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Depuis
plus de deux mois, l’UFD/EN vit une crise profonde, conséquence de la décision
du groupe d'Ahmed ould Daddah d'admettre au sein du parti 37 nasséristes démissionnaires
du PRDS ; sans aucun doute la plus grave que le parti ait connue depuis sa
naissance, à la fin de l'année 1991. Aujourd'hui les divergences à propos de
cette adhésion ont largement dépassé le cadre des instances dirigeantes de
l'UFD/EN. C'est l'ensemble du parti - fédérations, sections, cellules et
militants - qui est traversé par une ligne de fracture entre partisans et
adversaires de l'admission des nasséristes.
Les
motivations profondes de l'attitude de chacun d'entre nous sont certainement de
natures diverses :
choix
politique pour certains ; considérations éthiques pour d'autres, et pour
d'autres encore, positions dictées par des convenances strictement
personnelles. Il est cependant possible - il est même probable -que certains,
dans le parti et dans l'opinion ne disposent pas d'un ensemble suffisant d'éléments
leur permettant de se déterminer sur une base objective.
C'est
pourquoi il nous a semblé utile et opportun de fournir aux militants de
l'UFD/EN et à ceux qui, au sein de l'opinion, s'intéressent à la vie et à
l'avenir de notre parti, les informations et les éléments d'analyse nécessaires
à la compréhension de la situation et à une juste appréciation des enjeux de
la crise. En le faisant nous n'avons pas seulement le souci de servir la vérité,
mais également celui de remplir l'obligation d'informer la base qui incombe à
toute direction d'une organisation politique, et de donner à chacun les outils
pour forger sa propre opinion, et procéder, en toute connaissance de cause, aux
choix qu'il jugera fondés.
Au
tout début de l'année 1991, les premières informations relatives aux
violations massives des droits humains perpétrées entre août 1990 et janvier
1991 (arrestations arbitraires et tortures, massacre de quelque cinq cents
soldats et marins négro-africains) suscitent une large et profonde indignation.
En
quelques jours, un vaste mouvement pour la démocratie émerge, qui met en
action de larges couches de la population, et revêt une ampleur que nul ne
pouvait imaginer quelques semaines auparavant. Parmi les manifestations et
actions les plus significatives de ce mouvement, on peut citer : - les marches héroïques
des femmes, les prises de positions sans équivoques de l'Union des Travailleurs
de Mauritanie (déclaration de Mohamed Mahmoud ould Mohamed Radhi, secrétaire général
de l'UTM, à RFI) et la vague des pétitions et lettres ouvertes qui dénoncent
les violations des droits de l'Homme et les atteintes à l'unité nationale,
exigent la création d'une commission d'enquête indépendante et réclament
l'ouverture démocratique. Incontestablement, la naissance de ce mouvement pour
la démocratie, puissant et original, fut le premier acte du processus démocratique
dans notre pays.
Ce
mouvement provoquera une contre-réaction immédiate : en particulier, les
fractions nasséristes alliées au régime - et dont les membres du groupe des
cadres démissionnaires du PRDS constituaient le noyau actif - signèrent et
firent circuler la fameuse « lettre des 2000 » par laquelle ils exprimaient
leur totale adhésion à la politique antinationale et antidémocratique du régime
ainsi que leur farouche hostilité à toute tentative de faire la lumière sur
les événements des années 1989-1990.
Le
succès et la rapide extension de ce mouvement pour la démocratie ouvrent des
perspectives d'avancées politiques nouvelles. Les principaux animateurs du
mouvement (formation politiques et individus) créent le Front démocratique uni
pour le changement (FDUC), première organisation politique mauritanienne non
clandestine sous la dictature militaire.
Fidèle
à sa nature et à ses habitudes, le régime répond aux revendications et
manifestations du mouvement pour la démocratie naissant par la répression.
Quelques heures à peine après la proclamation du FDUC, ses principaux
dirigeants sont arrêtés et emprisonnés. La grève générale de 48 heures, déclenchée
le 19 juin 1991, à l'appel de l'UTM, se déroule dans un climat d'intimidation
et de terreur policière. La direction légale de la centrale syndicale est
elle-même victime d'un putsch, conçu par le pouvoir et exécuté par des
syndicalistes félons - parmi les quels des membres importants du groupe des
cadres démissionnaires du PRDS (Mohamed Lemine ould Naty, en particulier).
La
poussée du mouvement pour la démocratie n'a cependant pas été sans effets.
Son action, jointe aux discrètes pressions des puissances occidentales,
contraint le régime à des concessions. 0. Taya annonce une libéralisation
politique, et en concoctant une constitution faite sur mesure, s'efforce de récupérer
le processus démocratique au seul profit du régime.
C'est
dans ce contexte général que l'UFD est créée le 2 octobre 1991. L'UFD se
situe, dès sa naissance, dans la continuité des principes qui ont présidé à
la fondation du FDUC : la sauvegarde de l'unité nationale, l'élargissement et
la consolidation de la démocratie, le respect des libertés et des droits
humains, la mise en œuvre d'une politique économique fondée sur une libre
entreprise régulée et sur la promotion du bien-être des couches sociales les
plus démunies.
La
proximité de l'élection présidentielle, prévue pour le 25 janvier 1992, précipite
les événements, et oblige l'UFD à se lancer dans l'arène, dans un état de
totale impréparation. Le parti décide d'apporter son soutien à Ahmed ould
Daddah, candidat à l'élection présidentielle, qui accepte de mettre son
programme électoral en conformité avec les principes et les objectifs de l'UFD. Il est inutile de s'appesantir sur ce dont chacun de nous se souvient
avec émotion : l'enthousiasme juvénile, la détermination, la mobilisation...
les manipulations, la fraude massive, la répression. Brutale à Nouakchott, la
répression est sanglante à Nouadhibou : les forces investissent le siège de
l'UFD, et tirent sur la foule des militants assemblés. Ousmane Traoré,
Abdoulaye Mbéri Sarr et Samba Diallo sont tués sur le coup ; Ibrahima NDiaye
meurt quelques mois plus tard, des suites de ses blessures. L'ère « démocratique
» commençait par un baptême de sang.
Il
n'est peut-être pas inutile de rappeler, en passant, le rôle que les nasséristes
restés au sein du pouvoir jouèrent au cours de ces semaines de campagne électorale
: leur activisme zélé dans le soutien au candidat 0. Taya, leur participation
sans retenue dans l'organisation de l'industrie de la fraude. Il feront montre
des mêmes « qualités » plus tard, en 1994, mais cette fois-ci dans la délation,
la répression et l'étouffement des libertés, lorsque, grâce à la
bienveillante collaboration de leur « frère » Mohamed Lemine Salem ould Dah,
ministre de l'Intérieur, ils contribueront à faire arrêter et torturer les
Islamistes et les Baathistes, et à organiser la censure systématique de la
presse indépendante.
L'élection
présidentielle fut suivie d'intenses discussions entre l'UFD et Ahmed ould
Daddah et ses amis. Ces discussions se sont transformées en négociations
officielles qui débouchèrent sur l'intégration de ces derniers (les Indépendants)
à l'UFD, qui devint à cette occasion l'UFD/EN (ère nouvelle), et à la désignation
d'Ahmed ould Daddah comme premier coordinateur du parti.
La
première crise au sein du parti est née de cette décision. Mécontents de la
nomination d'Ahmed ould Daddah comme premier responsable de l'UFD/EN, Hamdi ould
Mouknass, Mohammeden Babbah et d'autres personnalités et cadres se mirent en
retrait du parti, avant de créer une nouvelle organisation politique, l'UDF.
