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Respecté, décrié ou franchement délesté, le Mouvement National Démocratique (MND) partage avec quelques rares formations politiques, le redoutable privilège d'être toujours à l'avant scène depuis plus de deux décennies. Invariablement impliqué dans les événement marquants de l'actualité depuis 1968, le "mouvement" n'en reste pas moins, paradoxalement, le "courant" le moins connu de l'échiquier politique du pays, celui à propos duquel se pose le plus de questions... Et de malentendus. De controverses sur sa "ligne" aux débats passionnés sur ses dirigeants connus ou supposés, son image paraît toujours pour une partie de l'opinion tout au moins, figée et fuyante, image entretenue il est vrai par les non dits de rigueur d'une longue période de clandestinité et les aléas de l'adversité politique permanente. Aujourd'hui que les langues peuvent plus ou moins se délier, que la réalité peut eue plus directement abordée, des coins du voile peuvent enfin être levés, d'autant plus impérativement que les vieilles habitudes de la rumeur et de la spéculation politiques continuent à avoir cours et même à s'amplifier, comme si de rien n'était. Des articles récents parus dans la presse illustrent parfaitement ces considérations. Il en est plus particulièrement du Canal n°5 dont la "tête d'affiche" a été consacrée à un "dirigeant historique" du MND, Moustapha Ould Bedrcdine, et qui a eu au moins le mérite d'aborder franchement, quoique parfois sur le ton de l'insulte, des questions souvent soulevés mais peut être trop longtemps restées sans réponse. Ces questions concernent la vie du dirigeant en question et, d'une manière générale, les positions, attitudes et comportements du Mouvement à l'occasion de certains événements de la vie politique nationale au cours de ces 20 dernières années. Qu'il me soit donc permis d'apporter ma contribution dans ce débat en apportant non seulement au Canal, mais aussi à tous ceux qui pourraient s'y intéresser, les éclaircissements nécessaires.
1- A propos de l'un "des dirigeants historiques du MND", Bédreddine Moustapha Ould Bedredine est né en 1940 à Chargue Mowgue (Sangrava) de père Idablehcen el de mère Tagatt. De famille Zwaya (maraboutique), il fit ses études coraniques dans une mahadhra de 1952 à 1960, date à laquelle il fut "hafidh Al Quran". Il débuta sa carrière professionnelle après avoir réussi au concours de moniteurs d'enseignement en arabe en 1960 et la poursuit depuis lors dans l'éducation nationale, perturbée seulement par les aléas de son engagement politique. En 1966 il est instituteur après une formation au Caire puis inspecteur en 1977. Il a été successivement, affecté au Gorgol et à Nouakchott comme inspecteur puis directeur de l'enseignement fondamental. Le numéro visé du Canal relèvera dans cette carrière professionnelle deux "zones d'ombre": sa nomination comme directeur de l'ENFACOS (fin 1980) qui « sombrera après son passage » puis comme "directeur inamovible de l'ENI de Nouakchott de 1988 a nos jours". Dans le premier cas, on pourrait supposer que Bedredine porte une quelconque responsabilité dans la liquidation de l'établissement en 1987. La réalité est qu'à son arrivée celui-ci n'existait pour ainsi dire pas : quelques bâtiments vétustes et une soixantaine d'élèves. Il fit redémarrer et achever les travaux de construction des salles de classes, bloqués depuis 1974 et construisit par la suite trois logements administratifs pour lesquels un financement de 24 millions d'ouguiya était disponible. Sur cette somme, seulement quatre millions neuf cent mille UM furent utilisés, le reste figurant dans les caisses au moment de sa passation de service en 1987. Ce reliquat a occasionné un énorme scandale financier en 1989, c'est à dire deux ans après son départ, et dans lequel, le Contrôle d'Etat qui a été effectué, ne l'a impliqué ni de près ni de loin. On peut seulement relever que durant son passage à l'ENFACOS, ses effectifs sont