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A propos du verdict de Ouad Naga et d'une conférence sur la Mauritanie L’Eveil Hebdo : Actualité oblige, quelle appréciation faites-vous du verdict de Wad Naga à la suite du procès fleuve contre les putschistes présumés de juin 2003 et août 2004 ? Lô Gourmo : Mon appréciation rejoint celle de la quasi-totalité de l’opinion nationale, à savoir un soulagement parce que, moi aussi, j’avais été impressionné par les risques qu’encouraient la plupart des prévenus en particulier le réquisitoire très sévère du procureur qui, s’il avait été suivi d’effet, aurait provoqué des dégâts irréparables pour la sauvegarde de la paix civile, de la stabilité et surtout pour les chances de réconciliation. C’est pourquoi je considère le verdict comme un verdict de clémence qui est susceptible de favoriser l’apaisement des cœurs, le rapprochement du pays avec lui-même et peut-être l’ouverture d’une nouvelle voix qui est conforme avec les aspirations de notre peuple. Mais ceci étant dit, il y a des plaies qui sont ouvertes, des blessures très profondes. Ce qu’il y a c’est d’aller au-delà de l’apaisement pour voir comment soigner les blessures et faire en sorte que les événements très douloureux qui se sont passés ces dernières années ne puissent plus se reproduire et comment prendre un nouveau chemin qui est celui d’un pays démocratique stable tourné vers l’avenir et non pas un pays renfermé qui mijote la revanche et où le règlement de comptes devient religion et finalement un pays où le passé pèse plus lourd que le futur. C’est cela qui constitue aujourd’hui l’enjeu de l’après verdict. E.H : Concrètement, selon vous, qu’est-ce qu’il faut faire pour amorcer le dialogue? L.G : La première chose c’est que le pouvoir, l’opposition, la société civile et l’ensemble des acteurs de la vie sociale, politique et économique cessent de se dresser les uns contre les autres pour ouvrir la voie dont je viens de parler. Plus concrètement, nous avons le chemin suivi par les opérateurs économiques et sociaux qui montre que si les mauritaniens en dehors de toute passion et malgré l’intensité de leur contradiction, acceptent de se mettre autour d’une table et discuter raisonnablement, ils sont capables de trouver des solutions raisonnables, d’avoir un compromis dynamique. Je crois que l’ouverture que les syndicats, le patronat et l’administration ont pu témoigner dans la fin des négociations dernières qui ont donné des résultats tangibles, montre que non seulement les portes de l’avenir ne sont pas fermées mais qu’elles sont encore entrouvertes. Il faut ouvrir les débats tous azimuts pour créer une dynamique de réflexion collective favorisant la naissance d’une nouvelle culture politique et une nouvelle vision des choses. En tout cas, en ce qui concerne l’UFP, le président Maouloud l’a rappelé il n’y a pas longtemps, et les instances du parti l’ont fait tout récemment. Nous pensons maintenant qu’il faut aller aux gestes concrets au-delà des appels qui sont entendus par tout le monde. Le dialogue est absolument indépassable pour l’instant. A l’horizon des années à venir et pour l’avenir immédiat du pays, ce dialogue est indispensable. Donc il s’agit pour le pouvoir et l’opposition de faire des gestes concrets qui nous rapprochent d’un système où le pouvoir et l’opposition ne se regarderont plus en chiens de faïence mais vivront une vie civilisée et démocratique pour la stabilité. Mais ces gestes concrets prendront les formes que les uns et les autres seront disposés à leur donner. La première des formes c’est d’accepter les contacts mutuels. Les uns et les autres ont dit qu’ils étaient prêts, chacun à sa manière évidemment. Il revient maintenant à tout le monde y compris les journalistes, les oulémas, l’opinion publique de pousser vers ces rencontres les mauritaniens entre eux, de pousser non pas vers des grandes négociations - je ne sais quelle grande conférence nationale - mais vers des débats fructueux et productifs aux échelles que les uns et les autres auront acceptées de définir. Je pense qu’on ne peut pas être précis pour l’instant mais une chose est importante c’est