Cette
première crise fut avant tout due à des incompatibilités individuelles. La
crise suivante qui se conclura par le départ du groupe El Hor puis par celui du
collectif d'organisations nationalistes négro-africaines dénommé « Comité
de crise » eut pour origine des divergences politiques portant sur le mode de répartition
des postes de responsabilité au sein des instances dirigeantes de l'UFD/EN.
Deux
thèses s'opposaient sur cette question. Celle défendue par El Hor et par le
Comité de crise, selon laquelle cette répartition devait être effectuée sur
des bases socio-ethniques (la fameuse théorie des quotas) ; et celle soutenue
par les partisans d'une restructuration pour lesquels seules l'adoption de règles
privilégiant la compétence et l'engagement et l'application d'une véritable
discipline de parti pouvaient garantir un fonctionnement efficace de l'UFD/EN.
Le
parti devait-il être un conglomérat de tendances identitaires concurrentes
tirant chacune à hue et à dia, ou une organisation unitaire au fonctionnement
régi par des principes démocratiques ? Telle était la question de fond
opposant les deux camps. Tout en reconnaissant que l'existence des courants au
sein de l'UFD/EN était inévitable, en raison de sa nature de parti de
rassemblement de composantes aux origines sociales, idéologiques et politiques
diverses, les partisans de la restructuration considéraient que cela ne devait,
en aucun cas, être un obstacle à un fonctionnement démocratique fondé sur
des principes d'organisation impersonnels et impartiaux. L'impossibilité de
trouver un terrain d'entente conduira au départ de El Hor et des composantes du
Comité de crise.
La
crise actuelle
La
cause immédiate de la crise que nous traversons est la décision du groupe
d'Ahmed ould Daddah d'admettre dans le parti 37 nasséristes qui se désignent
sous le nom collectif de « groupe des cadres démissionnaires du PRDS ».
Il
est important, au moment de répondre à cette question, d'apporter quelques précisions
préalables. L'UFD/EN n'éprouve aucune prévention particulière à l'égard
des nasséristes ou des nationalistes arabes, en général. Nous respectons les
mouvements nationalistes, même si nous avons avec eux de sérieuses
divergences. Mais nous sommes opposés à tous les nationalismes extrémistes,
prônant l'exclusion et l'intolérance ethnique ou culturelle, en Mauritanie ou
ailleurs, et les combattons résolument. S'agissant de la mouvance nassériste,
en particulier, nous avons le souci de ne pas faire l'amalgame entre ceux qui se
sont démarqués de la politique chauvine du régime ou qui n'y ont eu aucune
part active, et ceux qui en ont été les serviteurs empressés. S'il nous
arrive d'utiliser l'appellation générique de nasséristes, il ne s'agit, dans
notre esprit, que de ces derniers, exclusivement.
Les
nasséristes du groupe des cadres démissionnaires du PRDS sont certainement
(avec la fraction de leurs amis restés au sein du pouvoir) un des segments les
plus extrémistes du nationalisme chauvin en Mauritanie. Selon leurs propres déclarations
dans des journaux de la place, ils ont contracté, dès 1986, un accord
politique avec le régime, et exercé une influence certaine « au plus haut
sommet de l'état »
(Interviewes
de :
Mohamed Mahmoud ould Cheikh, porte-parole officiel du groupe, dans Calame,
n° 200 du 20 octobre 1997 ;
Mohamed Mahmoud ould Cheikh et Djé ould Sidaty,
dans La Tribune, n0 70-71-72, octobre 1997).
Etroitement
impliqués dans la conception et dans la mise en œuvre de la politique du régime
de 1986 à 1992, ils ont apporté à celui-ci les fondements et les
justifications idéologiques qui manquaient à ses tendances nationalistes
primaires. Certains de leurs proches - dans l'administration territoriale et
dans les forces armées - furent parmi les exécuteurs les plus acharnés des
basses œuvres du pouvoir au cours des années les plus sombres de l'histoire de
notre pays (1989-1990). Dans cette période, ils symbolisèrent et achevèrent
la perversion du nationalisme arabe en chauvinisme triomphant, mettant au plus
mal les valeurs sacrées d'unité nationale et de cohabitation pacifique.
C'est
à ce groupe qu'appartient Mohamed Lemine Salem ould Dah (resté au PRDS),
ancien ministre de l'Intérieur, et de la Justice, limogé à la suite de la démission
de ses amis du PRDS. Gouverneur du Trarza en 1989, il y appliqua avec un zèle
systématique le programme politique de son groupe. Il fut, notamment,
l'initiateur et l'organisateur de la déportation des éleveurs peulhs et de
nombreux villages wolofs, et un de ceux qui donnèrent à la réforme foncière
son orientation chauvine actuelle.
Les
raisons véritables de la démission de ce groupe de nasséristes du PRDS (début
septembre 1997) restent encore mal éclaircies. Cependant, certains indices
autorisent à penser qu'ils ont connu, à partir de 1992, une certaine disgrâce,
conséquence de la baisse de leur influence dans les plus hauts cercles du
pouvoir. Quelques semaines avant leur départ du PRDS, le périodique Al Mowqif, paru en juillet, publiait un éditorial de leur actuel porte-parole,
Mohamed Mahmoud ould Cheikh (rédacteur en chef du journal) dans lequel celui-ci
exposait les trois principales causes du conflit qui couvait entre le pouvoir et
eux :
-
l'abandon par celui-ci de leur accord de 1986 (c.a.d., de la politique de
chauvinisme pur et dur)
-
le recentrage des alliances extérieures de la Mauritanie, le retour en
Mauritanie de certains soi-disant déportés.
Ce
sont ces nasséristes-là que le groupe d'Ahmed ould Daddah a décidé, contre
vents et marées, d'intégrer à l'UFD/EN. Nous avons de sérieuses raisons de
penser que l'idée de cette intégration date d'avant leur démission effective
du PRDS, et que l'une et l'autre sont étroitement liées. Certains membres de
l'entourage d'Ahmed ould Daddah - à l'insu, croyons-nous, de ce dernier -
semblent avoir joué un rôle actif, et souterrain, dans cette machination.
L'intégration
du groupe des cadres démissionnaires du PRDS s'est déroulée en deux phases
principales :
une
première phase - invisible - qui va de fin septembre 97 (et peut-être d'avant)
à la mi-janvier 98. C'est à la fin du mois de septembre dernier que les démissionnaires
du PRDS prennent « officiellement » contact avec l'UFD/EN. La réaction
initiale d'Ahmed ould Daddah après sa première entrevue avec les nasséristes
sera de leur proposer de rejoindre l'APP (fraction nassériste qui s'est
positionnée à l'opposition avant les présidentielles de 1992) ou de fonder
leur propre parti. Peu de temps après, et sans qu'on sache pour quelles
raisons, il changera son fusil d'épaule pour se transformer en ardent partisan
de leur adhésion. La principale caractéristique de cette phase fut le refus
obstiné du groupe d'Ahmed ould Daddah de toute discussion sur la question, au
sein du Comité permanent de l'UFD/EN.
Une
seconde phase - visible, et placée sous le signe de la précipitation - qui
commence à la mi-janvier, et aboutit à la session du Bureau exécutif du 4
mars 1998 (initialement prévue pour le 28 février). Le groupe d'Ahmed ould
Daddah informe les autres membres de la direction que les nasséristes ont déposé
leur demande d'adhésion, et que les textes du parti étant explicites sur la
question, il ne reste qu'à entériner cette adhésion et à réfléchir sur les
moyens de la populariser.