passés de 60 à 400 élèves répartis dans plusieurs filières professionnelles. Quoique fonctionnelle, l'Ecole a été liquidée dans le cadre de l'application du PREF, les filières enseignées ne relevant pas des secteurs "préservés" c'est à dire l'éducation classique ou la santé. C'est donc l'Etat et seulement lui qui en porte la responsabilité... "L'inamovibilité" du "dirigeant historique" du MND à la tête-de l'ENI est également soulignée avec insistance, l'idée étant suggérée qu'il s'agirait là d'une "planque", une sinécure octroyée par le régime de Ould Taya en contre-partie de son "soutien" voire de son accointance idéologique avec ce dernier. Ainsi il a été relevé que, curieusement, le poste ne lui fut pas retiré durant son arrestation avec les autres dirigeants du FDUC en 1991. Il faut admettre que si la contrepartie politique devait valoir le "prix" alors Bedredine serait réellement un bien mauvais "épicier de la politique, qui gère ses contradictions au mieux de ses intérêts" car, en tant que directeur inamovible de l'ENI, Bedredine ne gagne "que" 35000 UM avec, il est vrai, le véhicule et le logement de fonction. C'est certes beaucoup, pour nombre de responsables de directions officielles ou officieuses de nos jours. On peut ajouter que si l'homme était accessible à quelque velléité de carriérisme administratif ou politique, il ne l'aurait sans doute pas borné à une "charge" aussi banale puisque par deux fois Bedredine a refusé une promotion autrement plus "alléchante": ministre de la jeunesse et des sports en 1979 sous le règne de Moustapha Ould Saleck et secrétaire général de la permanence du CMSN en 1980 sous Haidalla. Si donc actuellement le régime de Ould Taya a une raison quelconque de maintenir Bedredine à son poste, elle lui est totalement étrangère. La seule certitude est qu'il ne doit rien à aucune compromission (politique, tribale, ethnique ou familiale). Car une telle pratique est contraire à ses convictions. La déformation de certains aspects de la vie professionnelle de Bedredine s'accompagne d'un jugement sans nuances sur sa personne puisqu'il est dépeint dans le n° visé du canal, comme un "sournois par nature", un "artiste du compromis" qui "ménage l'adversaire quand il est trop fort" et "l'achève quand il est affaibli" et, suprême insulte dans le registre des adversaires politique du MND, "un bon marxiste", "un bon marxiste", " un bon marxiste " … De telles attaques personnelles n'auraient évidement pas mérité une attention particulière si, au delà du dirigeant, elles ne visaient en réalité la doctrine politique et les méthodes d'action de sa "sensibilité politique". Aussi est-il nécessaire de revenir sur les aspects saillants de l'évolution politique de Bedredine en rapport direct avec certaines circonstances particulières de l'histoire récente de la Mauritanie à laquelle la vie du militant est très intimement liée. L'itinéraire politique de Bedredine a débuté non pas à la fin des années 60 mais très exactement en 1962 lorsqu'il participa activement à la création du syndicat des enseignants arabes dont il sera secrétaire général en 1966. Il commença son militantisme politique en même temps qu'une autre figure de l'histoire du MND, Sidi Mohamed Soumeida avec lequel il participa à la création de la formation politique panarabiste dirigée alors par (Georges Habache, le Mouvement National Arabe (MNA). Avec d'autres cadres arabes, ils rompirent avec le nationalisme arabe particulariste après d'âpres combats idéologiques, dans le contexte à la fois des événements inter-ethniques de 1966 et la défaite des armées arabes à l'apogée du nassérisme. C'était également l'époque de la montée, dans de nombreux pays du tiers-monde, du marxisme léninisme d'obédience maoïste suite à la Révolution culturelle prolétarienne en Chine. Bedredine et d'autres intellectuels arabes fondèrent alors, avec des cadres négro-africains également en rupture avec l'idéologie particulariste négro-africaine, le Mouvement Démocratique