que tout le monde lit ce verdict comme un signal vers plus de proximité politique les uns vis-à-vis des autres. E.H : Ce verdict même s’il est lu comme étant un soulagement, beaucoup estiment que ça pourrait être un verdict politique, juste pour calmer la communauté internationale en ce sens que les prisonniers pourraient connaître un sort qui ne serait pas enviable malgré tout? L.G : Moi, je suis juriste. Rires. Je dis néanmoins que le verdict est politique. C’est évident. Mais pas peut-être dans le sens où on l’entendrait. J’entends par verdict politique un verdict qui a une portée politique. Alors la portée politique c’est qu’il est aujourd’hui le reflet des besoins de notre société, de l’opinion publique. Le juge ne peut pas rester indifférent aux demandes sociales. Il ne peut pas non plus s’enfermer dans une logique nihiliste ou de laboratoire qui consisterait à évoquer la règle en dehors du contexte dans lequel cette règle est évoquée. Le juge sera donc obligé, tenant compte de la situation du pays, de voir dans quelle mesure sa justice pourrait apaiser et stabiliser ou au contraire dans quelle mesure sa décision pourrait déstabiliser et provoquer les rancœurs. Ce jugement de ce point de vue est un jugement politique dans le sens que le juge a bien apprécié l’impact qui pourrait résulter d’un jugement extrême ou radical, et a en définitive choisi l’apaisement. ça c’est de la politique et je crois de la grande politique. Maintenant, il est évident que nous sommes en Mauritanie et nous avons des ressorts internes de notre justice avec les raccordements que tout le monde sait. Et il est évident que cela ne peut pas ne être pas perçu également comme une volonté délibérée de la part du pouvoir dont nous savons bien l’influence qu’il exerce sur le système dans son ensemble. Il n’est pas peut-être une influence directe mais il y a mille et un moyens d’ailleurs c’est valable pour tous les pays où il y a toujours une façon d’influencer un juge dans le bon ou mauvais sens. Il se trouve dans notre pays à plus forte raison que cette donnée est réelle. Donc je pense effectivement de ce fait que c’est une décision politique. Mais au-delà de l’aspect formel et nominal, je crois que ce qui importe c’est de voir comment l’opinion a accueilli cette décision de justice, c’est ça qui est important. D’ailleurs pour le juge, ce qui importe c’est comment l’opinion va accueillir ma décision. Je ne veux pas dire que je suis indifférent à l’opinion, ce serait de la démagogie de sa part. Parce qu’il est élu, lui, théoriquement. Sa décision est l’expression de la conscience collective d’un pays. Il doit donc absolument tenir compte de cette conscience collective. Comment elle va s’exprimer à la suite d’une décision? C’est de ce point de vue là que toute décision de cette ampleur est nécessairement politique quelle que soit la rhétorique par ailleurs formaliste ou juridictionnelle que l’on pourrait avoir. E.H : Récemment, il y a eu une rencontre de l’opposition à Paris à laquelle vous aviez assisté comme apparemment le seul homme politique de l’opposition. De quoi s’agissait-il? L.G : J’ai été moi-même surpris d’être parmi les rares sinon le seul de l’opposition démocratique dans la salle. Je n’ai pas d’ailleurs manqué d’en faire les remarques suivant les formes requises. Mais rappelons que c’est une initiative d’un laboratoire de recherche rattaché à une université française qui organise des conférences un peu partout dans le monde et qui avait d’ailleurs organisé préalablement une conférence sur le thème de la Mauritanie, la coopération avec l’Union européenne à Nouakchott, il y a de cela deux ans. Conférence à laquelle j’avais été invité et participé par une communication du reste. Donc c’est un laboratoire dirigé par Edmond Jouve qui a organisé alors une conférence retour à Paris dans son centre. J’ai donc été invité d’abord et avant tout à ce titre d’universitaire mauritanien ayant participé à la première rencontre de Nouakchott. Il se trouve et ce n’est pas un secret, que je fais partie de l’UFP. Je me suis retrouvé donc avec un chapeau ambigu. Est-ce le premier ou le second? J’ai assumé les deux