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Quatre
personnalités de l'opposition (Ahmed Ould Daddah, Mohameden Ould Babbah,
Mohameden Ould Ichiddou et Mohamed Abdellahi Ould Cheikh) ont été arrêtées
le mercredi 16/12/1998 suite au meeting tenu par le Fpo.
L'UFD/EN, conformément à ses principes et aux orientations de son congrès
extraordinaire relatives à la nécessité de promouvoir un climat de dialogue
et de consensus favorable à l'avènement d'un compromis national salutaire pour
le pays proteste énergiquement contre une telle atteinte aux libertés
publiques, au droit à l'expression garanti par la Constitution.
Aussi réclamons nous leur libération immédiate et sans condition. Soucieux d'éviter
de graves dérapages au pays, nous sommes opposés à toute logique de
confrontation et d'épreuve de force et mettons donc en garde le gouvernement
contre tout recours à des méthodes répressives et arbitraires qui violent la
Constitution et les principes de l'Etat de droit.
C'est pour nous l'occasion de réitérer notre appel à tous les acteurs de la
scène politique nationale pour rechercher par le dialogue et le consensus, les
solutions adéquates aux problèmes cruciaux qui se posent au pays.
Décembre 1998
Pour le Bureau Exécutif, la Présidence
II
y a quelques jours, la compagnie Royal Air Maroc a inauguré une ligne aérienne
entre El Aïoun (Sahara Occidental) et Nouakchott.
L'ouverture d'une ligne aérienne entre EL Aïoun et Nouakchott n'est pas un
simple acte commercial».
Il s'agit d'une décision dont les implications diplomatiques sont évidentes.
Au moment où le processus référendaire initié par l'ONU connaît de sérieuses
difficultés - obligeant son secrétaire général, M Koffi Anan à s'impliquer
personnellement afin de préserver les chances d'une solution pacifique
-l'acceptation de la création d'une ligne aérienne El Aïoun - Nouakchott
constitue un parti pris évident, une violation du principe de neutralité adopté,
depuis près de 20 ans, par la Mauritanie, dans le conflit opposant la RASD au
Royaume du Maroc.
L'UFD/EN élève une vive protestation contre l'établissement de la ligne aérienne
EL Aïoun - Nouakchott, et exige sa suppression.
Elle engage le gouvernement à ne rien entreprendre ou accepter qui soit en
contradiction avec le processus référendaire fondé sur le droit à l'autodétermination
du peuple sahrawi, et l'exhorte à initier des propositions positives,
susceptibles de renforcer les chances d'une solution pacifique du conflit au
Sahara Occidental.
Nouakchott, le 25 novembre 1998.
La Commission Politique.
D'un moment à l'autre, les Etats-Unis d'Amérique pourraient déclencher une série
de bombardements contre l'Irak et ses' populations, en se drapant de la légalité
internationale, sous le couvert de l'ONU sur laquelle ils exercent d'intenses
pressions afin de lui arracher son label.
Pour l'UFD/EN cette politique des USA résulte de leur volonté à imposer leur
hégémonie aux pays et aux peuples du monde, en violation flagrante de leur
souveraineté et de leurs droits inaliénables à choisir librement leur destin.
En effet, l'Irak s'est largement prêté aux exigences de la communauté
internationale, souvent au delà du tolérable et sous la férule d'experts
agissant quelquefois au service d'autres commanditaires et à des fins
inavouables.
A quelles fins les USA s'acharnent-ils contre l'Irak et son peuple ? Il
est devenu légitime de se poser cette question dans la mesure où il s'avère
évident que la poursuite de l'embargo porte surtout atteinte aux intérêts des
populations, en particulier les enfants et les catégories les plus démunies.
Comment s'expliquer que les denrées nécessaires à la survie, le lait pour les
enfants, les médicaments, les pièces détachées pour les équipements civils
(en particulier les hôpitaux), soient également frappés par l'embargo ?
Visiblement les USA visent d'abord à agenouiller le peuple irakien et ses
dirigeants pour ôter aux peuples du tiers-monde et à leurs dirigeants toute
velléité à s'opposer à leur diktat. Il s'agit pour les Etats-Unis, de faire
pression sur le peuple irakien pour l'obliger à choisir d'autres dirigeants, la
même politique qu'ils appliquent dans leurs rapports avec Cuba, l'Iran et la
Lybie. Seraient-ils devenus comme ils le clament haut et fort les ennemis jurés
de toute forme de dictature et les défenseurs résolus des droits humains ?