Les
vives protestations des dirigeants opposés à cette adhésion et à une telle
interprétation des textes du parti obligent à une solution de compromis. Mais
cette volonté de trouver un terrain d'entente sera systématiquement contrariée
par les amis d'Ahmed ould Daddah. Une demande de report de la session du Bureau
exécutif du 28 février à une date plus éloignée, afin qu'un débat ayant
des chances d'aboutir à une solution consensuelle soit engagé, sera faite,
sans résultat. Le groupe d'Ahmed ould Daddah était manifestement résolu à
imposer au parti l'intégration de ses nouveaux alliés.
Dès
l'ouverture de la session du Bureau exécutif, Ahmed ould Daddah annonce, dans
son rapport d'activités, la décision des nasséristes démissionnaires du PRDS
d'adhérer à l'UFD/EN. Douze (12) membres du B.E., après une déclaration
solennelle du 2e secrétaire général adjoint, Mohamed El Moustapha
ould Bedredine, sortent de la salle en signe de protestation et afin de ne pas
cautionner une décision qui, à leurs yeux est immorale, et leur apparaît
comme un acte de trahison des idéaux et de la ligne politique du parti. Après
leur sortie, le groupe d'Ahmed ould Daddah fit adopter une résolution spéciale
saluant l'arrivée des nasséristes.
Le
samedi 7 mars, soit deux jours après la fin de la session du B.E., le groupe
d'Ahmed ould Daddah convoque une conférence de presse, une espèce de
grand-messe au cours duquel les nasséristes sont « officiellement » intronisés.
Une
semaine plus tard, les 12 membres du B.E. opposés à l'intégration des nasséristes,
rejoints par trois (3) autres membres de cette instance, organisent une conférence
de presse. Ils y expliquent leur position sur la crise surgie au sein de
l'UFD/EN, se proclament seuls dépositaires désormais de la légitimité du
parti, et lancent un appel à toutes les structures et à tous les militants
afin qu'ils rejettent comme nulle et non avenue l'adhésion des nasséristes, et
dénient à Ahmed ould Daddah et à son groupe tout droit de parler au nom de
l'UFD/EN
A
ce jour, sur les treize (13) que compte le parti, huit (8) fédérations (Assaba, Europe, Gorgol, Guidimaka, Hodh El Gharbi, Nouadhibou, Sénégal et
Tiris Zémour) ainsi que de nombreuses sections ont répondu favorablement - et
de manière officielle - à cet appel. De fait, chaque jour qui passe transforme
un peu plus le siège qu'occupe le groupe d'Ahmed ould Daddah en une coquille
vide, et renforce le camp de ceux qui entendent préserver l'intégrité de
l'UFD/EN, et maintenir le parti sur la voie de sa mission et de ses principes
originels.
Face
à la vague en passe de les submerger, Ahmed ould Daddah et ses amis ont adopté
une panoplie de mesures « disciplinaires » dont on est en droit de se demander
à quelle logique elles répondent :
-
exclusion des 15 membres du B.E. opposés à l'adhésion du groupe des cadres démissionnaires
du PRDS
exclusion
de tout membre du parti solidaire des premiers Gel de toutes les instances de
base et fédérales dont le mandat est arrivé en terme. (En réalité, la
suspension frappe toute instance déclarant son hostilité à l'adhésion des
nasséristes, ou simplement supposée y être hostile, que son mandat ait expiré
ou pas) pouvoirs exceptionnels accordés au Comité permanent, en dehors de tout
contrôle par le B.E. et par le Conseil national.
Ces
mesures prétendument « disciplinaires » constituent véritablement un putsch
contre le parti. Elles traduisent, on ne peut mieux, le désarroi du groupe
d'Ahmed ould Daddah, et expriment de manière opportune des dérives
autoritaires que son compagnonnage avec les nasséristes ne risque pas d'atténuer.
L'admission
des nasséristes démissionnaires du PRDS est intervenue dans un contexte déjà
difficile de divergences profondes, bien que feutrées jusque-là, qu'elle
contribue à raviver et à exposer au plein jour. Ces divergences touchent à
des questions fondamentales se rapportant à l'analyse de la situation
nationale, aux perspectives de changement et aux stratégies à mettre en œuvre
pour sortir le pays de l'impasse politique, économique et sociale.
L'analyse
de la situation de notre pays permet de tirer, au moins, une conclusion générale.
La conjonction de facteurs tels que : une gestion calamiteuse des ressources économiques,
dont la principale conséquence est la dégradation des conditions de vie des
populations ; un processus démocratique en panne, dévoyé par l'entêtement du
régime à refuser toute ouverture ; le refus du pouvoir - et son incapacité -
de promouvoir des initiatives à même d'approfondir et de consolider la démocratie
; conduit au mûrissement progressif des conditions objectives du changement.
Mais
qu'en est-il des conditions subjectives de ce changement ? Peut-on valablement
affirmer que le pouvoir est à portée de main ? Qu'il suffit d'un petit effort
pour que s'écroule la citadelle du régime ? Autour de ces questions,
s'articulent des réponses variées et contradictoires, expressions de sérieuses
divergences sur les voies du changement, et qui sont restées jusque-là, pour
l'essentiel, confinées dans les cercles dirigeants du parti.
L'une
des principales résolutions adoptées lors de la session du B.E. d'août 1997 résumait
ainsi notre stratégie : « la ligne de l'UFD/EN pour la période actuelle est
l'accumulation des forces contre l'adversaire principal, qui est le pouvoir,
dans le but de le contraindre à accepter une solution négociée pour sortir le
pays de la crise politique, éviter son éclatement et y approfondir la démocratie.
»
Tout
en acceptant cette ligne, du bout des lèvres, le groupe d'Ahmed ould Daddah est
en réalité convaincu que nous sommes à la veille du « grand-soir ». « Le
boycott massif des élections présidentielles », « les récentes violations
des libertés individuelles et collectives », « la situation économique et
sociale catastrophique», «le retour à l'isolement international du régime»...
et les défections au sein du PRDS (le groupe nasséristes et des notables de
l'Est) ; tels seraient, selon Ahmed ould Daddah et ses amis, les signes indéniables
de la désintégration du régime et de l'imminence de sa chute.
Leur
analyse souffre, hélas, de quelques graves absences : celle du peuple
mauritanien ; celle des luttes des masses ; de leur état de préparation ; de
la capacité des partis d'opposition à proposer des solutions propres à
susciter l'adhésion des plus larges couches sociales, à orienter et à
encadrer les confrontations à venir. L'Histoire fourmille d'exemples de
dirigeants qu'une profonde exaltation ou une trop grande hâte rend incapable de
se mettre en harmonie avec les besoins et les possibilités réelles de leur
société, et qui, se laissant dominer par une vision subjective de la réalité,
déterminent et ordonnent les actions de leur parti et des masses à l'aune de
leurs seules ambitions. Dans le cas de l'UFD/EN, c'est bien cette sorte de
subjectivisme, exacerbé par une espèce de « frustration aiguë de pouvoir »,
qui a conduit une partie des cadres dirigeants à opérer une manipulation
douteuse des concepts et des principes et à vouloir justifier l'injustifiable,
entraînant ainsi le parti le parti et l'opposition dans une voie
incontestablement périlleuse.
Certains
naïfs parmi eux usent d'un adage de chez nous qui dit à peu près : « peu
importe d'où vient la pluie, pourvu que la terre soit trempée ». Et quand on
leur répond que le groupe des nasséristes admis dans l'UFD/EN est l'équivalent
d'une pluie acide sur un champ riche de promesses, ils vous regardent avec de
gros yeux innocents d'enfant né de la dernière... pluie.