National (MON) qui deviendra quelques années plus tard le MND. Celui-ci se donnait pour mission d'unir les différentes composantes ethniques et sociales du pays pour combattre l'impérialisme et le féodalisme considérés comme les deux principaux facteurs de l'arriération de la Mauritanie, et la principale cause de l'accentuation des divisions au sein du pays. A l'époque, la main-mise de la MIFERMA sur les principaux leviers de commande économiques du pays ne laissait aucun doute sur la situation néocoloniale du pays. Cette mainmise étrangère se manifestait sur tous les plans de la vie nationale (éducation, culture, politique etc. ) C'est dans ces circonstances que fut appliquée, pour la première fois, la théorie "de la contradiction principale et des contradictions secondaires" si agaçante* de nos jours. L'on doit pourtant se souvenir que ce sont les ouvriers « incultes » de Zouerate qui, instinctivement, mirent en application cette nouvelle vision des choses lorsque, dépassant leurs divisions ethniques consécutives aux événements de 1966, ils se lancèrent dans la première action d'envergure du prolétariat mauritanien pour faire reconnaître leurs droits à l'Etat et à MIFERMA. Réprimée dans le sang, cette première grève générale de l'histoire du pays donnera lieu aux "massacres de Zoueratt" du 29 mai 1968. Le MND apparut au grand jour pour organiser marches, grèves, et manifestations de protestation contre le régime en place, toutes actions dont prendront le relais de nombreuses autres couches sociales, notamment les élèves et les étudiants -ralliés à la doctrine politique du mouvement et à sa théorie des contradictions. Pour Bedredine et ses camarades commencera alors l'ère de la répression et de la vie clandestine : arrestation et incarcération à la prison de Kaédi du 22 juillet au 22 octobre 1968, arrestation le 10 juillet 1971 dans le contexte de la lutte pour les libertés syndicales, jugement le 18 mai 1971 puis acquittement à la suite de nombreuses pressions nationales et internationales, arrestation et déportation à Bassiknou avec toute sa famille le 20 Novembre 1971 à la suite de l'organisation de manifestations de soutien aux ouvriers de Nouadhibou en grève, arrestation le 7 octobre 1972 et assignation à résidence, à Tamchakett puis à Boumdeid avant d'être inculpé et écroué le 7 Avril 1972 pour "atteinte à la sûreté de l'Etat". Il fut libéré en décembre 1973 à la suite de l'amnistie décrétée par le pouvoir dans le cadre de la politique dite d'ouverture marquée notamment par l'arrivée des "Technos". Pour certains, Bedreddine est un homme sans scrupules, un "artiste du compromis y compris sur ses propres principes (s'efforçant) toujours de concilier sa trajectoire politique avec les contraintes du moment", un "virtuose de l'hypocrisie politique (qui) n'en est d'ailleurs pas à une trahison près". Pour étayer ces graves accusations, il nous "informe" que "ses parents Tagatt en savent quelque chose. Ses compagnons "chartistes" également. "Il les avait encouragés à intégrer le pouvoir pour ensuite les abandonner à leur sort". Le journaliste tire ses arguments d'une histoire dont les acteurs sont certes encore vivants, mais dont il n'est pas certain qu'elle soit vraiment connue. Examinons d'un peu plus près les événements qu'il évoque si hâtivement. L'histoire des "chartistes" est celle de la première grande déchirure politique, idéologique et organisationnelle intervenue au sein du MND au moment où le régime civil entreprenait sa politique dite des réformes en 1973 -74. Cette politique reprenait nombre de revendications pour lesquelles le mouvement avait engagé une lutte ardue, qui faillit même déboucher en 1973 sur le déclenchement d'une lutte armée (Tactique dite de juillet). Les revendications étaient :
