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- Interview de Mohamed Ould Maouloud, président de l'Ufp au Méhariste


Interview accordée à Nouakchott Info 950 du 20 mars 2006

Interview accordée à HORIZONS n° 4058 (9-10 et 11 septembre 2005)

Interview accordée au journal L'Humanité (France) (18-05-05)

Interview accordée au journal Le Méhariste (15-08-05) *


Entretien exclusif avec Mohamed Ould Maouloud,

président de l'UFP (Nouakchott Info 950 du 20 mars 2006)

 

"Le tribalisme, ce sont les partis politiques et les leaders politiques qui le font en faisant appel au sentiment tribal, ethnique pour mobiliser un électorat."

 

 Au retour d'un long périple qui l'a conduit dans la quasi-totalité des wilayas du Nord, le président de l'UFP, Mohamed Ould Maouloud qui s'apprête à voyager à l'étranger, nous a reçu chez lui pour un long entretien exclusif. Il y parle, certes de cette tournée, mais aussi de sa candidature à la présidentielle, du Ravel, de son absence du Tagant, des candidatures indépendantes, du financement des partis, des rapports Autorités de la transition et Partis politiques, etc.

 

Nouakchott Info Quotidien : M. le Président, vous rentrez d'une tournée, disons, nordique, puisque vous avez fait le Tiris Zemmour,  Dakhlet Nouadhibou  et l'Inchiri. Ma première question sera de savoir pourquoi le Nord si ce n'est par esprit prolétarien, la zone étant carrément ouvrière et quels résultats en avez-vous concrétisé ?

Mohamed       Ould        Maouloud       : Évidemment, dans cette zone il n'y a pas que les prolétaires, mais vous n'avez certainement pas manqué de flair en considérant que si nous avons commencé par le Nord, c'est qu'il s'agit d'une signification sociologique ou politique. Effectivement le Nord c'est d'abord la zone industrielle du pays, là où se concentrent les activités les plus modernes avec la présence des couches nouvelles que sont les ouvriers et les hommes d'affaires. De notre point de vue, c'est effectivement le secteur locomotive sur le plan économique et sociologique de la Mauritanie. Nous avons donc voulu marquer l'intérêt que nous portons à ce secteur duquel nous attendons qu'il   soit   la   locomotive   qui   tire   la Mauritanie dans le sens de la modernisation, dans le sens de la transformation vers, non seulement l'industrialisation mais aussi les rapports sociaux modernes et dans l'esprit de construire une véritable économie nationale où les frontières traditionnelles et les liens traditionnels négatifs seront dépassés par les rapports modernes que nous voulons évidemment également bien encadrés parce que nous sommes contre le libéralisme sauvage. Nous avons dit partout où nous sommes passés que nous sommes effectivement pour une économie libre, une économie de marché mais avec un encadrement de l'Etat pour que le capital national se développe et que les rapports soient mieux construits et donc plus durables entre le monde ouvrier et le patronat. Nous avons proposé partout qu'il y ait un contrat social. Ce contrat   social   va   nous   permettre, peut-être, de faire nous-mêmes notre transition économique dans les meilleures conditions. Les termes de ce contrat social sont très clairs. Dans la période actuelle de transition, ce qu'on peut souhaiter et demander aux différents partenaires, c'est que d'une part le patronat applique la loi et accorde aux travailleurs tout ce qui leur revient de droit et en échange, dans cette phase de transition, les revendications ouvrières se limitent dans le cadre de ce qui est déjà légalement acquis. Évidemment, au-delà de la période de transition notre parti propose des améliorations substantielles mais aussi l'établissement d'un vrai pacte social qui va nous permettre, à l'instar d'autres pays qui ont pu partir d'une situation de sous-développement vers une situation de réelle industrialisation, de décoller. Nous avons besoin d'un pacte social permettant aux uns et aux autres de trouver leur compte permettant aussi de gérer les conflits sociaux. Bien sûr aussi, cette tournée nous a permis de nous rendre compte des problèmes qui se posent dans cette zone. Il s'agit de problèmes très sérieux. Or nous avons constaté que des secteurs industriels phares de notre pays connaissent aujourd'hui une grande crise, tel celui de la pêche où nous avons constaté et vu que nos marins n'ont pas toutes les garanties qu'il faut et qu'il y a un réel état de délabrement alors que potentiellement il sont capables de nous garantir des ressources suffisantes pour un réel développement et en tout cas un bien-être. Malheureusement c'est un secteur délaissé, mal géré. Par ailleurs nous avons constaté que des villes industrielles comme Zouérate sont totalement enclavées. Je ne comprends pas qu’au moment où la SNIM réalise d'énormes bénéfices qu'il n'y ait aucune voie d'accès à la cité industrielle. Aujourd'hui, pour se rendre à Zouérate, il faut aller à l'aventure la plus dangereuse. Il n'y a pas de trace, pas de route et la seule voie aérienne qui était disponible vient d'être supprimée. Et s'il y a des malades, il n'y a aucun moyen de les évacuer.