Mais
le fond de l'argumentation du groupe d'Ahmed ould Daddah est bien là. Dans le
langage pseudoscientifique de ses théoriciens, la formule naïve devient :
l'admission des nasséristes démissionnaires du PRDS au sein de l'UFD/EN est la
concrétisation de la stratégie d'accumulation des forces. Voilà qui relève
de l'analphabétisme politique ou d'une dangereuse duplicité.
La
stratégie d'accumulation des forces telle qu'adoptée par les instances
dirigeantes du parti est structurée en trois axes principaux :
préserver
et consolider l'efficacité du parti, et préparer les conditions de sa gestion
rationnelle renforcer les capacités du Front des partis d'opposition, conformément
à nos principes et à
nos objectifs, particulièrement en ce qui concerne la sauvegarde de l'unité
nationale développer des lignes d'actions susceptibles de mobiliser les
populations, et organiser les luttes politiques
et sociales des masses suivant une approche unitaire, légale et pacifique.
Vouloir
faire passer l'adhésion «individuelle» de 37 nasséristes démissionnaires
du PRDS pour une réalisation du principe d'accumulation est une jonglerie
intellectuelle qui aurait été risible si ses implications politiques et ses
conséquences organisationnelles n'avaient été graves.
Il
est déjà arrivé - et il arrivera encore - que des cadres et des militants de
l'UFD/EN désertent, pour des raisons diverses, le camp de l'opposition pour
rejoindre celui du pouvoir. L'inverse s'est aussi produit, et se reproduira.
Mais en toutes circonstances, nous avons le devoir d'être vigilants et de faire
preuve de discernement. Que le PRDS se repaisse des détritus de l'UFD/EN est de
l'ordre naturel des choses. Que l'UFD/EN, en retour, se nourrisse systématiquement
des restes du PRDS, même ceux arrivés au dernier stade de la corruption, est
irresponsable et suicidaire.
L'accumulation
des forces ne résulte pas d'un simple mouvement de balancier entre l'UFD/EN et
le PRDS, chacun d'eux s'engraissant des déchets de l'autre, ni ne saurait être
confondue avec les effets du nomadisme politique, saisonnier ou conjoncturel,
auquel nombre de cadres et notables mauritaniens sont si viscéralement attachés.
Il s'agit pour nous de tout autre chose.
Améliorer
la démocratie au sein de l'UFD/EN, renforcer ses capacités d'encadrement et
d'action ;
redonner
confiance aux dizaines de milliers d'hommes et de femmes qui lui restent attachés
; regagner les milliers de militants et de sympathisants que sept années de léthargie
nous ont fait perdre ; définir des stratégies et des méthodes propres à
rallier à notre politique les masses les plus larges ; consolider et élargir
la base et les moyens d'action du FPO ; développer des initiatives politiques
et sociales «unitaires, légales et pacifiques» selon le principe : « ligne
de masses, actions de masses, point d'aventure » ; voilà quels sont les éléments
qui constituent, à nos yeux, l'essence de la stratégie d'accumulation des
forces. Voilà quels sont les moyens organisationnels et politiques susceptibles
«de contraindre le pouvoir à accepter une solution négociée pour sortir le
pays de la crise, éviter son éclatement et y apporter la démocratie».
Une
telle stratégie ne signifie ni passivité et résignation ni compromission avec
le pouvoir. Elle est, au contraire, une stratégie de lutte responsable, fondée
sur l'adhésion des masses et sur une appréciation lucide du rapport des
forces, et qui se donne des objectifs clairs : - un compromis entre les acteurs
politiques, l'opposition et le pouvoir notamment, afin d'éviter à notre pays
l'éclatement et le chaos aux conséquences incontrôlables ; - la mise en œuvre
de réformes démocratiques ouvrant la voie à une véritable transition d'un régime
autoritaire vers une démocratie pluraliste authentique.
Cette
compréhension est à mille lieues des calculs sans principes qui sacrifient la
morale, les objectifs et l'unité du parti sur l'autel des ambitions d'une prétendue
élite, et renvoient aux calendes grecques - sous prétexte de les accélérer -
les changements indispensables à la survie du pays. La hâte à accéder aux
plus hautes marches du pouvoir est mauvaise conseillère. En politique, un
empressement intempestif conduit souvent à de graves dérives, aux sacrifices
d'amitiés éprouvées au profit d'alliances contre-nature et aléatoires, au
reniement des principes, à la trahison. On peut tenter de tout justifier par de
profondes analyses, ou de tout masquer derrière de belles formules, rien n'y
fera. Ni le brillant des discours, ni la grandiloquence des proclamations.
L'erreur
du groupe d'Ahmed ould Daddah s'explique peut-être par la confusion manifeste
qu'il fait entre "accumulation des forces", d'une part, et "élargissement
du parti", d'autre part. Il est en effet possible qu'il _ n'ait pas compris
que les implications du premier de ces concepts vont bien au-delà des
motivations et des limites organisationnelles du second. L'exemple qui suit, tirée
de l'expérience même de notre parti, nous aidera à mieux clarifier ce point.
En
février-mars 1992, les amis d'Ahmed ould Daddah - qui jusqu'à la veille des présidentielles
n'avaient pas jugé opportun de s'engager dans le mouvement d'opposition au régime
- décident d'exploiter la dynamique crééee autour de la candidature de leur
chef de file, et entreprennent de créer un nouveau parti. Les dangers que
comportait une pareille initiative pour une opposition encore naissante
paraissent assez importants à certains dirigeants et cadres de l'UFD/EN.
Soucieux d'assurer l'élargissement de leur parti, ils œuvrent alors de toutes
leurs forces, au risque de rompre des équilibres internes encore fragiles, pour
que Ahmed ould Daddah et ses amis intègrent l'UFD/EN. Par la suite, ils
contribuent de manière déterminante à la désignation d'Ahmed ould Daddah à
la fonction de premier coordinateur du parti.
Cet
élargissement - et non pas « accumulation des forces » - était une action nécessaire,
et il était opportun et juste qu'il ait été entrepris, et réussi, à ce
moment-là. Cela a été la cause du départ - non souhaité - de quelques
membres éminents du parti ; mais en regard du gain réalisé, c'était là un
coût politiquement acceptable.
La
situation actuelle est à l'exact opposé de cette première expérience. Au nom
d'une accumulation des forces mal assimilée, les théoriciens du groupe d'Ahmed
ould Daddah ont conçu une arithmétique boiteuse et paradoxale dans laquelle 37
nasséristes démissionnaires du PRDS valent largement les milliers de militants
quittant irrévocablement les rangs d'une UFD qu'ils estimeront souillée. L'équation
est immorale, le coût est politiquement ruineux et inacceptable.
Réponses
à quelques arguments du groupe d'Ahmed ould Daddah
Nous
n'avons pas l'intention d'apporter des réponses à tous les arguments du groupe
d'Ahmed ould Daddah dans leur tentative de reconstituer une virginité morale et
politique aux nasséristes démissionnaires du PRDS. Nous laisserons donc de côté
nombre d'arguties juridico-politiques dont foisonne la note d'information du
groupe d'Ahmed ould Daddah datée du 30 mars. Nous nous attacherons
principalement aux arguments, contrevérités et accusations qui nous ont paru
assez significatives ou graves, ou simplement remarquables par leur absurdité.
Nous
devons, au préalable, avouer une certaine perplexité. Il y a entre certains
des arguments exposés et leur illustration un hiatus qui rend difficile la
compréhension des positions réelles du groupe d'Ahmed ould Daddah. Un exemple
: l'argument central par lequel le groupe d'Ahmed ould Daddah justifie
l'acceptation des nasséristes démissionnaires du PRDS dans l'UFD/EN se fonde
sur le caractère individuel de leur adhésion. Mais les faits présentés à
l'appui de cet argument suggèrent l'inverse. Pourquoi organiser d'innombrables
débats - officiels et informels - une conférence de presse et un tapage médiatique
exceptionnel pour de simples adhésions individuelles ? Pourquoi voter une résolution
spéciale pour saluer celles-ci ? Depuis quand des adhérents individuels
ont-ils besoin d'un porte-parole ?