1. la nationalisation de la MIFERMA ; 2. la création d'une monnaie nationale 3. la révision des accords avec la France ; 4. une solution juste de la question nationale sur la base de la reconnaissance de l'égalité complète de nos quatre nationalités et leur droit à l'autodétermination ; 5. le soutien à la lutte du peuple sahraoui. Certaines de ces mesures, incontestablement patriotiques pour l'époque, avaient été prises dans un contexte de crise ouverte avec la France et des tensions internes au régime divisé entre conservateurs et progressistes. Après d'âpres discussions au sein de l'ensemble des structures clandestines du MND, la ligne générale fut celle d'appuyer la politique de réformes en exploitant, pour mobiliser les populations, tous les cadres légaux existant y compris le PPM. La politique dite d'intégration n'était alors qu'un aspect de cette ligne tactique. La scission au sein du mouvement et du PKM intervint lorsqu'une fraction des dirigeants profita de sa position dominante au "sommet" pour dissoudre les structures des organisations clandestines et rejoindre le PPM "avec armes et bagages". C'est précisément en référence à leur adhésion totale à la "charte" émise par le PPM qu'ils doivent leur surnom de "chartistes" de "liquidateurs" etc... La rupture fut définitive entre les deux tendances qui s'affrontèrent d'autant plus vigoureusement sur l'interprétation de la ligne, que les principaux leaders des "chartistes" vont se transformer en "commissaires politiques" du PPM; et au moment de l'éclatement de la crise saharienne, beaucoup d'entre eux seront des partisans zélés de l'agression contre le peuple sahraoui. Il se trouve que Bedredine fut l'un des principaux opposants à la ligne de capitulation et l'un des principaux artisans de la reconstruction du MND, alors complètement disloqué (1976-1978). Par conséquent, il faut une profonde méconnaissance de la vérité historique pour accuser Bedredine d'avoir "trahi les chartiste"! L'autre "trahison" incriminée relève également de l'affabulation. Il s'agit des problèmes "de Bedredine avec certains membres de sa famille". Il est parfaitement exact, qu'en tant que militant du MND, ce dernier était de longue date en conflit ouvert avec certains gros féodaux de sa localité suite aux vives tensions existant entre ceux-ci et les couches sociales déshéritées (femmes, haratines, nobles appauvris) à propos de l'exploitation des terres de Chelket Lehmir et d'autres zones. S'étant opposé à leur volonté d'exclure les pauvres de l'accès aux terres qu'ils exploitaient, Bedredine fit l'objet de mesures de représailles acharnées : tentative d'embuscade d'un groupe d'obscurantistes soi disant religieux à Nouakchott en 1981, attentat le 22 juillet 1982 par le même groupe lié à une fraction des féodaux et occasionnant la mort d'un homme à Chelkhet Lehmir... Néanmoins, grâce à cette lutte, les protagonistes finirent par convenir d'un accord écrit, le seul à notre connaissance en Mauritanie, reconnaissant le droit d'accès à la terre aux anciens esclaves, aux femmes et d'une manière générale aux pauvres de la localité. On voit donc à quelle "trahison" et à quelles "solides inimitiés" fait allusion le rédacteur de l'article, dont on n'ose croire qu'il eut souhaité une attitude inverse du "renard" dans cette affaire... Complétant l'acte d'accusation, le journaliste n'ayant en vue que le contexte politique actuel, ou croyant "faire mouche", nous révèle que "depuis l'avènement du régime actuel (celui du 12/12) Bedredine fera constamment des rapports favorables à Ould Taya au sein des instances du MND, préconisant paradoxalement une neutralité bienveillante à l'égard du tombeur de l'allié Haidalla". Il serait ainsi l'instigateur de la "ligne capitulaire" au sein du MND vis à vis "d'un régime de plus en plus porté aux excès de discriminations". Examinons cela de plus près.
2°/ L'orientation fondamentale du MND et ses rapports avec les différents régimes militaires :
