Ligne de mire du n°386 du 7 novembre 2006 Populisme et démagogie
La campagne électorale est donc lancée. Nous avons vécu ce que nous attendions d’elle. Du moins partiellement. Les chefs de partis ont tenu la promesse que nous attendions d’eux. C’est-à-dire, trop de folklore sans discours… Néanmoins, restons optimistes. Demain sera un autre jour. Les uns auront jaugé les intentions des autres sur les grandes questions qui vaillent d’être débattues : l’unité nationale, la justice, l’égalité des chances, la lutte contre les discriminations de tout ordre, l’éducation, le système politique et la répartition des richesses dans le pays. Dès lors, nos politiciens sortiront de leurs peurs et de leurs réserves, se transformeront en super warrior au lieu de rester des poules mouillées. Ils doivent avoir le courage de se prononcer clairement sur toutes les questions. C’est ce que veut la Mauritanie. C’est ce que attendent d’eux les fils de ce pays. Le silence des agneaux complices de ce dramatique statut quo social que nous vivons, est une lâcheté. Nos politiciens doivent le savoir. Seuls ceux qui oseront dénoncer l’abject et les injustices tant accumulées sur lesquelles beaucoup de nos intellectuels et acteurs politiques ne veulent pas revenir, seront écoutés par la seule voix qui vaille, celle du peuple ! Nous avons écrit ceci parce que nous avons fait le tour des programmes proposés et les discours prononcés lors de la première soirée de campagne. Ils étaient tous caractérisés par une superficialité déconcertante. En d’autres termes, le populisme était de rigueur partout. Le populisme est vieux comme la démocratie, mais toute une classe politique ne peut pas être et ne doit pas être populiste. Une classe politique doit être traversée par tous les courants qui mijotent dans la société. Malheureusement, tel n’est pas le cas chez nous ! Si vous écoutez un seul leader, vous aurez l’impression que les autres lisent dans le même livre. C’est toujours la même phraséologie, la même démagogie infantiliste. On serait amener à croire que la plume de leur littérature est tenue par un elfe policis, mandaté pour manier le «Calame » pour tout le monde. Le populisme, c’est connu, éclot dans les sociétés démagogiques. Aujourd’hui, à titre d’exemple, nous voyons d’anciens barons du régime déchu, promettre monts et merveilles. Pourtant, pendant plus de vingt ans, ils étaient aux commandes. Nous n’avons vécu que l’enfer, la misère et la brimade. Aujourd’hui, ils se démarquent de leur passé et se détachent de leur personnalité que nous n’avons que trop vue pendant deux décennies. Ils brouillent leur voix, celle que nous avions religieusement l’habitude d’entendre dans les meetings et dans les «journées de réflexion », dans les séminaires et les symposiums, les tables rondes et les soirées du livre, les marches de soutien et… On se rappelle même de quelques vers sertis à leur intention, de la bouche d’un poète laudateur, du temps de la grande vadrouille. Aujourd’hui, ils mettent toutes leurs turpitudes sur le dos de «circonstances» qui les ont obligé à marcher avec le courant. Ceux qui ont des années durant, obéi aux pulsions de la gabegie, qui se sont laissés transformé en esclaves de l’argent et du pouvoir, devraient avoir honte de se présenter devant nous, pour demander notre confiance. Comme ils semblent vouloir nous prendre pour des imbéciles, alors disons-leur non, mille fois non. Si nous leur accordons encore une fois la chance, que nous acceptons leur accolade, alors ce sera le baiser du diable. Refusons de marcher sur les voies de l’enfer. Qu’ils s’appellent indépendants ou qu’ils brandissent l’étendard de partis politiques, qu’ils arrivent à visage découvert ou sous le masque d’un ange repenti, leur venin est toujours mortel. Avec le système ancien, ils nous avaient fait exploré les plus funestes recoins de la décadence humaine. Le contrat de mariage, véritable bail du mercenariat politico-intellectuel, ne s’était rompu que par la force de circonstances atténuantes. Demain, une fois aux commandes, ils redynamiseront le pacte. Et ce sera alors trop tard pour tous ceux qui veulent du bien pour ce pays. Amar Ould Béjà
|