Il
y a deux raisons qui pourraient expliquer cet habillage collectif de simples adhésions
individuelles :
a)
l'UFD/EN est dans un tel état de délabrement qu'il lui est vital de monter en
épingle la moindre acquisition nouvelle ; b) les 37 arrivants ont derrière eux
de nombreux partisans au PRDS, dans l'administration et dans des sphères plus
sensibles de l'Etat, qui n'attendent qu'un signal pour se précipiter vers
l'UFD/EN. Vrai ou faux, le groupe d'Ahmed ould Daddah, lui, y croit dur comme
fer.
Ce
décalage entre les arguments et les faits conduit à un double langage truffé
de non-dit qui rend malaisé tout essai de réfutation. Mais si la tâche est
difficile, elle n'est peut-être pas impossible.
1)
- "L'adhésion au parti est tranché ppar l'article 6..., elle est un acte
libre et volontaire non négociable dont le parti doit pendre acte
simplement"
L'adhésion
"tranchée" par un article est surréaliste, et l'argument, dans son
ensemble, d'une totale absurdité. Un parti politique n'est pas un club de
danse, ni l'UFD/EN une association de lutte traditionnelle, pour que la seule
acceptation de ses règles suffise à se voir accorder le statut de membre. Un
parti politique est une association de personnes ayant en commun un fonds de
valeurs éthiques et de principes, partageant une certaine conception du monde,
unis dans la même ambition de réaliser un projet politique et social. Pour
cette raison, l'appréciation politique et morale de tout individu ou groupe désirant
en être membre précède et conditionne les procédures juridiques réglementant
les adhésions. Il est heureux que les "inventeurs" de cet argument
n'en aient pas perçu l'absurdité, ils nous auraient privés du plaisir de goûter
aux fruits de leur génie politique.
S'il
était vrai que "l'adhésion est un acte libre, volontaire et non négociable",
c'est l'article 6 qui aurait été inutile et incongru. Et l'UFD/EN, un parti
qui ressemblerait à un congrès de courants d'air, dont les textes fondateurs
et réglementaires seraient contenus en entier dans un article unique et définitif
: "tout individu - de race humaine ou autre - est membre de
l'UFD/EN".
2)
- Quelles preuves avons-nous de la culpabbilité des nasséristes démissionnaires
du PRDS dans les événements de 1989-1991 ?
La
meilleure preuve que nous ayons est leur propre aveu à la presse de l'alliance
qu'ils ont contractée avec le pouvoir à partir de 1986, et de leur rôle déterminant
dans l'orientation politique de l'État jusqu'en 1992. Dans de multiples déclarations
faites aux journaux, les voix les plus autorisées de leur groupe ont confirmé
- avec une ostentation satisfaite - ce quue les mieux informés savaient, et
qu'une large partie de l'opinion soupçonnait. Et, sauf erreur de notre part,
les journalistes qui ont recueilli ces aveux n'ont usé ni des moyens de la
torture, ni d'un quelconque artifice malhonnête ou déloyal pour les obtenir.
Nous
n'avons, pour l'instant du moins, aucune preuve permettant d'établir la
responsabilité pénale d'un des 37 nasséristes démissionnaires du PRDS.
Aurions-nous eu des centaines de preuves qu'il nous serait impossible de les
produire devant un tribunal, une loi d'amnistie, de triste mémoire ayant déjà
passé par-là. Mais aucune loi ne saurait nous forcer à l'amnésie. Aucune opération
d'alchimie politique ne saurait transmuter la lie chauvine nassériste en un pur
or de fraternité humaine, ni aucun argument spécieux laver le groupe des nasséristes
démissionnaires du PRDS de leur responsabilité politique et morale. Cette
responsabilité là - et elle seule - suffit à justifier l'opposition à leur
admission au sein de l'UFD/EN, parce qu'une telle opposition est la continuation
logique et légitime de la résistance au chauvinisme, à toute forme de
racisme, à toute volonté de division nationale. Lorsqu'il s'agit d'apprécier
une demande d'adhésion à un parti, cette responsabilité-là est celle qui
compte, avant toutes autres.
Les
cadres dirigeants du groupe d'Ahmed ould Daddah ont la mémoire courte ou
volontairement oublieuse. Les incompatibilités politiques qui les empêchèrent,
après les élections présidentielles de 1992, de s'organiser dans un même
parti que certaines franges islamistes et nationalistes arabes sont de la même
nature que celles qui rendent impossible toute cohabitation entre les nasséristes
démissionnaires du PRDS et l'immense majorité des militants et des citoyens
attachés aux idéaux de l'UFD/EN. Avec, s'agissant des nasséristes, les
circonstances aggravantes que constitue leur rôle dans les événements de
1989-1990.
3)
- "Le pouvoir seul endosse la responnsabilité des événements"
Voilà
au moins une assertion irréfutable... , à condition qu'on s'entende sur le
sens des expressions "le pouvoir seul" et "responsabilité des événements".
Le
pouvoir, même dans un contexte d'État d'exception, n'est pas une réalité
réductible à l'omnipotence d'un individu unique et à ses forces répressives.
Même organisé autour d'un noyau dur, sa composition et ses contours sont
soumis à des modifications liées, pour l'essentiel, aux contradictions et aux
rapports de
Faut-il
que les théoriciens du groupe d'Ahmed ould Daddah soient naïfs pour croire que
dans notre démocratie de dupes, il suffit que le PRDS se disloque pour que le régime
s'écroule ? Le PRDS est une nébuleuse organisationnelle qui masque les véritables
centres du pouvoir ; la puissance des intérêts économiques d'une minorité,
étroitement liée au contrôle absolu des moyens de répression, dans une
collusion militaro-affairiste autour de laquelle gravitent une multitude de
glaneurs de privilèges et de prébendes. Ces centres là sont évidemment préexistants
au PRDS, et ne l'ont créé que pour la fonction d'habillage institutionnel
qu'il remplit.
Il
y a une certaine ironie (amère) dans le spectacle du groupe d'Ahmed ould Daddah
si occupé à accélérer la dislocation du PRDS qu'il ne voit pas les
principales forces de l'UFD/EN se détacher de lui.
Mais
revenons à la question de fond ; les accusations de complicité avec le
pouvoir. En nous opposant à l'adhésion des nasséristes démissionnaires du
PRDS, tentons-nous de sauver un pouvoir entré en déliquescence ou
adoptons-nous une attitude juste, la seule qui permette de préserver les
chances du parti, et de l'opposition en général, de réaliser ses objectifs
stratégiques ?
C'est,
hélas, le genre de questions que ne règlent ni les professions de foi ni les
vertueuses proclamations. Et nous ne voyons pas, en l'absence d'éléments précis
soutenant de telles accusations, l'intérêt de tenter une réponse qui
appartient à l'avenir et à la cohérence ou non entre nos principes et notre
pratique politique.