Pour aller dans le train, il faut passer 19 H entre Zouérate et Nouadhibou. Donc un malade évacué en urgence, allez savoir dans quel état il va parvenir. D'ailleurs je profite de l'occasion pour demander aux autorités et à la SNIM de se pencher sur ce problème en urgence pour rétablir la ligne aérienne même s'il le faut en louant les services d'une compagnie étrangère si Air Mauritanie ne peut plus garantir cela. Parce que c'est vital et c'est une question de sécurité pour la population et pour la SNIM maintenant pour assurer les conditions de suivi et de contact permanents. Nous avons également pu constater la gravité du problème de l'immigration ou de transit des immigrants provenant d'autres pays vers l'Europe. C'est un problème dramatique parce que le wali de Zouérate nous a parlé de plusieurs cas de groupes entiers morts dans le désert. Ce qui fait qu'il y a une situation gravissime qui demande la mobilisation de tous.

 

N.I. : M. le Président, quels sont les résultats politiques de cette tournée de l'UFP. Autrement dit ; est-ce que l'UFP est, passez-moi l'expression, passé de son étiquette de parti-élitiste à un parti populiste ou plutôt, est devenue populaire dans le Nord?

M.O.M. : Je préfère plutôt populaire à populiste (rires) et c'est vrai que l'UFP a toujours été étiqueté comme un parti d'élites sans .base et je profite de l'occasion pour dire que c'est une idée reçue qui ne correspond à aucune réalité. Déjà en 2001, nous avons pu gagner haut la main contre le PRDS à l'intérieur du pays et dans des zones particulièrement populaires. Nous avons arrachées au PRDS cinq mairies : Barkéol, Takoubra dans le département de MBoutt, Moït dans celui de Monguel, Ould Birome dans celui de Boghé. Comment peut-on dire que l'UFP n'est pas populaire ? .Tout le monde sait que le monde ouvrier est très largement acquis à l’Ufp et je crois que cette tournée l'a confirmé. Nous avons d'ailleurs eu d'importantes adhésions de responsables syndicaux dans toutes ces zones et particulièrement à Zouérate. A Nouadhibou nous avons eu l'adhésion et le soutien de secteurs importants de la population, toutes couches sociales confondues. Aujourd'hui nous pouvons dire que l'UFP est en tout cas un parti incontournable dans la zone Nord industrielle.

 

N.I. : Ne pensez-vous pas que vous devez cette popularité, en partie, à la CGTM?

M.O.M. : Écoutez, nous, nous respectons l'indépendance syndicale et nous le disons toujours à nos cadres qui sont dans le syndicat : si vous êtes dans un syndicat sachez qu'il est pour tout le monde. Évidemment nos camarades, les membres de l'UFP qui sont dans le syndicat, ont le devoir de donner le bon exemple et lorsque l'on donne le bon exemple, on est en droit de s'attendre à avoir une large influence dans les organisations syndicales.

 

N.l. : Pour en revenir à votre présence à l'intérieur mais cette fois au sujet du Ravel, on n'entend pas beaucoup l'UFP protester comme c'est le cas des autres formations politiques alors que vous avez une forte base et même la mairie de Boghé où les problèmes et les contestations des opérations de ce Ravel font rage ?

M.O.M. : Écoutez premièrement lors des Journées de Concertations d'octobre, nous nous sommes élevés contre le fait de reprendre à zéro la liste électorale. Nous considérons que cela requiert beaucoup de moyens, de temps. Or ni le temps ni les moyens ne sont disponibles et donc on risque de faire quelque chose de relativement bâclé, alors que nous avons une base déjà fiable, de notre point de vue qui était la liste électorale disponible et qu'il fallait tout simplement la réviser. C'est plus facile parce que vérifiable sur l'Internet s'il y a des doubles emplois, nous-mêmes l'avons fait en 2001. Cette opération de recensement est un luxe et on n'est pas sûr d'avoir toutes les conditions pour la réussir étant donné que l'administration elle-même est très déstabilisée par des éléments nouveaux surtout qu'elle n'était pas très fiable dans le temps dans beaucoup de ses secteurs et donc c'est très risqué. Nous comprenons qu'il n'y a pas de volonté derrière tous les manquements constatés actuellement et que cela résulte de cette improvisation, de ces tentatives de faire les choses à la va vite. Il faut donc un esprit de vigilance de tout le monde, des partis politiques, de la CENI, des autorités de la transition, mais en même temps d'esprit de collaboration. Oui il nous est arrivé de protester lorsqu'il y avait eu tentative de manipulation de l'antenne de la carte d'identité à Kiffa. Cela a fait des vagues parce qu'il y a eu des policiers qui étaient affectés sur pression de responsables du PRDS. Nous avons intervenu auprès des autorités, auprès de la CENI et, finalement, il y a eu un redressement de l'autre côté. Au niveau de Boghé, nous avons protesté aussi bien auprès de la CENI que du Ministère de l'Intérieur parce qu'on exigeait de nos concitoyens négro-mauri-taniens, en plus de la carte d'identité nationale un certificat de nationalité du père et de la mère. Nous avons fait des pieds et mains et notre maire à Boghé s'est battu pour que ce problème sot résolu. Mais de façon générale, les problèmes peuvent être gérés de manière positive dans un esprit de collaboration étroite entre les partis, la CENI et les autorités de la transition.