Bedredine a toujours agi dans le cadre de l'orientation générale du MND comme le concède d'ailleurs le journaliste "l'essentiel étant que les mots d’ordre du MND y soient". C'est donc à cette ligne générale d'abord, pour autant qu'il la connaisse évidemment, qu'il devait s'en prendre étant donné le caractère manifestement spéculatif et provocateur de l'accusation de "rapports favorables à Ould Taya" jetée négligemment sur le papier. Cette ligne générale n'a pas été fixée sous le régime Haidalla mais dès avant le putsch de 1978, au moment même où la guerre du Sahara avait débuté sur une grande échelle et alors que le mouvement était encore extrêmement affaibli par ses divisions internes. Elle consistait à s'opposer à la guerre et à lutter par tous les moyens pour sauvegarder l'indépendance nationale et l'intégrité territoriale du pays menacées par notre participation aventureuse au conflit. Cette ligne fut défendue publiquement, notamment lors du congrès de la jeunesse en 1977. Le MND lança sa politique de front uni national sur la base d'une plate-forme politique comprenant : - Le retrait unilatéral de la guerre et la négociation de paix avec le F. Polisario. - L'instauration des libertés démocratiques ; - La solution de la question nationale sur la base de l'égalité entre nos nationalités ; - La réforme agraire fondée principalement sur la reconnaissance des droits des couches sociales déshéritées ; - L'abolition effective de l'esclavage. Dès cette époque, les militaires (CMRN puis CMSN) étaient constamment divisés sur la voie à tenir, non seulement sur la question centrale du moment (la paix unilatérale "ou la paix globale" au Sahara, mais aussi sur bien d'autres problèmes, notamment la question des libertés démocratiques etc... Après quelques hésitations (régimes Bouceif qui pourchassa activement les militants du MND en particulier Bedreddine) le pouvoir militaire raffermit son orientation en faveur de la paix. Haidalla joua à cet égard un rôle considérablement positif puisque, par un remarquable esprit de décision, il imposa une ligne patriotique courageuse vis à vis non seulement du Sahara (signature des accords de paix avec le F.Polisrio) mais en faveur des minorités négro-africaines par la création de l'Institut des langues nationales et l'adoption du principe de leur officialisation par leur intégration dans le système d'enseignement en dépit de la farouche opposition des groupes chauvins baathistes et nasséristes, abolition de l'esclavage et reforme foncière. Chacune de ces mesures, juste dans son principe, à bien évidemment conservé certains aspects négatifs que le MND a d'ailleurs dénoncés en son temps, notamment par voie de tracts. Mais d'une manière générale, elles contribuèrent à créer un climat plus favorable à la sauvegarde de notre unité nationale et de notre intégrité territoriale. Pour dire la vérité, au cours de toute cette période, caractérisée par de nombreuses tentatives de putsch ou de déstabilisation provenant de différents secteurs "politiques" de l'armée (les baathistes alliés à Dahane, les nasséristes pro-libyens, l'AMD), Maaouiya Ould Taya est resté sur des positions fondamentalement justes et nationalistes. Aussi surréaliste que cela puisse paraître actuellement, c'est bien Maaouiya Ould Taya qui permit de déjouer le coup d'Etat nationaliste arabe de Dahane le 24 Avril 1981. Il joua également un rôle décisif dans la reconnaissance de la transcription latine des langues négro-africaines et leur enseignement dans les établissements. A l'époque, Taya comme Haidalla, comme Anne Mamadou Babaly et d'autres officiers supérieurs... avaient joué un rôle de tout premier plan pour la sauvegarde de l'unité nationale et de l'intégrité territoriale de la Mauritanie, face aux menaces et aux actes de provocation militaires ou politiques de certains pays. Aussi le MND s’attacha-t-il à les conforter dans cette position tout en critiquant les insuffisances notoires de bien d'autres aspects de la politique générale du régime militaire. Cette attitude de soutien critique l'amènera à refuser, à plusieurs reprises, toute participation à un gouvernement militaire en dépit de nombreuses sollicitations (dont fit l'objet constamment Bedredine) compte