Unité- Démocratie- Justice sociale

Accueil Contactez-nous Sommaire


Google

 

sur le Web

Sur ufpweb.org

 

"l'héritage trahi, les symboles enterrés ... "

Par Ladji traoré

(Calame n° 232 du 17 août 1998)

 

Le secrétaire général adjoint et responsable à l’orientation d’Action pour le Changement est, lui aussi, membre fondateur et l’un des chefs historiques du MND. Bien qu’il n’y était pas officiellement invité et malgré ses divergences historiques avec ses ex compagnons de route, il avait assisté à la conférence de presse du mercredi 12 août. Sa réaction.

Le Calame : Peut-on dire, après cette conférence de presse, qu’il y a eu dissolution du MND?

Ladji Traoré : Je crois que si on le prend au mot, ce groupe a dit publiquement, devant la presse, sa décision de dissoudre ce qu’ils ont appelé “le parti clandestin MND”, c’est-à-dire ce qu’ils ont reconstruit, eux, à partir de 1976, après la liquidation du MND historique. Ce groupe a expliqué qu’il entend désormais agir uniquement en tant que militants politiques dans le cadre de la légalité et au grand jour. Dont acte!

Ils ont aussi essayé de donner une argumentation théorique à ce choix stratégique. Je ne partage pas du tout ces arguments.

Le Calame : Duquel des deux MND vous réclamez-vous, de celui d’avant 76 ou de celui d’après?

L.T : Après la liquidation de 74-75, j’ai participé à la reconstruction du MND, après avoir été de ceux qui ont fondé celui de 68. Mais, très vite, des divergences étaient apparues sur les voies et moyens d’une telle reconstruction. Il y a ceux qui se sont constitués sous le sigle “MND”, en l’occurrence le groupe qui s’est présenté l’autre jour; d’autres ont été associés à la création d’El Hor et il y a ceux qui étaient partis avec moi pour créer le PUD (Patriotes pour l’Unité et la Démocratie). D’autres encore ont créé d’autres organisations politiques. En réalité, nos divergences étaient d’ordre idéologique et politique.

Même si nous avions au cours des années engagé des luttes ensemble pour des objectifs démocratiques comme la réforme, l’indépendance nationale, nous étions divergents sur bien des points. A partir de 78, les attitudes ont été différentes vis-à-vis des pouvoirs militaires.

Mais c’était sur la question nationale qu’il y avait surtout problème. Car j’ai toujours pensé, avec d’autres, que depuis le temps de Mokhtar, le pays a dévié et a glissé sur une pente arabiste. Personnellement j’estime que la manière dont l’arabisation était conçue renfermait une certaine tendance à l’exclusion. Ce qui n’a jamais été le point de vue de Bedreddine. Par exemple, en 1975, lorsque nous avions créé des associations culturelles pour promouvoir par nos propres moyens les langues nationales, cela a été combattu par le “MND” (entre guillemet), avant de s’y rallier.

Des divergences subsistaient aussi entre nous sur les questions économiques. Le MND n’a jamais levé le petit doigt face aux politiques de spoliation des terres dans la vallée.

Au plan idéologique, ce mouvement est resté très éclectique et sa référence au Marxisme reste très superficielle.

Le Calame : C’est normal, puisqu’ils disent qu’ils n’ont jamais été marxistes.

L.T : Ils ont dit que ce n’était pas leur idéologie, mais leur référence. Et c’est précisément un tel flou qui explique que leur stratégie n’a jamais réussi à prendre en main l’approfondissement des questions politiques, culturelles ou sociales depuis l’avènement du mouvement toujours ballotté entre le radicalisme et la collision avec les cercles dirigeants.

Le Calame : Selon les dirigeants du MND, la mondialisation les oblige désormais à changer d’appréciation et de stratégie. Qu’en pensez-vous?