 

N.I. : est-ce à dire que les rapports entre les partis politiques et les autorités de la transition sont des rapports, sinon "je t'aime, moi non plus", du moins difficiles ?

M.O.M. : je ne dirai pas difficiles mais peut-être pas bien  compris dans ce qu’ils  doivent être des rapports de partenariat. Il est clair que le CMJD, les autorités de la transition ne peuvent pas réussir la transition tous seuls, ni non plus les partis politiques et les autres acteurs sociaux. Tout comme, il est clair que si l'un d'eux cherche à imposer sa volonté à l'autre, cela ne marchera pas et donc l'e'sprit positif et le consensus qui est la vraie garantie de la réussite de la transition risque d'en être affectée. Alors qu'il y ait des problèmes c'est normal, le plus important c'est que l'esprit de partenariat pour les régler prédomine. Voilà ce que nous préconisons à l'UFP. Nous ne sommes pas de ceux qui pensent que l'existence de difficultés ou de problèmes ou de dérives, cela signifie qu'il y a volonté délibérée politique de faire ceci ou cela. Non, nous ne le pensons pas. Lorsqu'il y a un problème les partis politiques ont la responsabilité de dénoncer, de faire appel au recours et les autorités ont la responsabilité de répondre activement pour redresser la. situation. Je crois que si cet esprit de partenariat positif prévaut, nous réussirons à surmonter toutes les difficultés actuelles et à venir, dans l'objectif qui nous est commun, réussir la transition et parvenir à des élections transparentes et crédibles.

 

N.I. : M. le président, on remarque de plus en plus que les ralliements et adhésions aux partis qui se font ont des empreintes de tribalisme, de régionalisme. Ne pensez-vous pas que ces tares ont repris du poil de la bête dans cette période de la transition?

M.O.M. : Je crois qu'il y a le tribalisme et il y a les groupes tribaux. Il faut faire la distinction. Le tribalisme est une approche politique, une attitude d'activisme particulier qui vise à faire de la tribu, de l'identité tribale, une identité pertinente pour se partager le gâteau politique. Pour ce qui est de la manifestation des citoyens dans leur cadre actuel, c'est-à-dire leur cadre de famille  plus  ou  moins  large que  l'on peut appeler,clan, tribu, fraction, etc. Cela est pratiquement inévitable surtout dans les zones rurales, dans les zones où les gens ne peuvent pas se définir individuellement.

Sociologiquement, ce comportement n'est pas encore acquis et donc vouloir que ces gens vous approchent, vous tiennent la main sans vous dire "nous là, notre village, notre groupe, campement ...", c'est difficile. Mais je crois que le tribalisme, c'est ce que font les partis politiques. Ce n'est pas ce que font les citoyens. Les citoyens se meuvent dans leur cadre familier, habituel et on ne peut pas le leur rapprocher parce qu'ils posent des problèmes normaux du genre "nous voulons notre place, nous voulons cesser d'être marginalisés". C'est normal, allez-y en France, aux Etats-Unis vous trouvez des groupes de pression, des groupes d'intérêts qui se meuvent dans ce cadre-là. Le tribalisme, ce sont les partis politiques, les leaders politiques qui le font en faisant appel au sentiment tribal, ethnique pour mobiliser un électorat et c'est çà qui est mauvais. Car si un leader politique fait appel au sentiment tribal, ethnique, il prépare le terrain à la compétition entre des ethnies, des tribus, ce qui conduit à la confrontation et la haine tribale, ethnique et donc la guerre civile. Donc il faut surtout interpeller les leaders et les hommes politiques pour cesser de faire le tribalisme, car ce sont eux qui le font.

 

N.I. : Est-ce pour cette raison que vous, Mohamed Ould Maouloud, président de l'UFP, vous ne faites pas de politique chez vous au Tagant, à Tidjikja, par exemple, alors que d'autres ont été chez eux d'abord pour mobiliser leur lectorat?

M.O.M. : Ecoutez, j'aime pourtant très bien mon terroir et je crois que j'aime la Mauritanie parce que j'aime mon terroir, que j'aime le peuple mauritanien parce que j'aime ma famille. Je ne trouve pas d'antinomie entre le fait de s'aimer soi-même, d'aimer ses proches et d'aimer son pays. Ce qu'il faut dire c'est que je ne trouve aucune efficacité, aucune hauteur de vue, aucun intérêt motivant d'avoir une ambition tribaliste. Je trouve que c'est manquer d'ambition pour soi-même, pour son pays que de s'arrêter à l'horizon de sa tribu ou de sa région ou quelque chose comme cela. Je pense que le peuple mauritanien est très réduit en nombre et que si nous pouvons en faire une seule famille, une seule tribu, nous n'aurons pas exagéré. Donc, moi, bien sûr j'irai chez moi, je les mobiliserai pour leur dire "votre fils a tel projet pour la Mauritanie, soutenez-le", çà je le dirai. Mais je ne dirai pas que mon projet c'est pour eux.