tenu de l'inconséquence du régime sur des questions clé de la politique nationale (notamment celle des libertés démocratiques). La seule fois où le MND accepta de participer dans un tel gouvernement ce fut en 1981 avec Daffa Bakary dans le cadre d'un gouvernement d'union chargé de mettre en oeuvre le premier processus de démocratisation pluraliste dans notre pays. Mais l'enlisement puis la renonciation par le régime militaire à ses engagements sur ce sujet, entraînèrent la démission de Daffa suivie d'une lettre d'explication de son geste à l'opinion publique nationale. Les divergences entre le MND et Haidalla sur cette question, et sur bien d'autres, tout en conservant un caractère non antagoniste en raison du maintien par ce dernier d'une ligne patriotique par rapport à la question du Sahara, n'ont cessé néanmoins de s'accentuer, dans le même temps que se développaient les divisions au sein même du "groupe des officiers nationalistes". Ces divisions vont finalement aboutir à la restructuration du 12/12 entreprise par Maaouiya contre son allié, alors que le régime de Haidalla était arrivé à un stade ultime d'isolement dans l'opinion, en particulier sur le chapitre des libertés et des droits de l'homme. Aussi, conscient de la sensibilité du thème sur une opinion épuisée par le contrôle policier et les atteintes graves aux libertés, Maaouiya va-t-il en faire le principal axe de ses discours avec la modernisation du pays. Il marqua également sa volonté de maintenir la Mauritanie dans " une stricte neutralité " vis à vis du conflit du Sahara tout en promettant des mesures en vue de "libéraliser" le système politique. A partir de 1984-85, le régime de Ould Taya, largement infiltré par des groupes nationalistes arabes (baathistes et nassérites) va graduellement adopter une ligne ouvertement chauvine, alimentée par la maladresse voire les provocations de certains groupes nationalistes étroits négro-africains. L'attitude générale du MND consista alors à combattre par la propagande et l'agitation dans les différents milieux de l'opinion (en particulier les milieux intellectuels) la surenchère verbale à laquelle se livraient les particularistes arabes et négro-africains. Cette position -objectivement inconfortable compte tenu de la bipolarisation alors en cours-lui vaudra un isolement considérable dans les milieux intellectuels arabes et négro-africains largement acquis à la propagande particulariste. Pour les nationalistes arabes, le MND était un groupe "marxiste", et Bedredine un traître à la "cause arabe". Pour leurs vis-à-vis négro-africains, au contraire, il n'était qu'un avatar du chauvinisme arabe, ses militants négro - africains des phalangistes "vendus au régime Botha - Taya". C’est précisément dans ce registre que Bedredine -entendez le MND-"n'aime pas les noirs" tout en étant un "communiste". En 1987, à la suite de la tentative de putsch d'un groupe d'officiers et sous officiers négro-africains, le MND fit paraître une déclaration critiquant très vivement la démarche particulariste qui avait sous-tendu cette malheureuse aventure tout en faisant porter la responsabilité principale de la situation dans laquelle se trouvaient les négro-africain au chauvinisme d'Etat du régime de Ould Taya. Profitant de la répression qui s'ensuivit contre les communautés négro-africaines, les baathistes et les nasséristes déclenchèrent une violente campagne anti -hal pulaar, profitant même de certains faits divers pour pousser à la confrontation entre nos ethnies. La dénégrification avait d'ores et déjà commencé sur une grande échelle lorsque les baathistes, activement soutenus par une puissance étrangère, voulurent s'emparer de "tout le pouvoir". La répression sélective qui s'ensuivit ne porta nullement atteinte, bien au contraire, à l'orientation ouvertement chauvine du régime du 12/12 malgré tous les efforts du MND et de Bedredine en particulier pour faire entendre raison à Ould Taya. S'en prenant à la fois aux groupes