Les pays et les peuples du monde ont de plus en plus conscience de la politique
de deux poids et de deux mesures des USA. Pour la préservation de leurs intérêts
et de leurs zones d'hégémonie, en particulier en Amérique du Sud, ils ont
soutenu l'installation et le maintien de dictatures parmi les plus sanguinaires.
Pinochet, leur homme-lige, est aujourd'hui sur la sellette : le silence des USA
sur la nécessité de le juger pour crimes contre l'humanité est on ne peut
plus complice.
Les États-Unis d'Amérique pourraient-ils alors évoquer leur volonté de faire
respecter les résolutions des Nations unies ? La violation impunie par Israël
des accords d'Oslo, des accords de Whye Plantation (dont l'encre n'a pas encore
séché !) est là pour montrer que cet argument a moins de poids qu'une plume.
Le peuple mauritanien, les peuples africains et arabes, les peuples du monde,
les gouvernements des pays soucieux du respect de la souveraineté des pays et
de la liberté des peuples de choisir leur destin, toutes les personnes éprises
de paix et de justice dans le monde, ont le devoir de faire échouer les plans
des USA, d'exiger la fin de l'embargo, dans le respect des résolution des
Nations unies.
L'UFD/EN lance un appel pressant à l'ensemble des partis de l'opposition, à
tous les Mauritaniens révoltés par la politique des USA au Moyen-Orient, afin
qu'ils expriment leur désapprobation et qu'ils se concertent dans les meilleurs
délais pour une initiative commune de soutien à l'Irak et à son peuple.
Pour le Bureau Exécutif, la Présidence
Nouakchott le 14 novembre 1998
La décision du Groupe D'Ahmed Ould Daddah d'admettre dans le parti le «groupe
des nasséristes démissionnaires du PRDS » avait plongé dans le désarroi et
la consternation des milliers de militants qui, à travers leurs sections et
leurs fédérations, réagirent avec promptitude, invitant Ahmed Ould Daddah et
son groupe à revenir sur l'ensemble des décisions ayant occasionné et aggravé
la crise qui couvait depuis longtemps.
Ils proposèrent avec beaucoup de lucidité et de sagesse de recourir à
l'arbitrage des instances appropriées du parti - le Conseil National et le
Congrès notamment - avant d'entériner ou non cette admission controversée.
Sourds et indifférents à ces appels angoissés, le Groupe D'Ahmed Ould Daddah
accéléra plutôt la fuite en avant. Ses missionnaires sillonnèrent le pays,
tentèrent sans succès d'organiser des réunions avec des bases qui rie sont
plus les leurs, montèrent ici et là des structures provisoires anachroniques,
où l'on trouve parfois des militants notoires du PRDS.
En concrétisant ainsi leur circulaire en date du 25/3/98 qui décidait la
dissolution des structures de base locales du parti, ils inscrivent désormais
toutes leurs activités en dehors de l'UFD/EN et s'installent par conséquent
dans une logique de constitution d'un autre parti politique.
Résultat : 9 fédérations sur 13 et 36 sections sur 52 que compte l'UFD/EN
nous confirment aujourd'hui leur soutien et désavouent Ahmed Ould Daddah et son
groupe, dont le périple aura tout au moins permis de constater l'ampleur de
l'impopularité de la décision d'admettre dans le parti le groupe des nasséristes,
et de mesurer sur le terrain la dimension de leur isolement.
Pendant ce temps, force est de reconnaître, avec humilité, l'enthousiasme de
plus en plus débordant des milliers de militants fidèles à la ligne et aux
principes fondateurs du parti qui, des quatre coins de la Mauritanie et
d'ailleurs, nous renouvellent chaque jour leur confiance.
Ce qui stimule notre détermination à aller de l'avant et à défendre avec
persévérance la pureté de la ligne de l'UFD/EN.