L.T : Leur position à ce sujet est étonnante. Emportés par une vision unilatérale, ils n’ont vu que les aspects positifs de cette mondialisation qui est devenue, selon eux, la perspective unique qui remet tout en cause. C’est d’autant plus étonnant que cela émane de gens ayant le marxisme comme référence. C’est quoi en fait la mondialisation? C’est le dernier stade de l’évolution du capitalisme qui prétend enterrer toute autre perspective; ce qui n’est pas une fatalité heureuse, surtout pour des personnes qui disent rester attachées à l’indépendance nationale, à la démocratie et à la justice sociale. Les retombées de cette mondialisation sur ces trois plans sont négatives.

La Mondialisation devient un référentiel unique pour toute l’humanité, constitué par les règles édictées par le F.M.I. et la Banque mondiale, règles qui répondent pleinement au choix des grands monopoles du capitalisme qui dirigent aujourd’hui le monde, fait fi de toute souveraineté nationale, surtout des pays faibles et sous développés où l’on assiste à la privatisation forcée -ou plutôt du transfert des ressources à certains lobbies politico- militaro- financiers.

Les retombées de cette mondialisation sur la justice sociale sont encore pires, car elle implique la déprotection sociale, l’aggravation des inégalités, la misère, le chômage, le pillage des ressources, comme le prouve la situation actuelle de notre pays.

Ils ont aussi affirmé que par ses effets, cette mondialisation induit la démocratie irréversible. Ce qui est faux. L’exemple des “dragons asiatiques” qui sont le symbole du capitalisme émergeant contredit l’idée selon laquelle celui-ci ne peut se développer sous les dictatures pures et dures. L’Indonésie de Suharto en est un exemple, de même que la Colombie, le Mexique ou la Thaïlande et, plus proche de nous, le dragon africain qu’est le Nigeria. Les 2/3 des capitaux privés français investis en Afrique le sont dans ce pays sous la dictature sanguinaire des généraux.

Une telle mondialisation mérite-t-elle qu’on lui sacrifie tous les choix historiques du MND? Je crois qu’il y a d’autres explications politiques qui n’ont pas été données, qui le seront peut-être par le congrès de demain.

Le Calame : Quelles seraient alors les vraies raisons d’une telle décision?

L.T : Je ne joue pas au devin mais l’absence à leur congrès de la classe politique réellement opposée au régime prouve qu’en réalité les orientations du MND sont une marchandise qui ne passe plus. Malgré leur profession de foi de fidélité pour leurs idéaux auxquels s’identifient encore les progressistes de ce pays, ce groupe a tellement dévalué et discrédité ces idéaux aujourd’hui que les patriotes sincères ne s’y reconnaissent plus.

Je crois que la décision de la dissolution est un tel reniement qu’il ne s’est pas passé aussi facilement à l’intérieur même du mouvement, à preuve l’absence de certaines de leurs figures de proue à cette conférence de presse.

Pour moi, comme pour d’autres progressistes, ils ont trahi l’acquis historique et avec lui le symbole du MND.

Le Calame : Qu’est-ce que c’est l’acquis historique du MND?

L.T : C’est d’abord l’attachement à l’unité et à l’indépendance nationales, c’est aussi la lutte pour des transformations sociales radicales, comme la lutte contre l’esclavage et ses séquelles. La lutte contre l’exclusion et le chauvinisme officiel. Or ce groupe a évolué vers une analyse superficielle tout à fait libérale et édulcorée. Ils sont en particulier complaisants vis-à-vis du passif humanitaire du régime et n’hésitent pas à s’en prendre à travers vos colonnes, à tous les groupes politiques qui ne pensent pas la même chose qu’eux.

Le Calame : Que deviendront-ils, selon vous, après le congrès?

L.T : Je pense que leur congrès est déjà fait. Car ce sera la synthèse de leurs écrits de ces derniers mois dans les journaux relatifs à leur démarcation à l’égard des partis du Front et à leur volonté de se placer au centre de la scène politique, encouragés en cela par le pouvoir. Le reste c’est du détail.

Propos recueillis par M.O.N



See who's visiting this page.

View Page Stats

 

Pour toute question ou remarque concernant l'Ufp ou ce site Web,
écrire à admin@ufpweb.org
Copyright © 2005