 

N.I. : Quelle est la position de l'UFP sur les candidatures indépendantes et le financement des partis car il y en a qui en font leur cheval de bataille ?

M.O.M. : Évidemment nous sommes solidaires de la position des partis qui ont réagi contre l'introduction des candidatures indépendantes au niveau des municipales et qui essaient d'empêcher que cela ne soit le cas aussi pour les législatives. La nuance que nous apportons par rapport à d'autres c'est que nous considérons que c'est une question d'opportunité politique. Nous pensons qu'au début et comme nous venons d'une période de politisation tribaliste à l'excès à cause de la pratique du parti Etat qui avait fondé toute sa stratégie et tout son système sur le clientélisme tribaliste, il est mauvais d'ouvrir la voie aux candidatures indépendantes à ce stade parce que les gens risquent de reprendre les mêmes réflexes en se présentant dans le cadre de leurs groupes, de leurs tribus et donc les compétitions s'ouvriront entre les tribus, clans. Alors que si ces candidatures s'inscrivent dans le cadre de partis politiques, même si, dans le fond, la motivation de tel candidat ou de tel autre reste étroite, c'est quand même, pédagogiquement, un début d'apprentissage pour les électeurs d'avoir à défendre un projet politique, un programme, à s'inscrire dans un projet national plus large que leur village, leur commune, etc.

Pour les municipales, comme il s'agit d'intérêts locaux, les candidatures indépendantes ne sont pas excessivement dangereuses mais là où c'est risqué c'est d'avoir un parlement constitué au tiers de candidats indépendants qui n'ont pas de projets spécifiques à défendre et qui peuvent donc créer l'instabilité totale au niveau du Gouvernement. Nous venons d'une situation d'instabilité et nous risquons de créer institutionnellement une situation d'instabilité, ce n'est pas à faire.

Pour le financement des partis, il y a une injustice qui est faite actuellement, c'est qu'on dit que les partis qui existaient, on doit leur supprimer leur financement accordé par la loi. Ils doivent recommencer à zéro comme tous les autres partis. Moi, je ne suis pas un démagogue, mais je dirai à tous les partis qui viennent de naître ou qui existaient mais qui n'avaient pas droit au financement que dans toutes les démocraties du monde, on ne finance pas un parti parce qu'il a un récépissé. Il faut qu'il le mérite et il ne peut le mériter que par le critère de la représentativité. Il faut prouver que l'on est représentatif à travers des élections pour accéder à un financement. C'est ça qui garantit à un contribuable que son argent ne va pas être distribué à tout celui qui crée un parti. Maintenant ce mérite ou cette représentativité change avec l'évolution de l'opinion publique. Donc je ne crois pas que les partis qui ne bénéficient pas de ce financement gagneraient à introduire une norme de laquelle ils vont pâtir demain. C'est-à-dire que tout celui qui crée un parti doit avoir droit à un financement et s'il y a une enveloppe limitée, on va la disperser entre, peut-être pas tous les mauritaniens, parce qu'il y en a qui n'ont pas le temps de créer un parti mais en tout cas un grand nombre de mauritaniens va se mettre à créer des partis juste pour avoir le financement. En ce qui concerne le remboursement du financement de la campagne électorale, c'est quelque chose que nous avons toujours réclamé du temps de Maaouiya et nous avons proposé en 2000, une formule consistant à ce que ce remboursement se fasse à la base des résultats des élections. A partir d'un certain seuil, on doit pouvoir bénéficier d'un remboursement du financement de la campagne électorale. Comme cela se passe dans les autres pays, on aide les candidats mais on ne leur donne pas l'argent en avance, on leur fait un remboursement sur la base de leurs résultats aux élections. Mais cela suppose quoi ? Cela suppose que tous les partis, tous les candidats aient une comptabilité et qu'elle réponde aux normes de la comptabilité nationale. En tout cas,  à l'UFP, nous sommes prêts.

 

N.I. : D'aucuns pensent que pour gagner la prochaine élection présidentielle, il faut avoir dans ses poches, les tribus et les hommes d'affaires. Vous, en tant que candidat de votre parti à cette élection, avez-vous déjà ces atouts en main ?

