonctions : c’est à peine si je ne me fais pas rappeler à l’ordre pour jouer le rôle que mes collègues attendent de moi !

 

La Tribune : En quoi les conclusions de ce Forum peuvent-elles influer sur le cours des choses en Mauritanie ?

 BMB : A plusieurs niveaux. Au niveau de l’UFP, c’est la confirmation que la ligne de notre Congrès d’août 1998, de dialogue, de compromis, sur la base de concessions mutuelles, pour surmonter les différends, crises et conflits en cette période trouble de la vie dans notre sous-région est la seule juste et conforme aux intérêts des peuples. Cela nous encourage à persévérer. Au niveau des autres membres de la délégation mauritanienne, du RFD, du PRDS, du RDU, c’est la confirmation que bon nombre de pays de l’Afrique de l’Ouest rencontrent les mêmes difficultés que la Mauritanie, que la voie du dialogue et de recherche de compromis salvateurs, illustrée par les multiples tentatives de l’UFP, ayant été couronnée par l’initiative du RDU, mérite d’être poursuivie et approfondie. Nul doute que les conclusions du Forum de Cotonou, en particulier celles contenues dans la «Déclaration Finale», inspireront les participants au Forum de Nouakchott, dans leurs propositions comme dans leurs conclusions.

 

 

La Tribune : Imaginons un moment BA Boubakar Moussa appelé à conseiller au Président Taya d’entreprendre un train de mesures… Lesquelles ?

 BMB : (Rires). Bâ Boubakar Moussa, fort de l’expérience de l’UFP, ayant un sens de l’Etat et du respect dû au Président de la République, s’interdit, d’une manière générale, de porter sur la scène publique le contenu des propos qu’il tient lors des audiences que le Chef de l’Etat leur accorde ! Lorsque le Président de la République nous fait l’honneur de nous recevoir, nous n’avons pas, généralement, la prétention de nous adresser à lui en lui conseillant d’entreprendre un train de mesures. Nous prenons l’initiative d’exprimer notre avis sur les sujets en discussion, en souhaitant que cela puisse être utile à notre pays et à son peuple. Si, comme nous le souhaitons, il nous fait l’honneur de nous recevoir prochainement, nous nous en tiendrons au même style. Peut-être alors, les propos que nous tiendrons, contribueront-ils à initier un train de mesures ou les influenceront-elles. Tu comprends pourquoi je n’ai pas eu la prétention de parler de «conseils pour un train de mesures».

 

La Tribune : Toujours dans le cas de la Mauritanie, nous avons l’impression que le tout sécuritaire l’emporte sur toutes les autres logiques. Comment y mettre fin ?

 BMB : Vous avez tout à fait raison. Avec le Forum tout le monde s’attendait à un train de mesures allant dans le sens de l’apaisement et non à l’escalade. Cette logique sécuritaire est poussée à un point tel qu’elle conduit à violer la présomption d’innocence et le secret de l’instruction, lorsque parlementaires et partis politiques sont invités à venir prendre connaissance des preuves que la police a accumulées contre les islamistes détenus. J’espère que la réflexion, les efforts pour prendre quelque recul, et le sens de la mesure contribueront à mettre fin à cette dérive. Si, par malheur et pour diverses raisons il n’en était pas ainsi, rien n’interdit de penser à des développements catastrophiques. L’exemple de la guerre du Sahara et ses conséquences sur la situation politique intérieure est encore présent dans notre esprit. Le développement de mouvements armés islamistes salafistes dans les confins sahariens des pays sahéliens sont d’une gravité suffisamment inquiétante pour être traités en profondeur et avec esprit de responsabilité. Pour y faire face, il est urgent de mobiliser l’ensemble de nos énergies, de resserrer les rangs, sur la base d’une concertation large et sans exclusive. Le temps nous est compté pour  cela.

 

La Tribune : Vous faites partie de ceux qui prônent le «compromis historique» basé sur le dialogue. Dans quelles conditions ou circonstances pourriez-vous envisager d’y renoncer ?

BMB : C’est une question d’une extrême importance en ces moments troubles et inquiétants pour l’histoire de notre peuple. Vous imaginez bien que nous ne pouvons manquer de nous la poser, à moins de renoncer à exercer nos responsabilités. Vous me permettrez de m’en expliquer plus longuement que pour les questions précédentes.

Vous savez, du MND à l’UFP, nous avons consacré l’essentiel de nos vies à une cause sacrée : celle des peuples. Invariablement, toutes les fois qu’il nous a paru essentiel de définir une politique et de prendre telle position ou telle autre, ce fût notre boussole unique… Nous n’avons pas encore connu, grâce à Allah, la situation du marin en détresse qui lit mal sa boussole du fait de l’obscurité ou de l’engourdissement. A certains moments de notre existence, comme lors de la guerre du Sahara, pendant que tous, sans exception, soutenaient le chauvinisme contre le peuple sahrawi, nous avons dû prendre notre courage à deux mains pour aller à contre courant. Ce fut une épreuve particulièrement éprouvante pour nous. Ceux de ma génération s’en souviennent. Aujourd’hui, nous sommes convaincus que la voie du dialogue et du compromis est l’unique voie salvatrice. Nous ne ménageons aucun effort pour parvenir à des résultats significatifs avec l’ensemble des forces politiques et des membres de la société civile qui participent au Forum. Nous travaillons sans ménagement pour y gagner, également, toutes les forces politiques et l’ensemble des courants d’opinion significatifs qui demeurent encore en dehors du Forum. C’est parce que nous sommes convaincus que nos efforts finiront par être récompensés que nous persévérons dans cette voie.

Si, malgré tout, à l’issue de ce processus, nous parvenons à la conclusion d’avoir épuisé les efforts et les sacrifices nécessaires pour amener les partenaires des pouvoirs publics à entreprendre les réformes indispensables, si nous avons la conviction que le pays va au devant d’une situation chaotique, alors l’hypothèse d’envisager de renoncer à notre politique du moment s’imposera. En pareilles circonstances, la seule volonté des hommes politiques ne suffit pas pour se déterminer : ils devront dire à leur peuple ce qu’il convient de faire, tout en sachant que le choix ultime sera dicté par le niveau de conscience et d’organisation du moment, ainsi que la disposition des masses elles-mêmes. Je souhaite de tout cœur que la sagesse finisse par l’emporter et que les initiatives et réformes nécessaires soient prises pour éviter ce sort à notre peuple. Ceux qui exercent les responsabilités suprêmes ont, certainement, profondément conscience de la gravité de la situation. Soucieux de marquer de leurs empreintes ces moments historiques, ils ne tarderont pas à prendre les décisions qui s’imposent : il y va du salut de notre peuple et de leurs intérêts propres.

 

La Tribune : Merci, Boubakar. J’espère que tes responsabilités nouvelles ne t’éloigneront pas pour longtemps de notre pays !

 BMB : C’est à moi de te remercier, Oumère. A mon âge il devient difficile de s’éloigner et pour longtemps, de son pays et de son peuple. Seule les contraintes du devoir m’y forceront. Comme le siège du Club de Veille a été transféré à Dakar, je crois que j’aurai le plaisir de vous voir souvent.



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