chapeaux et assumé en particulier le fait que je suis de l’opposition et que je m’exprimerais dans cette conférence aussi en tant que membre de l’opposition mauritanienne qui doit être entendue dans ces genres de cénacles ou rencontres. Les amis du Prds qui étaient là se sont exprimés pour célébrer la démocratie et montrer qu’il y a eu des progrès considérables qui ont été faits dans le pays avec une constitution, le principe de séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice et d’autres considérations liées au progrès accompli par notre pays en matière de droits de l’homme. Ils sont dans leur droit. Le mien était de tenir compte des progrès incontestables accomplis et je crois qu’il est évident pour l’opposition que par rapport au régime d’exception, la démocratie formelle est beaucoup plus avantageuse pour notre peuple. La constitution mauritanienne actuelle est historiquement beaucoup plus avantageuse pour notre peuple que l’ont été les différentes chartes des régimes militaires d’exception voire même la constitution antérieure civile dès lors que désormais c’est sous l’égide du pluralisme que cette constitution s’exprime en terme dans ses injonctions. ça c’est un fait incontestable. Par ailleurs, le problème comme je l’ai dit à la Sorbonne ce n’est pas de savoir si sur le plan de la forme notre démocratie présente des dehors de la culture et de la civilisation modernes mais sur le plan juridique la question est de savoir comment actuellement sortir de l’ornière et faire en sorte que les aspects progressistes ou positifs de la démocratie peuvent être mis en application. Et comment donc engager un processus de mise en oeuvre des règles contenues dans cette constitution de manière à ce qu’il y ait une meilleure application et de l’esprit et de la lettre. Or il se trouve que par rapport et à cet esprit et à cette lettre il y a beaucoup de disfonctionnement voire même de mal application, voire même de violation des normes qui sont prévues en terme de liberté notamment les différentes libertés démocratiques. Cela a toujours été souligné et c’est d’ailleurs cela un des éléments qui expliquent les divergences entre l’opposition démocratique et le pouvoir et qui fait que nous avons des revendications que le pouvoir doit tenir en considération pour aller loin. Mon rôle à la Sorbonne c’était d’attirer l’attention de mes amis du Prds sur le fait que notre célébration de la démocratie n’est pas suffisante, qu’il faut aller au-delà et voir la réalité en face. On ne peut pas faire du sur place, au contraire on doit profiter de l’évolution progressive qui s’est opérée sur le plan de la démocratie actuelle pour consolider cette démocratie, l’approfondir et créer un climat de sérénité dans la mise en oeuvre des principes démocratiques. Donc c’était ça un peu l’enjeu de la Sorbonne. Malheureusement l’opposition dite radicale a été laissée en plan et n’a pu accéder à la salle. ce que j’ai déploré parce qu’il ne sert à rien dans ces rencontres de se retrouver dans une situation de monologue. Parce qu’en ce moment là chacun reste dans son parti et discourt sur ce qui lui semble bien. Ce que nous appelons, nous, c’est un dialogue entre tous, que ce soit l’opposition pluraliste établie ici, que ce soit l’opposition dite radicale vivant à l’extérieur, que ce soit le pouvoir. Nous devons tous nous engager sur la voie des rencontres, des débats et profiter de toutes les occasions sans en rater aucune pour pouvoir mieux exprimer nos points de vue et peut-être lever certains préjugés afin de rapprocher les uns et les autres. Car la Mauritanie sera celle de tout le monde dans laquelle à la fois les radicaux, les modérés et toutes les formes de subtilité politique devant s’exprimer. Dans notre démocratie actuelle, il faut également si on veut qu’elle s’approfondisse, que toutes les formes de positions, pourvu qu’elles acceptent le jeu démocratique stable, que toutes formes d’opposition puissent s’exprimer librement. C’est la condition pour qu’il y ait une réelle culture démocratique dans notre pays. Propos recueillis par Moussa Diop Mise au de Gourmo Lo au journal « l’Authentique » «INAUTHENTIQUE» !