M.O.M. : Écoutez, moi je suis entrain de réfléchir au programme que j'aurai éventuellement à proposer aux mauritaniens pour ma candidature. Mais nous sommes sûrs que les Mauritaniens réagissent d'abord en tant que citoyens responsables. La tribu pour eux ; c'est un cadre pour régler leurs problèmes. Déjà dans les années quarante, les Mauritaniens dans le cadre de leurs tribus savaient distinguer ce qui est dans l'intérêt du peuple mauritanien et ce qui est contre. On ne peut pas se rendre compte qu'en 1946 le candidat de l'administration coloniale est battu. C'est que les mauritaniens même à l'époque pouvaient, au-delà du cadre traditionnel, exprimer un sentiment de l'intérêt général et je suis sûr qu'aujourd'hui, ils le sont encore davantage parce qu'ils ont vécu la manipulation tribaliste, clientéliste, ils sont lassés de ceux qui utilisent ce genre de filets pour les maîtriser et ils souhaitent bien autre chose. Les Mauritaniens aujourd'hui réclament l'intérêt général, le service public, la gestion des affaires publiques, un Etat qui est là pour tout le monde. Ils ont besoin aussi d'un Etat de droit, d'une meilleure répartition des richesses de ce pays qui a en plus du poisson et du fer, du pétrole et donc ils s'attendent à plus de justice parce qu'ils n'ont pas confiance en l'élite. Notre projet c'est de réconcilier l'élite et son peuple pour que nous construisions tous ensemble un Etat où il n'est pas très compliqué de régler les problèmes de la Mauritanie. Je suis de ceux qui pensent que les problèmes de la Mauritanie ne sont pas compliqués. Les hommes d'affaires sont des hommes intelligents. S'ils veulent que le pays soit plongé dans le désordre, qu'ils continuent de soutenir un système qui a fait faillite. Or un système qui a fait faillite c'est qu'il ne peut plus tenir et si vous le ramener alors qu'il a perdu toutes ses forces vitales, c'est que vous voulez créer les conditions d'un délitement de l'Etat, d'une explosion de tendances centrifuges et vous voulez ramener le désordre dans le pays.

Les hommes d'affaires sont plutôt intelligents et veulent la stabilité, un environnement favorable à l'initiative privée et au développement et je pense qu'ils savent très bien qu'à l'UFP nous avons une suite dans les idées.

 

N.I. : Quelle est l'objet du voyage que vous entamez au Mali, au Sénégal et Niger, parait-il, initié par le NDI ?

M.O.M. : Je vais participer à un voyage d'étude sur l'expérience de la transition démocratique dans certains pays proches de la Mauritanie, comme le Sénégal et le Mali et dans un pays où la transition a été la plus réussite, c'est le cas du Niger. C'est un voyage d'étude d'une semaine, du 19 au 26 mars et je trouve que l'idée est très bonne. Nous en remercions le NDI.

 Propos recueillis par Mohamed Ould Khattat


 

Interview accordée au journal L'Humanité (France)

«La transition ne doit pas être l’affaire des seuls militaires» Mohamed Ould Maouloud, président du principal parti de gauche reconnu dans le pays, l’UFP, évoque les enjeux de l’après-coup d’État.

Correspondance particulière

Le président de l’Union des forces progressistes (UFP), héritière du Mouvement national démocratique (MND) et principal parti de gauche reconnu en Mauritanie, analyse pour l’Humanité le coup d’État qui a renversé le président Maaouiya Ould Taya le 3 août dernier. Avez-vous été surpris par le coup d’État du 3 août malgré le dialogue que vous aviez engagé avec le président déchu ? Mohamed Ould Maouloud. Effectivement, notre parti était le seul parmi toutes les formations politiques à préconiser depuis 1998 la recherche d’un compromis national destiné à surmonter la grave impasse politique du processus de démocratisation, qui avait fait suite aux premières élections présidentielles controversées de 1992, doublée d’une crise économique et sociale des plus explosives. Nos discussions avec le président Maaouiya Ould Taya furent laborieuses avant d’aboutir à un premier résultat encourageant, à savoir l’organisation des élections législatives et municipales d’octobre 2001 dans des conditions de relative transparence ; ce qui était une première. Mais depuis lors, le dialogue bilatéral pouvoir-UFP a piétiné. Par contre, les autres acteurs politiques, aussi bien ceux de la mouvance présidentielle que de la majorité, ont fini par se rendre compte, après les putschs manqués de juin 2003 et septembre 2004 que le pays était menacé de guerre civile identitaire si la compétition politique prenait un tour violent, tant les clivages tribaux, régionaux et ethniques avaient été exacerbés par le pouvoir en place. Ils ont tous opté pour le dialogue et la recherche d’un compromis. Mais c’était trop tard.

L’ex-chef d’État ne voulait pas se rendre compte que son pouvoir ne pouvait plus gouverner comme avant et que son peuple, dans le sens large du terme, y compris de larges secteurs de la grande bourgeoisie d’affaires, ne pouvait plus supporter un ordre oppresseur et insensible aux exigences du pays. C’est dans ce contexte donc que les hommes de confiance d’Ould Taya décidèrent eux-mêmes de donner le coup de grâce à son pouvoir. Cela dit, l’UFP reste, par principe, hostile a toute prise du pouvoir par la force.