Le
passé même des uns et des autres ne sauraient fournir une réponse
satisfaisante. Il pourrait juste permettre de lire quelques indices, en
filigrane. En sept ans de vie commune avec le groupé d'Ahmed ould Daddah, nous
avons traversé ensemble bien des épreuves. Nos attitudes face à certaines de
celles-ci furent différentes, et si cela peut signifier quelque chose, nous
allons en rapporter brièvement deux ou trois exemples.
a)
- 1994 - Une scission s'opère au ssein de la puissante Fédération
nationale des Transports, syndicat patronal, et un des principaux réseaux
officieux du régime. Les dissidents créent une organisation rivale, et
sollicitent un soutien auprès de l'UFD/EN. Ahmed ould Daddah étant absent du
pays, le 2e secrétaire général (Mohamed El Moustapha o. Bedreidine) et la majorité des dirigeants présents décident, après une enquête
approfondie, d'appuyer le mouvement (les amis d'Ahmed ould Daddah y sont opposés),
et programment une conférence de presse dans ce sens. À défaut de
pouvoir l'annuler, le groupe opposé à ces décisions boycotte la conférence
de presse. Ni Ahmed ould Daddah (revenu à Nouakchott entre-temps) ni ses amis
membres du Comité permanent, à une exception près), ne daignent y assister.
b)
- 1995 - At-Taqqadum, organe ccentral de l'UFD/EN publie un article
sur Cheikh El Avia ould Mohamed Khouna, alors ministre des Pêches. L'article dénonçait,
preuves à l'appui, la gestion désastreuse de la SMCPP (Société mauritanienne
de commercialisation des produits de la pêche) à l'époque où Cheikh El Avia
en était le directeur général. Quelques jours après la parution de
l'article, un journal de la place publie un communiqué, au nom de l'UFD/EN,
affirmant que le contenu de l'article de At-Taqqadum n'engageait pas le
parti. Ceux qui ont rédigé, de leur propre initiative, ce communiqué pour le
moins déloyal sont deux des plus proches collaborateurs d'Ahmed ould Daddah, et
les principaux tireurs de ficelles de son groupe. Pour qui couraient-il à l'époque
?
c)
- 1996 - Au cours de la campagne ppour les sénatoriales. Me Ebetty,
avocat et cadre de l'UFD/EN, est pris à partie et molesté par des proches d'un
candidat du PRDS, figure de l'aristocratie féodale. L'opinion s'émeut ;
l'Ordre des avocats et Me Ebetty portent l'affaire en justice. L'UFD/EN convoque
une conférence de presse sur la question. Le secrétaire général du parti
(fait rare) refuse de l'animer, et en confie le soin au 2e secrétaire
général adjoint. Peu de temps après, on apprend que l'affaire a été réglée
à l'amiable, selon les voies « traditionnelles », sans que le parti et
l'Ordre des avocats en aient été avertis.
Ces
faits peuvent paraître anecdotiques, mais une ligne de signification les relie
: à chaque fois qu'il s'est présenté une occasion de confrontation directe
avec ou le régime ou les forces de l'argent ou des
individus
et des groupes appartenant aux couches sociales prétendument supérieures, la
direction du parti a piteusement reculé. Et ces retraites ne furent jamais de
notre fait.
Nous
prenons acte des accusations du groupe de Ahmed ould Daddah. Comme nous prenons
acte de l'étrange parenté entre ces insinuations et accusations et les
opinions des nasséristes démissionnaires du PRDS. L'éditorial de Mohamed
Mahmoud ould Cheikh, dans le journal Al Mowqif(voir plus haut) avait pour titre
« Qui gouverne la Mauritanie ? » Sa réponse à cette question essentielle est
sans équivoque : le MND et l'AMD.
Cette
coïncidence d'opinions est trop parfaite pour être le fait du seul hasard.
Elle traduit pour le moins une troublante communauté d'idées et de jugement
qui pourrait apporter un éclairage nouveau à l'alliance entre le groupe
d'Ahmed ould Daddah et les nasséristes. De là à conclure que l'une des
conditions à la réalisation de cette alliance était la mise à l'écart du
parti de certain courant de pensée, il y a un pas que nous ne franchirons pas.
Pour le moment.
Encore
une fois, les auteurs de la note d'information du groupe d'Ahmed ould Daddah ne
se doute pas de l'effet « boomerang » de leurs accusations. Car la seule
question qui vaille d'être posée est celle-ci : pour qui travaillent des gens
qui, depuis le congrès de l'UFD/EN, en 1996, semblent n'avoir qu'une seule et
unique obsession ; détruire le parti dont ils sont membres ? Quels objectifs
poursuivent des dirigeants qui n'hésitent pas à provoquer l'éclatement de
leur parti, pour les beaux yeux d'une poignée de nasséristes, hier encore
serviteurs et complices du pouvoir, et qui n'ont ni donné la moindre preuve de
leur bonne foi, ni exprimé le moindre regret de leurs turpitudes passées ?
En
plus de son argumentaire relatif à l'opportunité et à la légalité de l'adhésion
des nasséristes, le groupe d'Ahmed ould Daddah véhicule quelques contrevérités
sur lesquelles il est utile de nous arrêter.
a)
- Les débats au sein du parti<
Selon
les déclarations du groupe d'Ahmed ould Daddah, de nombreux débats auraient été
organisés dans le parti : trois au sein du Comité permanent (C.P.) ; sept au
sein de la commission Stratégie du Bureau exécutif (B.E.) ; une dizaine au
sein du Comité des Sages, sans oublier d'innombrables discussions informelles.
Quelques
précisions s'imposent, d'emblée :
la
commission « Stratégie » était une structure « ad hoc », créée par
la session du B.E. des 29 et 30 décembre 1997. Elle était chargée - entre
autres points - de réfléchir sur la ligne stratégique du parti, et de présenter
un document sur cette question à la session suivante, qui marquerait la fin de
son mandat. La commission, dans la partie de ses discussions sur le concept de
l'accumulation des forces comme élément de la stratégie du parti a eu à
traiter des moyens et des conditions de mise en œuvre de celle-ci, et évoqué
des hypothèses théoriques. Rien de plus normal. En aucun cas elle n'a eu à débattre
de la question spécifique de l'adhésion des nasséristes, celle-ci n'entrant
pas dans le cadre de sa mission.
Il
suffit, pour s'en convaincre de consulter le texte final des travaux de la
commission. La partie de ce document qui se rapprocherait le plus de cette
question, est le chapitre relatif à l'accumulation qualitative des forces. Il y
est dit : «... il s'agit de faire preuve de discernement, et de ne pas admettre
dans le parti, sans explications préalables, des personnes douteuses,
contre lesquelles nous détenons des preuves irréfutables, sur le rôle
qu'elles auraient joué dans la conception et l'exécution de la politique néfaste
qui a menacé l'unité nationale et plongé le pays dans la période la plus
sombre de son histoire ».
Ceux
qui ont inspiré cette formulation devaient certainement penser aux nasséristes.
Il est en tout cas clair que les conclusions de la commission sont diamétralement
opposées à tout idée d'adhésion automatique et « non négociable ». Dès
lors, on comprend mieux pourquoi le groupe d'Ahmed ould Daddah a, au cours de la
session du B.E. du 4 mars, usé de tous les moyens pour faire entériner
l'admission des nasséristes avant toute discussion du rapport final de la
commission « Stratégie ».
La
commission a tenu six séances de travail, en deux mois d'activités. Si, comme
l'affirme la note d'information du groupe d'Ahmed ould Daddah, (qui prétend
qu'il y en eut sept) toutes ont été consacrées à l'adhésion des nasséristes,
on peut se demander où elle a bien pu trouver le temps de réfléchir à un
projet de ligne stratégique.
Le
Comité des sages n'était pas un organe statuaire de l'UFD/EN mais une
structure informelle, dont la mission était d'aplanir, autant que possible, les
divergences éventuelles pouvant surgir entre tendances, et de chercher des
solutions consensuelles. Nous verrons comment les débats se déroulèrent en
son sein. Mais le groupe d'Ahmed ould Daddah, répondant à des échéances
occultes - en tout cas ignorées du parti - ne permit pas à cette structure déjouer
utilement le rôle qu'on en attendait.