Dans son édition en date du 02 août 2004, et par deux fois, le journal «L’Authentique» (n° 167) me fait l’honneur de me citer, en m’attribuant cependant, une phrase que je n’ai jamais écrite ou prononcée et dont le plat opportunisme m’a profondément choqué. En page 2 («Ligne de mire»), sous le titre «L’UFP chez Ould Taya», il est écrit : «Il y a deux mois, Lô Gourmo, secrétaire exécutif du parti en Europe, avait donné des signes du nouveau revirement de son parti, en annonçant dans une lettre : «au pouvoir de tracer la politique, et à nous de suivre…». Tout est absolument «inauthentique» dans cette curieuse affirmation : 1°) Je ne suis pas secrétaire exécutif du parti en Europe, mais responsable des relations internationales du parti. 2°) Je n’ai pas écrit la moindre lettre à qui que ce soit, au cours de ces vingt-cinq dernières années où j’annonce quoi que ce soit d’approchant de la platitude opportuniste qui m’est m’attribuée indûment. 3°) La phrase en elle-même est inventée de toute pièce et ne figure, ni ne peut figurer dans aucun texte attribuable au moindre militant de l’UFP, par principe. En page 12, la rédaction aggrave le mal, en me citant de façon encore plus radicalement insensée dans le focus «Il a dit» : «Au pouvoir de définir la ligne de conduite, et à nous de suivre…». Cette fois-ci, il est vrai, mon mystérieux double, plat opportuniste s’il en est, a prononcé une phrase, hors de toute circonstance de temps et de lieu, une phrase typiquement spectrale et… mauritanienne ! Le fait est que ni la phrase de la page 1 ni celle de la page 12 ne sont véridiques, ni de près ni de loin. Ni l’une ni l’autre ne sont donc susceptibles d’être considérées comme «des signes du nouveau revirement de (mon) parti…». Il est possible que notre rédacteur, sans doute de bonne foi, ait mal lu le dernier passage de mon article intitulé «La croisée des chemins» paru dans un des numéros du Calame du début de juin 2004 et repris dans le net par le site de l’UFP. La phrase exacte la voilà : «Aux gouvernants de dire quel chemin prendre et à l’opposition de l’aider dans ce sens.» Cette phrase, en son temps, m’avait valu bien des amabilités de la part de mes amis radicaux et radicaux Plus, une ou deux sorties philosophiques doctorales et une véritable sommation de commentaire de texte de la part de mon déjà vieux compagnon de route (et ancien étudiant) O. Yessa qui m’avait réclamé «hors de toute inclination à l’éreintement, une explication de texte», pour «lever l’équivoque, lourde, que renferme (mon) propos.» Le sens d’une phrase est bien sûr défini par son contexte, c’est à dire le paragraphe d’où elle est tirée, s’il y’a lieu. Ce paragraphe le voici : «L’opinion, par la force des choses, a le regard tourné dans une seule et même direction pour que soient adoptées certaines des mesures les plus urgentes pour l’instauration d’un climat de large confiance nationale, seul à même de nous sortir de l’univers mental du 8 juin. Elle attend du pouvoir qu’il fasse les gestes salvateurs nécessaires pour effacer les facteurs de guerre civile et favoriser l’instauration d’un climat de réelle stabilité démocratique. Nous sommes à la croisée des chemins. Aux gouvernants de dire quel chemin prendre et à l’opposition de l’aider dans ce sens». Il est clair que «l’aide» que pourrait (que devrait même !) apporter l’opposition aux gouvernants concerne l’élaboration d’une politique («dire quel chemin prendre») permettant d’ «effacer les facteurs de guerre civile et (de) favoriser l’instauration d’un climat de réelle stabilité démocratique.» Rapportée à la phrase incriminée, le «dans ce sens» concerne évidemment –ne serait-ce que grammaticalement - le fait ou l’action de «dire quel chemin prendre». Or «dire quel chemin prendre», est une classique allégorie qui renvoie non pas au «chemin» lui-même (la ligne politique) mais à son «traçage» (formulation de la ligne politique). L’ «aide» que l’opposition devrait apporter «dans ce sens» concerne donc, grammaticalement, la formulation par le régime d’une nouvelle politique, fondée sur les considérations contenues dans l’ensemble du paragraphe, suivant le principe élémentaire de tout commentaire de texte. Sinon, le hors sujet et la paraphrase sont garantis ! En définitive, il ne s’agit pas pour l’opposition, de suivre je ne sais quelle mystérieuse politique du régime, encore moins celle qu’il ne cesse d’appliquer et qui a mené le pays au bord du chaos - et dont la critique constitue l’essentiel du texte dans son ensemble ! Mais de faire en sorte de contribuer à l’établissement d’une nouvelle politique fondée sur des réformes profondes et consensuelles conformément à la volonté maintes fois exprimée par d’importantes franges de notre peuple. C’est le sens même de notre politique de dialogue et de compromis que nous nous efforçons de faire accepter par l’ensemble de la classe politique, à commencer par le pouvoir et l’opposition radicale et radicale Plus. Cette approche n’est donc pas nouvelle. Elle mérite sans doute d’être approfondie. Toute l’opposition -l’UFP en premier- devra apporter sa contribution, loin des clichés, des phrases surfaites et, à plus forte raison, loin d’un suivisme de bas étage dont l’histoire politique de notre pays est remplie d’exemples consternants.
Nouakchott, le 9 Août 2004 Lô Gourmo Abdoul |
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