 

À ce stade quelles devraient être les premières mesures d’urgence pour mener à bien la période de transition ?

Mohamed Ould Maouloud. Il est d’abord important que la transition ne soit pas l’affaire des seuls militaires. Il faut un accord préalable entre l’ensemble des acteurs politiques sur le programme de la transition et réaliser un consensus national, seule garantie de stabilisation de la transition pouvant mettre le pays à l’abri des débordements d’acteurs militaires ou civils. Le choix d’un cabinet de technocrates à la place d’un gouvernement d’union nationale pour gérer la transition n’est donc pas à mon avis la meilleure voie à emprunter.

 

Que pensez-vous du fait que la junte militaire ne veuille pas modifier la politique du pouvoir précédent concernant ses relations avec les États-Unis et Israël ?

Mohamed Ould Maouloud. Le peuple mauritanien a vécu la politique d’Ould Taya comme une provocation et une transaction avec les Américains. Certes le processus de paix entre Palestiniens et Israéliens est indispensable, mais la normalisation avec Israël doit être précédée par la normalisation du rapport entre cet État et son voisin palestinien. C’est ce que ressentent massivement les Mauritaniens. Toutefois il ne faut pas s’y tromper, l’état de grâce dont bénéficient les militaires sera conditionné par d’autres questions, en premier lieu celle de la crise économique et sociale, la lutte contre la corruption et la répartition des revenus pétroliers attendus en 2006.

 

Êtes-vous favorable à l’ouverture d’une enquête judiciaire sur les graves violations des droits de l’homme commises sous le pouvoir d’Ould Taya et dont furent victimes, entre autres, les Noirs mauritaniens ?

Mohamed Ould Maouloud. Le passif du pouvoir déchu est lourd (déportations de Noirs mauritaniens, massacres de militaires noirs). Mais la question concerne davantage aujourd’hui la reconstruction des relations de confiance entre nos communautés ethniques (Arabes et Noirs africains), largement mises à mal par les évènements raciaux de 1989-1990. Toutefois, dans la phase de transition, le plus urgent, c’est de lancer la réconciliation en commençant par porter remède aux souffrances (rapatrier ceux qui veulent l’être, accorder des réparations pour les ayants droit). Pour le reste, il est plus bénéfique d’attendre un climat plus serein et la mise en place d’un cadre institutionnel stable pour s’attaquer au fond du problème. Voyez toute la difficulté qu’une certaine opinion française a encore à regarder en face les massacres d’Algériens en octobre 1961 ou les pratiques de tortures de l’époque. En Mauritanie, aucun processus ne peut être engagé utilement s’il n’est pas animé d’un esprit de réconciliation et ne se déroule pas dans un minimum de sérénité.

Entretien réalisé par Lemine Ould M. Salem


INTERVIEW DE MONSIEUR MOHAMED OULD MAOULOUD. PRESIDENT DE L'UFP, DANS UN ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC LE MEHARISTE

"La démarche du Président Wade est à mon avis une démarche malheureuse et l'opposition mauritanienne en exil aurait d'ailleurs pu s'adresser directement aux mauritaniens, aux partis politiques par exemple ou au CMJD, pourquoi pas."

Le Méhariste: Monsieur le Président, pouvez-vous nous résumer la position de l'UFP, par rapport au putsch du 03 Août dernier?

Mohamed Maouloud: Voilà notre position a été clairement proclamée dans nos déclarations qui ont suivi immédiatement le putsch. Nous sommes par principe contre l'arrivée au pouvoir par les coups d'États.

Cette position est une constante chez nous. Nous l'avons manifesté en 1978 en dépit du fait qu'à l'époque nous étions l'unique force opposée au régime de Moctar Ould Daddah, notamment contre sa politique de guerre au Sahara. Nous restons donc convaincus que les coups d'États ne sont pas la meilleure formule pour régler une crise politique. Par ailleurs, nous ne pensons pas qu'un problème politique d'ampleur nationale, puisse être réglé par un groupe de personnes restreintes, venu au pouvoir par un putsch, même si ces personnes sont bien intentionnées. Pour nous le pouvoir relève de la volonté souveraine du peuple, qui doit en identifier les tenants et les aboutissants, cela n'est évidemment pas acquis avec un putsch.

Certains peuvent arguer que les coups d'Etats ont amené Nasser au pouvoir et que cela a été positif pour l'Egypte en particulier et le monde arabe en général, ce qui est d'ailleurs vrai, mais les coups d'Etats ont aussi amené Idi Amin et Mobutu. Encore qu'avec un régime militaire, même bien intentionné, les coups d'Etats restent toujours envisageables, le pouvoir dans ce cas n'est jamais à l'abri.

Donc, les putschs sont à cet égard et par essence, source d'instabilité, car, une fois sorti des mains du peuple, le pouvoir, pour n'avoir pas de légitimité est exposé à tous les dérapages qui, eux, peuvent déboucher sur une guerre civile.