Le
Comité permanent est la seule des instances citées qui soit à la fois
statuaire et permanente. Le C.P. est l'organe de direction du parti, chargé de
mettre en œuvre les orientations et décisions du BE, et de préparer les
projets de décisions à soumettre à cette instance. Il n'a pas consacré une
seule séance à l'adhésion des nasséristes. Le contraire est facile à
prouver, et nous mettons le groupe d'Ahmed ould Daddah au défi de le faire ; il
lui suffit de produire un procès-verbal de réunion traitant de la question. Un
seul.
La
vérité au sujet des débats sur l'adhésion des nasséristes démissionnaires
du PRDS pourrait tenir en quelques lignes.
Lorsque,
après leur démission du PRDS, les nasséristes prirent contact avec l'UFD/EN,
le secrétaire général chargea Mohamed El Moustapha ould Bedredine, sur
l'insistance de ce dernier, d'élaborer une note d'analyse sur les nasséristes,
afin de permettre au CP de se faire une opinion sur ce groupe. Cette note,
remise en mains propres à Ahmed ould Daddah, ne fut jamais présentée au CP.
C'est
dans la deuxième quinzaine du mois de janvier 1998, que la question de l'adhésion
proprement dite des nasséristes sera abordée, dans le cadre du Comité des
Sages. La question fut introduite par des membres du groupe d'Ahmed ould Daddah,
mais il n'y eut pas de discussions ce jour là ; des circonstances imprévues
ayant empêché la poursuite de la réunion.
À
la séance suivante, près de deux semaines plus tard, les amis d'Ahmed ould
Daddah présentèrent l'adhésion des nasséristes comme effective, vu que,
selon eux, ni les statuts ni le règlement intérieur ne s'y opposaient. Le
Comité des Sages se divisa sur la question. À l'issue d'un débat
houleux, les membres du comité s'accordèrent sur un compromis : le parti
exigerait des nasséristes la signature d'un texte soulignant leur rôle durant
les événements de 1989, texte dans lequel ils exprimeraient leurs regrets et
présenteraient leurs excuses au peuple mauritanien.
Trois
des « Sages » furent chargés de la rédaction de ce texte. Mais la tentative
de compromis fit long feu ; les amis d'Ahmed ould Daddah trahissent leurs
engagements, sous le prétexte que les nasséristes n'accepteraient pas les
exigences posées. L'évidence saute aux yeux : ce n'était pas l'UFD/EN qui déterminait
les conditions de l'adhésion du groupe nassériste, c'était ce groupe qui
imposait les siennes au parti, par l'intermédiaire des amis d'Ahmed ould
Daddah.
Une
ultime réunion fut convoquée le 27 février, à la veille de la session du B.E
(celle-ci sera en définitive reculée au 4 mars). À l'heure indiquée,
les deux membres du Comité des Sages opposés à l'adhésion des nasséristes
se rendent au lieu prévu pour la rencontre. Ils n'y trouvent personne.
C'est
le lendemain qu'un des amis d'Ahmed ould Daddah leur apprend que le lieu de la réunion
avait été changé, et qu'il croyait les en avoir avertis.
Nous
n'avons aucune preuve formelle pour l'affirmer, mais nous avons de fortes
raisons de croire que c'est à dessein que l'échec de ces consultations fut
organisé. Une chose au moins est sûre : les contacts entre le groupe d'Ahmed
ould Daddah et les nasséristes ont été réguliers et fréquents sans que
l'ensemble de la direction de l'UFD/EN en ait été avisé. Comme il est avéré
que les propositions présentées au Comité des Sages par certains dirigeants
émanaient en réalité des nasséristes, et que les amis d'Ahmed ould Daddah étaient
plus soucieux de se faire les avocats de leurs nouveaux alliés que de défendre
les intérêts de l'UFD/EN.
Voilà
quelles ont été les « nombreuses réunions » consacrées par le parti à la
question de l'adhésion des nasséristes. Au total, et en étant large, la
vingtaine de réunions dont parlent les auteurs de la note d'information se résume
à deux séances et demie d'une structure informelle : le Comité des
Sages.
b)
- les négociations « secrètes » entre le MND et les nasséristes
Dans
sa note d'information du 30 mars 1998, le groupe Ahmed ould Daddah écrit :
«
D'ailleurs, il est révélateur que le MND ait rencontré seul à seul, pendant
plusieurs semaines, les cadres démissionnaires du PRDS et leur ait proposé une
coopération tant au plan syndical qu'au plan politique. Devant la fin de non
recevoir que ces cadres ont opposé à ces propositions groupusculaires, le MND
a juré de leur barrer la voie de l'adhésion à l'UFD/EN. »
La
conclusion que suggère ces affirmations n'est évidemment pas flatteuse pour le
MND présenté comme un groupuscule complotant dans le dos du parti, et qui se
venge, de façon mesquine, du refus indigné et vertueux des nasséristes de se
prêter à son jeu.
On
ne sait pas trop si ce sont les rédacteurs de la note d'information qui sont de
mauvais menteurs ou si ce sont leurs informateurs nasséristes qui ont perdu un
peu de leur expertise en matière de calomnie.
Car,
pour qui connaît un tant soit peu la réalité syndicale mauritanienne, une
question évidente se pose :
quel
besoin a une organisation ou un courant politique de concocter une alliance
syndicale dans un contexte de relative liberté d'organisation où il existe
trois centrales, chacune avec son orientation spécifique et ses caractéristiques
?
Le
groupe d'Ahmed ould Daddah semble avoir oublié que certains de ses amis du
groupe nassériste, depuis leur trahison en 1991 (grève générale des 19 et 20
juin), sont encore membres de la direction de l'UTM, toujours à l'entière dévotion
du pouvoir. Il semble surtout ignorer que Mohamed Lemine ould Naty et ses
camarades, alliés, hier, de la tendance Dina contre celle de Isselmou ould Khaïry,
et, depuis leur départ du PRDS, alliés de Isselmou contre Dina, sont trop
embourbés dans les combines et magouilles qui forment le quotidien de l'UTM,
pour que l'idée même d'une alliance avec des gens ne se réclamant d'aucune
parenté syndicale avec eux puisse les effleurer.
Il
suffit quelquefois d'un détail de trop pour que s'écroule tout un château de
mensonges. Mais le fait même que les rédacteurs de la note d'information aient
gobé et se soient appropriés cette fable en dit long sur l'influence perverse
que les nasséristes démissionnaires du PRDS se sont acquis en si peu de temps
dans le cercle des amis d'Ahmed ould Daddah.
La
deuxième partie du mensonge concerne les rencontres « seul à seul » entre le
MND et le groupe des cadres démissionnaires du PRDS. S'il est vrai que des
rencontres ont eu lieu entre ces deux parties, l'insinuation à propos de
contacts faits à l'insu du parti est malveillante et contraire à la vérité.
Si les nasséristes ont décidé de rencontrer le MND, ce fut sur la
recommandation expresse de Diop Mamadou Amadou, au cours de la première
entrevue que lui-même eut avec eux, dans le bureau de Sidi ould Zeïne, et en
présence de ce dernier. Au cours d'une deuxième rencontre, les nasséristes,
selon Diop, l'ont informé des résultats de leurs discussions avec le MND. Ce
dernier leur aurait conseillé de s'organiser à part, dans leur propre parti.