Un autre facteur d'encouragement est la maturité des militants ainsi que la
conscience qu'ils ont des tentatives vaines du Groupe D'Ahmed Ould Daddah
d'esquiver le vrai débat et de lui substituer des subterfuges et autres faux
fuyants. A Tamchakett (comme ailleurs) par exemple, l'un des missionnaires du
groupe veut «savoir si la section est solidaire du Groupe D'Ahmed Ould Daddah
ou de celui de Bédreddine». Le secrétaire général répond que sa section «est
d'abord et avant tout solidaire des principes fondamentaux de l'UFD/EN». Le
missionnaire renchérit :
«Mais l'UFD/EN est actuellement divisée en deux tendances.» Le secrétaire général
rétorque, avant de mettre fin à ce dialogue curieux :
«les principes auxquels nous autres sommes attachés sont uniques et
indivisibles.»
Rien n'y fait. Il ne sert à rien de vouloir égarer l'opinion dans de fausses
querelles de groupes ou de personnes. Ce dont il s'agit, c'est de se déterminer
clairement par rapport à la fidélité aux principes de fond de l'UFD/EN et de
prendre position. Aujourd'hui, bon nombre de nos militants l'ont compris. Ce qui
explique le déferlement continu sur notre siège de messages de soutien,
exigeant de plus en plus que des mesures radicales soient prises pour mettre fin
au brouillamini organisationnel dans lequel on voudrait nous installer.
L’UFD/EN doit rester le parti de l'unité nationale, de la démocratie et de
la justice sociale.
Le
24/06/1998
Le Comité Permanent.
Depuis
plusieurs jours des milliers de Sénégalais résidant en Mauritanie, et de
Mauritaniens résidant au Sénégal, traversent la frontière entre les deux
pays, pour préserver leurs biens, sauver leurs vies... Dans les quartiers
populaires de Nouakchott, la panique commence à s'emparer de certains citoyens
et le spectre des événements de 1989-1991 hante déjà les esprits, privant de
sommeil dey familles entières. Mais de quoi s'agit-il ?
Le facteur déclenchant semble être la volonté exprimée par le gouvernement sénégalais
de mettre en oeuvre le projet des vallées fossiles, sans concertation et
autorisation préalable de l'OMVS, violant ainsi les dispositions prévues en la
matière par l'organisation sous-régionale, et, selon le gouvernement
mauritanien, en renonçant aux engagements pris par le Président Abdou Diouf.
Le Mali, la Mauritanie et le Sénégal, depuis plusieurs décennies, ont
consenti des efforts et des sacrifices immenses, contracté des prêts colossaux
pour valoriser les ressources en eau du fleuve Sénégal, en ayant
prioritairement en vue la satisfaction des besoins de survie des populations en
denrées alimentaires de première nécessité.
Dans cette entreprise gigantesque, dont les enjeux et les résultats portent en
eux la vie, l'existence et l'avenir des pays et des peuples concernés, il y a,
à la fois, des intérêts communs, mais également des intérêts spécifiques
pour chacun des pays pris séparément. Mais, parce que les pays ont décidé de
valoriser ensemble ces ressources, leur usage, aussi bien pour des projets
communs que spécifiques, doivent faire l'objet d'études techniques appropriées
et être sanctionnées par des décisions prises de commun accord. Les pays
ayant choisi d'en traiter dans le cadre de leur organisation commune (l'OMVS),
chacun des gouvernements concernés et tous ensemble, doivent se conformer à
cette règle de conduite, définie et acceptée de commun accord. C'est à la
fois un préalable et une conditionnalité que nulle initiative ne saurait
contourner.
Si, malgré tout, des différends apparaissaient entre les parties concernées,
comme c'est apparemment le cas, il y a d'innombrables recours qui permettent de
les surmonter : les commissions spécialisées de l'OMVS, ses différentes
instances politiques comme le Conseil des ministres et la Conférence des Chefs
d'Etat. Et, même lorsque ces cadres s'avéraient inopérants ou inefficients
pour trouver des solutions viables emportant l'adhésion de toutes les parties,
il sera toujours possible de recourir à la conciliation des amis communs, voire
à l'arbitrage de tribunaux et de cours de justice internationaux.