Face à toute crise, la démarche de l'UFP consiste à donner la priorité aux solutions politiques dont le potentiel doit être épuisé avant de recourir à d'autres solutions. Cette approche garantit, pour sa part, la pérennité des résultats, qui s'identifieront le cas échéant, à des forces politiques, qui se seraient battues pour les réaliser et qui seront prêtes à les défendre, ce qui n'est pas le cas avec un putsch.

Ceci dit, et comme nous l'avons fait en 1978, quand un coup d'Etat a lieu, nous en prenons acte, pour ensuite définir notre position en fonction des intentions affichées par les putschistes. Pour le cas présent, les militaires ont déclaré qu'ils ne resteront pas au pouvoir, c'est déjà un bon point et qu'ils ne resteront que le temps d'accompagner un gouvernement de transition, pour l'instauration d'un régime constitutionnel démocratique. Les deux ans fixés à cet effet est un délai qu'il convient de respecter.

Ils ont aussi promis de se tenir à l'écart de la gestion économique, c'est également un bon point. Il faut donc consigner tout cela dans un cadre clair qui a l'aval de tous les acteurs politiques, ce qui lui donnerait valeur et contenu de consensus national de transition avant d'en assurer la rigoureuse exécution. A l'UFP, nous insistons beaucoup sur le respect de ce programme, pour lequel un cadre de concertation doit être impérativement créé, pour la simple raison qu'en fait, rien n’est acquis, un putsch peut toujours en cacher un autre, les partis politiques eux-mêmes peuvent créer une situation d'instabilité, les hommes d'affaires aussi et l'étranger également, d'où la nécessité d'un cadre clair qui lie les mains à l'ensemble des acteurs.

Pour nous la priorité consiste à articuler le programme du CMJD, autour de quatre exigences: la réconciliation nationale, le consensus national sur les termes de références de la transition, une bonne gouvernance et enfin, une meilleure répartition de la richesse nationale entre les populations.

Le Méhariste: Entre la position du parti et les déclarations de Lô Gourmo dans l'interview qu'il a accordé récemment à un journal de la place, et qui semblent cautionner le putsch, nous avons cru déceler une certaine discordance ; s'agirait-il d'une nouvelle position de l'UFP ?

Mohamed Ould Maouloud: Non, non pas du tout. Pour ceux qui ont lu nos déclarations, ils ont bien compris que nous nous démarquons du coup d'Etat, cela est pour nous une position qui ne peut souffrir d'équivoques. Nous sommes un parti très attaché à la démocratie, nous ne pouvons par conséquent cautionner une solution autre que politique à un problème politique. Agir autrement, c'est admettre, voire consacrer la faillite des partis politiques et dans ce cas, il ne nous restera plus que démissionner. Nous ne pouvons accepter que le salut politique du pays vienne des militaires au moment où ce rôle incombe dans toutes ses dimensions aux partis politiques.

Maintenant, nous sommes devant une situation où il y 'a un pouvoir qui s'est installé aux commandes du pays. Là, nous allons réagir en fonction de ce qu’il est dit, et de ce qu'il fait. Dans cet ordre d'idées, nous avons trouvé que les premières déclarations du Président du CMJD, étaient de notre point de vue positives, le parti se devait donc de réagir positivement à ces déclarations d'intentions, mais en même temps, de faire des contre-propositions qui furent d'ailleurs notre singularité spécifique.

Nous avons, par exemple, dit: un gouvernement d'union nationale, un programme de transition et un cadre de concertation pour veiller à sa mise en œuvre et nous sommes même allés jusqu'à demander le maintien du parlement issu des élections législatives de 2001, ce qui peut paraître curieux. S'inspirant de la célèbre formule de Montesquieu pour sauver la démocratie, la nécessité d'un pouvoir qui arrête, ou limite le pouvoir, nous voulons éviter que le débat ne soit limité. Or, avec un Conseil militaire le débat sera forcément limité, c'est la raison qui nous a amené à demander le maintien du parlement, pour que la nation, à travers cette structure, élue tout de même, puisse prendre part au débat. Et puisque les militaires en ont décidé autrement, nous sommes obligés d'en prendre également acte.

Ces contre-propositions que nous formulons consistent, pour leur part, à éviter les problèmes et ratés que connaîtra obligatoirement la transition et consistent aussi à en stimuler la progression dans l'intérêt supérieur de la Mauritanie.

Le Méhariste: Comment vous expliquerez-vous la rapidité avec laquelle, le PRDS, parti au pouvoir, dans une démocratie dont il est perçu comme étant l'artisan, a lâché son Président. Etait-il, lui-même convaincu de sa démocratie et de sa légitimité, ou se prêtait-il seulement à un cirque pour tirer des profits de l'exercice du pouvoir ?