négro-africains et arabes –avec, il est vrai, un "traitement" manifestement discriminatoire même dans leur répression- Ould Taya non seulement ne voulut pas renoncer à cette orientation dangereuse pour l'unité nationale mais même commença à préparer les conditions d'une vaste répression contre le MND. Le harcèlement de certains militants connus du MND, (par exemple l'interpellation de Bedredine en 1987) au moment où ces derniers avaient déclenché une vaste campagne "de porte à porte" pour désamorcer la tension ethnique déjà très vive à l'époque, entrait dans ce cadre. Les événements de 1989, et le génocide qui suivit depuis lors contre les négro-africains apparaissaient comme le stade ultime de l'évolution du régime du 12/12 vers la dictature fasciste et le chauvinisme d'Etat. Maaouiya Ould Taya renonçant définitivement et irrémédiablement à la moindre velléité d'unité nationale et de patriotisme, en faisant siennes les thèses fondamentalistes des extrémistes arabes. Il n'y eut depuis lors, de la part des militants du MND aucune illusion ni ambiguïté à l'égard de "l'homme du 12/12". C'est la raison pour laquelle le mouvement orienta son action vers la préparation des conditions d'une lutte générale de notre peuple dans sa diversité ethnique et sociale pour la démocratie pluraliste et la sauvegarde de l'unité nationale. C’est à partir de cette orientation générale qu'il apporta sa contribution à l'émergence d'un vaste courant démocratique tant à l'intérieur du pays qu'à l'extérieur, en particulier dans les milieux des déportés et des exilés. Il participa ainsi, dès le départ, aux activités clandestines puis ouvertes de certaines forces politiques unitaires qui aboutirent finalement à la naissance du FDUC, et ultérieurement de l'UFD. Il apparaît ainsi que l'histoire du MND est aussi complexe que celle qu'a connue le pays au cours de ces vingt dernières années. Pour en avoir une vue d'ensemble, on pourrait la diviser en plusieurs grandes périodes : - Celle de la constitution du Mouvement, sa lutte pour l'indépendance nationale par la contestation du néocolonialisme. Cette période a duré jusqu'à l'adoption de la politique dite des réformes et la scission au sein de l'organisation ("liquidation"): 1968-1976. - Celle de notre implication dans la guerre du Sahara, l'arrivée des militaires au pouvoir et la résurgence des particularismes ethniques (1977-1984). - Celle où le particularisme arabe s'empare totalement de l'appareil d'Etat et où les divisions inter - ethniques et la crise économique et sociale constituent les principales caractéristiques de la situation nationale (1985 -1990). Enfin, l'époque actuelle marquée par le développement d'un puissant mouvement populaire et démocratique (UFD) et par un isolement sans précédent du régime en place. En rapport avec ces différentes situations, l'attitude du MND a consisté à : 1. Combattre le régime de Ould Daddah, puis appuyer ses nouvelles options dès lors que celles - ci étaient conformes aux intérêts du peuple. 2. Combattre la guerre et appuyer le régime militaire pour la sauvegarde de notre intégrité territoriale et la préservation de la paix, en parti culier avec le peuple sahraoui, en dépit de son opposition à certains aspects importants de sa politique (gestion économique, atermoiement sur la question de l'esclavage, la question nationale et la question des libertés démocratiques. 3. Combattre les tendances et par la suite l'orientation franchement chauvine du mouvement du 12/12. 4. Agir activement pour l'instauration de la démocratie pluraliste, sauver l'unité nationale et renforcer le regroupement de l'opposition démocratique pour abattre la dictature. Tels sont, résumés, les principaux aspects de l'évolution politique de la Mauritanie durant laquelle le MND a dû inscrire son action. S'il y a lieu à critique - et quelle œuvre humaine ne la mérite-t- elle pas? - qu'elle s'inscrive d'abord dans cette perspective. | |||||
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