Est-il envisageable d'aller au delà ? En la matière, il n' y a pas d'autre
solution que la recherche de compromis par la voie pacifique. L'expérience
acquise dans toutes les régions du monde montre que c'est cela qui sert les intérêts
des peuples et des pays, c'est le fondement essentiel pour construire ensemble
un avenir viable. Or, les pays de l'OMVS, de l'Afrique de l'Ouest, du Maghreb et
du monde arabe (pour ne parler que des aires de culture et de civilisation
auxquelles la Mauritanie appartient), ont leurs sorts indissolublement liés, en
cette ère de mondialisation et de globalisation : aucun d'entre eux pris séparément,
en particulier en Afrique de l'Ouest et dans le Maghreb, ne pourra s'engager
dans le développement viable et durable autrement. C'est pour cela que la précipitation
dans laquelle ce différend est traité et l'escalade en cours ne s'expliquent
nullement. Non seulement c'est sans commune mesure avec la situation mais les
recours cités sont encore loin d'être épuisés. Par ailleurs, la politique de
confrontation est porteuse de graves conséquences, étant donné les plaies
toujours ouvertes ou mal cicatrisées des événements de 1989.
Étant donné l'importance du projet des vallées fossiles, il est évident
que sa mise en oeuvre nécessite, non seulement des études techniques pointues
et avisées, mais aussi et surtout l'accord préalable au niveau des instances
appropriées de l'OMVS - comme pour tout autre projet national envisagé par
l'un quelconque des pays et impliquant l'utilisation d'un volume appréciable
des ressources communes en eau. Agir autrement, comme l'auraient envisagé les
autorités sénégalaises, comporte le risque d'une pléthore d'initiatives
nationales qui dépasseraient les capacités des eaux du fleuve, compromettant
ainsi la pérennité des entreprises communes, sans oublier le pire, c'est-à-dire
la violation de la décision sage et garante de la paix entre les pays, celle de
la souveraineté partagée dans la gestion du fleuve Sénégal.
Pour conjurer les périls du moment, des mesures urgentes s'imposent pour
sauvegarder la paix:
1) l'arrêt immédiat du rapatriement des Mauritaniens vivant au Sénégal
et des Sénégalais vivant en Mauritanie, assorti de l'engagement public et
solennel des deux gouvernements d'assurer la sécurité des biens et des
personnes concernés, en assurant la publicité qu'exige cet engagement ainsi
que les mesures appropriées pour garantir son application effective;
2) la suspension des initiatives de relance du projet des "vallées
fossiles" jusqu'à la conclusion d'un accord consensuel ;
3) la convocation d'un sommet de l'OMVS visant à trouver des solutions de
compromis engageant l'ensemble des partenaires, sur la base des textes régissant
l'OMVS et des accords antérieurs.
Les Mauritaniens et les Sénégalais soucieux de la préservation de la paix
civile dans leurs pays et de la coexistence pacifique entre leurs pays, qui représentent
les intérêts de l'immense majorité de leurs populations, ont le devoir suprême
de dénoncer les dérives chauvines qui pourraient s'aggraver en ces moments
difficiles, de peser de tout leur poids pour amener les gouvernements à la
mesure, pour cultiver l'esprit de tolérance et d'entente entre leurs communautés,
et multiplier contacts et concertation en vue de s'épauler et d'éloigner les
dangers qui menacent l'intégrité des biens et des citoyens du pays voisin
vivant parmi eux. D'autres considérations, essentielles pour l'avenir, méritent
des réflexions sages et approfondies, ayant en vue la préservation de la paix
et du bon voisinage. Étant donné les engagements pris dans le cadre de
l'OMVS et leur importance pour l'avenir commun, le Mali, la Mauritanie et le Sénégal
devraient signer des accords par lesquels ils réprouvent toute politique de
diktat, de même que l'usage de la violence pour résoudre leurs différends et
s'engager à rechercher et à trouver des compromis par les moyens pacifiques.
Faute de cela, l'OMVS risque d'aller au devant de périls destructeurs, toutes
les fois que des différends surgiront ou que des frictions verront le jour.
Il serait particulièrement important, pour enraciner la paix dans les coeurs et
les esprits, d'envisager la mise en place d'une assemblée des élus des pays de
l'OMVS, même consultative, ainsi que la décentralisation de la gestion des préoccupations
communes des citoyens au niveau élus locaux dans les zones transfrontalières.