Mohamed Ould Maouloud: Vous savez, moi je ne voudrais pas dire aujourd'hui du PRDS ce que je ne disais pas de lui hier. Pour moi le PRDS est malgré tout un parti Etat qui était géré comme un rouage de l'Etat et non comme un parti démocratique où il y a un débat d'idées, des choix librement exprimés et des élections. Je suis sûr que beaucoup de militants du PRDS s'y sentaient à l'étroit et que ce qui se disait publiquement n'est pas ce qui se dit en privé. J'en déduis donc qu'il y avait des contraintes, de l'emploi par exemple et des transactions de l'Etat, qui obligeaient beaucoup de gens à manifester une adhésion politique au PRDS, sans que cela corresponde à une conviction. Je crois somme toute, que les derniers événements ont libéré les opinions. Cela peut se traduire par une expression plurielle au sein du PRDS. Le PRDS ne fait ici que confirmer que les partis uniques sont fidèles à leurs chefs, mais seulement tant qu'ils sont présents.

Le Méhariste: Selon vous, les Militaires du CMJD pourront-ils tenir leurs promesses ? En d'autres termes, résisteront-ils, aux influences et aux tentations de déviations?

Mohamed Ould Maouloud: En fait, les militaires du CMJD sont des mauritaniens qui ont les mêmes préoccupations que tous les mauritaniens et qui subissent les problèmes du pays auxquels ils sont sensibles au même titre que tous les mauritaniens. Il est, par ailleurs, bien connu que les transitions de ce genre sont les plus difficiles, surtout que la Mauritanie était sous une chape de plomb, dont l'enlèvement a mis à nu une marmite bouillante avec des débordements prévisibles. Je crois que les événements vont constituer des pressions énormes sur chacun d'entre nous et il n'est pas sûr que les militaires du CMJD, les partis politiques ou la société civile ne se laissent pas influencer par certaines choses, ou ne se laissent pas détourner.

Il est donc nécessaire, dès le départ, de s'entendre sur une feuille de route claire et qui soit engageante pour tous les acteurs, je dis bien tous les acteurs, je ne singularise pas le CMJD, car les débordements peuvent venir des militaires eux-mêmes, mais aussi des partis politiques et des autres acteurs sociaux. Si tout le monde s'engage sur une feuille de route claire et astreignante, cela nous permettra d'avoir des gardes fous pour limiter et éventuellement contenir les débordements. Sans cette feuille de route, le jeu peut être faussé, d'autres officiers peuvent venir, contredire ce qu'a dit le Président du CMJD ou même chercher à le supplanter. Il faut admettre que ce risque de remise en cause existe, il faut admettre également que la crise sociale elle-même peut amener d'autres acteurs, dont les partis politiques, à exploiter de manière électoraliste, une situation de crise, ce qui peut nous amener dans d'autres controverses et qui peut totalement dévier la transition de ses objectifs initiaux ou en tout cas avoués.

Le Méhariste: Quel rôle peut jouer selon vous l'opposition mauritanienne en exil, et comment interprétez-vous sa récente rencontre avec le Président sénégalais Abdoulaye Wade?

Mohamed Ould Maouloud: Je dois dire d'abord que nous mauritaniens avons toujours eu vis-à-vis du Sénégal les meilleurs sentiments et nous pensons que c'est l'un des pays, sinon le pays le plus proche de nous, c'est un peuple auquel nous sommes malgré tout liés pour le meilleur et pour le pire, et par conséquent on est en droit d'attendre de lui, amitié, solidarité et soutien.

Ceci dit, je dois préciser que je ne partage pas du tout la démarche de nos amis de l'opposition extérieure, pour la simple raison que la scène politique est aujourd'hui ouverte pour tout le monde, et à tous les points de vue. A cet effet, les partis politiques, même avant le changement, et dans le cadre du Forum RDU, avaient réclamé des mesures pour solder ces années d'antagonismes.

Aujourd'hui l'UFP, comme d'autres partis réclame une amnistie générale et le traitement des dossiers de façon à ce que toutes les victimes des événements passés, obtiennent réparation. Cette démarche doit bien entendu, englober le retour des déportés.

L'ensemble des problèmes du pays peuvent et doivent être réglés par les mauritaniens eux-mêmes, et, à cet effet, nous n'avons pas besoin d'une ingérence, fut-elle d'amis étrangers bien intentionnés.

La démarche du Président Wade est, à mon avis, une démarche malheureuse, et l'opposition en exil aurait d'ailleurs pu s'adresser directement aux mauritaniens, aux partis politiques par exemple ou au CMJD lui-même, pourquoi pas. Les partis politiques sont prêts à écouter leurs doléances et à en parler avec les autorités du pays. Donc dans cette phase de la transition nous devons tous nous abstenir d’impliquer nos voisins dans nos problèmes tant que nous pouvons nous-mêmes les régler. Il y va même de la souveraineté de notre pays, d'observer certaines retenues et de ne pas ouvrir des brèches pouvant miner l'unité nationale de la Mauritanie.


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