Diop
Mamadou Amadou et Sidi ould Zeine sont des membres éminents du groupe d'Ahmed
ould Daddah. Malgré l'estime que nous portons à l'un et à l'autre, ils se
situent dans un camp auquel, du fait de la ligne qu'il suit et du choix douteux
de ses alliances, nous contestons toute légitimité à parler au nom de
l'UFD/EN. Mais nous savons leur attachement à la vérité. Si les faits et les
propos que nous avons rapportés sont contraires à la réalité, ils n'hésiteront
pas, nous en sommes sûrs, à nous dénoncer publiquement comme les menteurs que
nous serions à leurs yeux.
Perspectives
En
plus d'avoir ouvert les portes de l'UFD/EN aux nasséristes venant du PRDS, le
groupe d'Ahmed ould Daddah a pris un certain nombre de mesures dont les
implications sont graves. Et significatives. En décidant que tout militant
hostile à l'adhésion des nasséristes est considéré comme démissionnaire,
en suspendant toutes les structures et instances légales du parti, en
s'arrogeant tous les pouvoirs, il décrète, ni plus ni moins, la mort programmée
de l'UFD/EN.
De
fait, le processus de liquidation lente du parti ne date pas d'aujourd'hui. Il a
été amorcé dès après le congrès de juin 1996. Chaque militant avait espéré
et cru que le congrès marquerait un nouveau départ, et permettrait de créer
les conditions d'une redynamisation des structures et des instances. Mais au
lieu d'un enthousiasme renouvelé ce fut le retour à la léthargie, plus
profonde qu'auparavant, l'absence de tout contact avec la base, les militants
abandonnés à eux-mêmes. Pire, ce fut le parti lui-même qui fut marginalisé
au profit du Front des partis de l'opposition (F.P.O.), devenu le principal pôle
d'intérêt du groupe d'Ahmed ould Daddah. Nous avons certes à cœur de
renforcer le F.P.O., et de contribuer activement à son succès. Mais ce
renforcement et ce succès ne sauraient être assurés si notre propre parti ne
possède ni véritable assise ni dynamisme interne. Le F.P.O ne peut mener à
bien sa mission que si les partis qui le composent - l'UFD/EN au premier chef -
sont des organisations solides, actives, Imaginatives.
L'arrivée
des nasséristes et la panoplie de mesures « disciplinaires » sont la touche
finale à un travail de sape initié depuis plus d'une année par le groupe
d'Ahmed ould Daddah, et dont l'objectif est la liquidation effective de
l'UFD/EN.
Nous
n'avons pas le droit de nous tromper sur les enjeux de la crise qui secoue notre
parti, et met son existence en danger. La ligne de clivage qui traverse l'UFD/EN
de part en part oppose deux camps : d'un côté ceux qui, en étant favorables
à l'admission des nasséristes, engagent le parti dans une orientation
contraire à ses idéaux et à sa mission, nient son identité profonde, veulent
l'entraîner dans des voies incertaines, et, à terme, à sa destruction ; et de
l'autre, tous ceux qui, en s'opposant à cette adhésion, souhaitent ardemment
sauvegarder les principes et les objectifs de l'UFD/EN, consolider et élargir
le parti, améliorer son efficacité et ses capacités d'action, le rendre apte
à réaliser les changements indispensables à la survie et à l'épanouissement
de notre pays.
Ce
dernier point est d'une extrême importance, car le clivage actuel concerne les
choix stratégiques tant sur la nature des changements que sur les moyens
politiques à même de les rendre effectifs. Pour certains, il semble que la
lutte politique se résume à une confrontation de clans aux ambitions
concurrentes. Ce qui est perceptible, à travers leur phraséologie confuse et
leur compréhension étriquée de l'accumulation des forces, c'est une
conception du changement qui se limite à substituer Hassan à Mohamed, une lignée
d'hommes de pouvoir à une camarilla, une composition ministérielle à un
gouvernement, un cercle de privilégiés à un réseau prébendier.
Cette
logique du changement « dynastique » ou « gouvernemental » n'est pas la nôtre.
L'UFD/EN n'est pas, et ne saurait être, un outil pour la réalisation des
ambitions collectives d'un groupe ou d'un clan.
Notre
parti a la volonté d'œuvrer à la réalisation des principes qui sont le corps
de sa devise : unité, démocratie, justice sociale. Sortir le pays de l'impasse
dans lequel une politique aveugle l'a conduit, approfondir la démocratie,
engager les reformes économiques, sociales et culturelles indispensables,
mettre la Mauritanie et son peuple en harmonie avec le monde.
Les
options de l'UFD/EN relatives aux moyens de réaliser ces objectifs ne souffrent
d'aucune ambiguïté. Nous sommes pour des changements démocratiques et
pacifiques, par la voie d'élections libres et transparentes. Les rédacteurs de
la note d'information du groupe d'Ahmed ould Daddah affirment qu'ils sont
partisans du boycott de toutes les élections ; cela signifîe-t-il qu'ils ont
renoncé à l'option stratégique qui est toujours celle de l'UFD/EN ? La
question n'est ni déplacée ni superflue, car il existe au moins deux autres
voies susceptibles de déboucher sur des changements :
la
première est une autre forme de changement démocratique : c'est quand les
masses, excédées, sont prêtes à changer les choses par la violence. Lorsque
les conditions subjectives d'un tel changement seront réunies, toute
organisation politique responsable n'aura d'autre choix que d'en prendre acte,
à défaut d'y participer.
la
seconde possibilité d'opérer un changement - qui ne serait pas forcément démocratique
- est celle d'un coup de force indépendannt, ou en dehors, de l'action des
masses. Celle-là n'est pas seulement aventureuse à nos yeux, elle n'est
surtout pas porteuse de significations et de potentialités positives. Pire,
elle serait une régression, un retour à des expériences et à des
traumatismes dont notre pays et l'Afrique ont souffert de longues années.
L'admission
des nasséristes démissionnaires du PRDS et le processus de liquidation du
parti engagé par le groupe d'Ahmed ould Daddah ont créé une situation qui était
déjà inscrite dans la confrontation entre deux lignes diamétralement opposées
au sein de l'UFD/EN.
Malgré
les bonnes volontés et les initiatives louables en vue de concilier les points
de vue et de trouver des solutions satisfaisantes pour les uns et pour les
autres, la fracture est devenue irréductible. Le groupe d'Ahmed ould Daddah est
allé trop loin dans son commerce avec les nasséristes, sa volonté de dénaturer
et de détruire le parti est trop forte, et son désir de construire autre chose
trop profond pour qu'il soit permis d'espérer qu'il revienne en arrière.
Dans
ces conditions, ceux qui souhaitent de tout leur cœur sauver l'UFD/EN de la
destruction commettraient une grave erreur en s'entêtant à vouloir trouver un
compromis qui ferait d'eux des complices dans l'acte d'assassinat du parti qui
est en train de se perpétrer.
Le
choix est aujourd'hui entre, d'une part, une UFD/EN portant la promesse d'une
Mauritanie multiethnique, unie et riche dans sa diversité, démocratique et
soucieuse des libertés et des droits de chacun ;
et
une organisation dirigée par le groupe d'Ahmed ould Daddah et manipulée par
les nasséristes, dont l'orientation, les objectifs et la stratégie sont encore
dans la plus totale obscurité. Mais à propos de laquelle on peut d'ores et déjà
affirmer - connaissant l'obsession du pouvoir des uns, l'idéologie et les
capacités de nuisance des autres - qu'elle est potentiellement porteuse de
dislocation et d'exclusion, de guerre civile et de dictature.
Il
appartient à chaque militant et à chaque structure de l'UFD/EN - en ayant en
vue ce qu'il estime être les intérêts du parti et de la Mauritanie - de faire
son choix, en toute conscience.
Nouakchott,
le 2 mai 1998
Le
Bureau exécutif de l'UFD/E
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