Les citoyens et les gouvernements devraient se convaincre que l'OMVS est un
destin commun, dont il faut assurer la pérennité, par-delà les contingences
du moment. Chacun de nos peuples a le droit de choisir librement le gouvernement
qui lui convient et d'oeuvrer, sans ingérence extérieure, à l'émergence des
changements qu'il aura souhaités.
Les peuples sénégalais et mauritanien aspirent profondément à la paix et aux
relations de bon voisinage. C'est cela qui correspond aux liens multiséculaires
de sang, de culture et de religion qui les unissent. Les gouvernements des deux
pays doivent en tenir pleinement compte et ne pas leur imposer des souffrances
inutiles.
C'est l'occasion pour nous de lancer un appel pressant à toutes les forces
vives des trois pays de l'OMVS, pour la tenue d'un Forum pour la paix, la démocratie
et le développement, impliquant l'ensemble des acteurs [partis politiques,
organisations de la société civile (des médias en particulier), leaders
d'opinion, représentants des élus à différents niveaux, des gouvernements et
des partenaires au développements], afin de discuter de ce thème et dégager
des suggestions constructives pour que le Bassin du Fleuve du Sénégal devienne
une aire de concorde, de tolérance et de prospérité pour tous.
La Présidence du Bureau exécutif
La France, ainsi que de nombreux pays et régions, surtout d'Afrique
francophone, célèbrent, à travers des manifestations multiformes fortement médiatisées,
le 150éme anniversaire de l'abolition de l'esclavage. Les Mauritaniens, très
nombreux, suivent ces manifestations avec d'autant plus d'intérêt qu'elles évoquent
une question qui touche à un débat de société qui les concerne.
Mais, par delà ce débat, la commémoration de cet anniversaire interpelle tous
les démocrates et humanistes, particulièrement ceux dont les peuples ont été
concernés par l'abominable « commerce triangulaire Afrique-Amérique-Europe ».
C'est pourquoi, nous Mauritaniens devons nous féliciter de toutes les
initiatives prises en France ou ailleurs, pour évoquer cet événement qui
avait revêtu à l'époque une grande portée historique.
Le décret du gouvernement français venait en effet concrétiser la victoire en
France des forces démocratiques et humanistes, dans le cadre d'un combat séculaire
engagé sur trois continents contre les forces conservatrices et esclavagistes.
Entre autres victoires, évoquons celle des forces abolitionnistes nord américaines
contre les esclavagistes des États du sud en 1865, et celle des esclaves
cubains en 1878,conduisant à l'abolition définitive de l'esclavage sur cette
île.
Aujourd'hui encore, cet événement -pour la plupart de ceux qui le célèbrent
- s'inscrit dans le cadre d'un effort louaable de rappeler ce que fut cette période
parmi les plus sombres de l'histoire de l'humanité. Un homme politique français
n'a pas hésité à qualifier les pratiques esclavagistes de cette époque de
crime contre l'humanité. Peut - on contester cette sentence, quand on sait que
ces pratiques qui se sont étendues sur plus de deux siècles ont coûté à
l'Afrique la perte de plus de cent millions de ses enfants les plus valides ?
Lourd tribut payé par l'Afrique pour l'aisance de sociétés qui la considèrent
aujourd'hui avec mépris^au mieux avec condescendance.
C'est que, en dehors des fortunes accumulées, cette période de ténèbres a légué
à ces sociétés le terrible cancer du racisme, cette négation de l'autre nécessaire
pour le soumettre aux traitements les plus inhumains.
Et c'est une autre raison de se réjouir des manifestations à l'occasion de
cette journée. Elles offrent aux esprits les plus éclairés, en France comme
en Afrique, l'opportunité de dénoncer et de stigmatiser la bête immonde qui
resurgit au coeur de l'Europe, avec la renaissance des idéologies nazies et
fascistes.
Pour nous autres Mauritaniens. les démocrates et les humanistes, C'est un
moment important de réflexion et de mise en perspective de notre combat dans le
cadre général de la lutte émancipatrice des peuples. Plus concrètement,
cette commémoration restitue à la réflexion les dimensions spécifiques de la
question de l'esclavage dans notre société actuelle à savoir des survivances
par rapport à des formes plus barbares à des stades antérieures.
Elle nous rappelle l'urgence, plus que jamais, d'en finir avec ces survivances
anachroniques .
Enfin, elle met en relief la nécessaire liaison de la lutte pour la démocratie
et celle contre les idéologies racistes, chauvines et particularistes.
Nouakchott le 27/4/1998
Le gouvernement des États-Unis d'Amérique a bombardé, jeudi 20 Août
1988, une usine de produits pharmaceutiques à Khartoum et des supposés camps
d'entraînement en Afghanistan, en représailles à l'explosion de bombes dans
ses représentations diplomatiques au Kenya et en Tanzanie.
Du fait de la crise économique, sociale et politique profonde qui secoue
l'ensemble des continents, de l'aspiration des peuples et des pays à l'indépendance,
à la souveraineté et à la gestion concertée des affaires mondiales, mais également
de la volonté de certains pays, en particulier les USA, de dicter leur volonté
à toute la planète, des luttes multiformes se développent. Le terrorisme, dérive
aventuriste et nihiliste de ces luttes, est apparu comme l'un des pires dévoiements
des aspirations des peuples du monde. Usant de la violence aveugle, s'en prenant
à des populations innocentes, il soumet les pays et les peuples au chantage,
les prend littéralement en otages, offrant ainsi des prétextes à tous les
fauteurs de guerre et de troubles. Tandis que certains pays abritent des groupes
terroristes d'autres recourent au terrorisme d'Etat, plaçant la communauté
internationale dans des situations particulièrement complexes.
Comme les groupes maffieux, les cartels de la drogue, les trafiquant des armes
nucléaires, des déchets toxiques et autres armes à destruction massive, le
terrorisme et les groupes qui l'alimentent sont devenus des fléaux mondiaux.
Les peuples et les pays du monde doivent renforcer leur collaboration et leur
coopération afin d'élaborer des politiques et mesures visant à mettre fin à
leurs crimes et à les neutraliser. C'est pour cela que l'UFD/EN condamne avec véhémence
le terrorisme sous toutes ses formes.
Cependant, le bombardement du Soudan et de l'Afghanistan par le gouvernement américain
procède de la politique du plus fort et de la volonté de ce pays d'imposer son
diktat au reste du monde. Ces actes violent le droit international et bafouent
les règles élémentaires par lesquelles, la communauté internationale, au
sein des instances comme les Nations unies, gère ces questions. Ce
comportement, loin d'être nouveau, est en droite ligne des interventions des
USA en Grenade, au Panama, au Nicaragua, en Irak, en Libye, etc. Ce comportement
du gouvernement des États-Unis d'Amérique procède des mêmes-approches
que celles des groupes terroristes, tendant à vouloir imposer par la force ses
vues aux autres, en n'hésitant aucunement à porter atteinte à la vie de
citoyens innocents et à leurs biens.
Imaginez qu'au nom du droit de s'en prendre à ceux qui portent atteinte à
leurs intérêts à partir du territoire américain que Cuba, l'Irak, la Libye,
etc., envisagent et mettent en oeuvre des mesures de représailles sur le
territoire américain ! Ils auraient usé des mêmes droits que ceux invoqués
par le gouvernement des Etat-Unis pour engager des actions de guerre en faisant
fi de la souveraineté des pays. La capacité à user de ces « droits » dépendrait
alors du rapport de forces entre celui qui s'en réclame et ses victimes,
prenant, selon les cas, des formes ouvertes ou insidieuses dans les rapports
entre États.
Nul ne pourrait s'aviser d'en faire une règle du droit international, car ce
serait généraliser le terrorisme d'Etat et l'instabilité mondiale !
C'est pour l'ensemble de ces considérations que nous condamnons fermement cette
politique des USA et appelons l'ensemble de la communauté internationale, les
pays et les peuples soucieux du respect de la souveraineté, de la gestion
concertée des affaires mondiales à s'en démarquer nettement.
Petits ou grands, puissants ou faibles, riches ou pauvres, les pays et les
peuples ont le droit et le devoir de faire entendre leurs voix et de participer
à la gestion des affaires mondiales, à la recherche de solutions concertée
aux fléaux comme le terrorisme.
Nouakchott, le 24 Août 1998
Depuis près de deux semaines, de graves nouvelles nous parviennent du Sénégal
oriental, faisant cas de nombreux morts et blessés, parmi nos compatriotes. En
l'état actuel des choses, les informations reçues, relayées par
l'intervention radiodiffusée du ministre sénégalais de l'Environnement évoquent
des règlements de compte dramatiques entre des villageois sénégalais et des
«bandits » opérant parmi les déportés mauritaniens.
En attendant de posséder de plus amples explications, cette situation nous
inspire les remarques suivantes :
1989 : le gouvernement mauritanien déporte manu-militari des milliers de
Mauritaniens qui connaîtront un exode sanglant et des années d'exil tragique.
A leur arrivée, ils furent reconnaissants à l'égard des populations du Sénégal
qui firent preuve d'un sens profond de l'hospitalité et d'une grandeur d'âme
admirable. Mais au fil du temps, les difficultés et les frustrations s'accumulèrent.
Les gouvernements mauritanien et sénégalais banalisèrent la question des déportés,
fuyant leur responsabilité, celle d'un Etat qui déporte ses propres citoyens
et d'un autre qui assiste impuissant à un drame qui se déroule sur son
territoire. Les relations entre autochtones et réfugiés se détériorèrent.
Et quand le HCR décida de se désengager totalement, les conditions objectives
d'un retour s'accélèrent.. .De nombreux réfugiés entamèrent donc un
auto-rapatriement laborieux et se retrouvèrent face à face avec des autorités
peu enclines à se pencher correctement sur leur situation. D'autres, qui étaient
réticents à l'idée d'un retour incertain, encouragés en cela par des forces
aventuristes et extrémistes, continuèrent à vivoter sur les lieux, abandonnés
à leur sort.
Si les peines accumulées et le désespoir peuvent pousser certains déportés
à commettre des actes aveugles assimilés à une forme de banditisme, la
responsabilité totale et entière de ces faits incombe au gouvernement
mauritanien qui, en violation des droits les plus élémentaires à la vie, a
abandonné par delà le fleuve ses propres citoyens à une vie d'errance. Ce
qu'en d'autres temps, de vrais bandits - y compris des Sénégalais - avaient
tenté et souvent réussi d'exploiter pour entreprendre à leur propre compte
des vols de bétail à main armée. Il est vrai que les conditions d'alors s'y
prêtaient.
Faut-il dramatiser outre mesure ce genre de fait et décréter la responsabilité
collective des réfugiés avant de se ruer dans leurs huttes de fortune arme à
la main ? Ne devrait-on pas au contraire faire preuve de clairvoyance, mener des
enquêtes patientes, pour retrouver et punk les vrais coupables ? au lieu
d'inciter à la haine et à la vengeance souvent aveugle.
Quand un ministre du gouvernement use d'un langage xénophobe, traitant les déportés
mauritaniens de bandits et menaçant de les refouler hors des frontières de son
pays, excitant au passage quelques fibres sentimentales, au lieu d'entreprendre
une démarche tendant à assurer leur quiétude et leur sécurité en même
temps que celle des populations autochtones, nous sommes en droit de nous inquiéter
du sort qui sera désormais réservé à nos concitoyens exilés au Sénégal.
Tout en mettant en garde contre la manipulation politicienne de ceux qui
tenteraient d'exploiter ce conflit fratricide entre Mauritaniens et Sénégalais,
pour les détourner de leurs vrais problèmes, nous appelons les populations des
villages et des camps de déportés à faire preuve de vigilance et à renforcer
leur solidarité, à unir leurs efforts pour démasquer tous ceux qui veulent
ternir leur image, à lutter contre le banditisme réel ou supposé.
Face à la détérioration croissante de leurs conditions de survie, et en dépit
de l'expérience peu encourageante de ceux qui sont déjà parmi nous, nous
pensons que nos compatriotes encore restés au Sénégal doivent revenir dans
leur pays pour mener chez eux la lutte qu'il faut afin de recouvrer leurs droits
aux côtés de nombreux autres sans droit.
En tout état de cause, le gouvernement mauritanien endosse l'entière
responsabilité de ce qui est déjà arrivé à nos concitoyens morts en exil,
et de tout ce qui pourrait advenir des autres. Le devoir lui commande de résoudre
correctement la question des déportés, ceux qui se sont auto-rapatriés, comme
de ceux restés encore au Sénégal et au Mali et pour la sécurité desquels il
est à nouveau, plus que jamais, interpellé.
Le bureau exécutif
Nouakchott le 22 avril 1998
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