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15 août 2006 :

Grand oral : Dr. Mohamed Ould Maouloud à cœur ouvert à Investigations

 

 Je souhaite de tout cœur que nous réussirons dans ce passage très difficile qu’est la transition. Cette dernière n’est pas sans risque ; mais nous avons tout ce qu’il faut pour la réussir. Donc, normalement, avec l’esprit patriotique des uns et des autres, nous devons réussir.

 

Dans sa rubrique « Grand oral » consacrée exclusivement à nos leaders politiques, Investigations cherche à informer l’opinion publique nationale sur leurs appréciations exactes de la transition politique en cours, notamment ses défis, ses actifs et passifs. Dans ce numéro, nous avez rendez-vous avec le Président de l’Union des Forces du Progrès (Ufp), le Dr. Mohamed Ould Maouloud qui a bien voulu nous accorder quelques précieux moments de son programme très chargé pour nous parler à cœur ouvert de questions de l’heure pour ce pays en phase avancée de la transition.

 

Cependant, nous nous efforcerons bien avant de cerner brièvement l'harmonie de cette force politique montante qu’est l’Ufp suivant les quelques lignes ci-après. Faut-il le reconnaître, en raison de sa percée considérable et de sa ligne modérée, l’Union des Forces de Progrès (Ufp) n’est plus aujourd’hui un parti à présenter. C’est bien plus, si ce n’est pas en conformité avec ses objectifs définis au terme des assises de son IIe Congrès ordinaire ; organisé du 31 mars au 2 avril de l’année dernière ; cette formation politique avait pour premier souci d’édifier un grand parti progressiste pour un Etat de droit et de justice sociale.

 

 Pour le rappel, ces mêmes assises se sont tenues à une période où la crispation politique était à son paroxysme et où les partis politiques de l’opposition étaient pessimistes sur la possibilité d’une possible ouverture du pouvoir de l’époque et les partis dits de la mouvance présidentielle étaient hermétiques à tout dialogue. Aux deux antipodes, l’Ufp est restée égale à elle même, prônant la pondération et le conciliabule ; jusqu’au jour où le destin lui donnât raison. Ceci est d’autant plus vrai si l’on sait qu’une lecture minutieuse des raisons qui ont présidé au changement du 3 août dernier, dégage une parfaite similitude avec les objectifs de l’Ufp et ses craintes pour le pays.

 

D’ailleurs, ces nobles objectifs que ce parti s’est fixé d’atteindre, sont entre autres, cette volonté originelle de sortir le pays de l’impasse politique, de la déliquescence progressive de l’Etat, de la perpétuation des pratiques autoritaires de l’autre et de la mainmise des monopoles privés sur les secteurs essentiels de l’économie nationale. Ceci sans compter, que l’Ufp voulait aussi à tout prix poursuivre son combat politique pour mettre fin à la détérioration des conditions de vie du peuple et les menaces sur l’indépendance de la nation et sur son unité …Pour le reste, on vous invite à ce que nous livre le Président de ce parti, le Dr. Mohamed Ould Maouloud dans l’entretien suivant.

 

Investigations : M. le Président, qu’elles seront les grandes lignes de votre projet de société pour la Mauritanie de demain ?

 

Dr. Mohamed Ould Maouloud : Vous savez, j’aurai l’occasion de vous en parler de façon détaillée, lorsque le moment sera venu. Pour l’instant, il y a l’intention du parti pour m’investir comme candidat aux prochaines échéances présidentielles. Avant de se retrouver dans cette situation, je pense qu’il faut s’en tenir à cette intention. Autant dire que ce n’est pas le moment opportun pour présenter un programme, un projet de société spécifique à cela. Pour ce qui est de notre orientation générale ; évidemment, je n’ai pas beaucoup de problèmes à me faire pour préciser quel est notre projet de société. Je suis dans un parti qui a une longue tradition politique et qui a un projet de société ; une vision de la Mauritanie que vous connaissez et sur laquelle je n’ai pas besoin d’apporter beaucoup de détails ; et que je peux résumer en trois points.

 

Premièrement, nous voulons un Etat national, souverain ; un Etat qui construit ce projet de nation fondé sur les principes de l’égalité des citoyens, de la recherche du bonheur pour tous et un Etat qui doit nous permettre de sortir du sous-développement. Deuxièmement, notre vision de la Mauritanie, c’est aussi une Mauritanie juste où la société doit dépasser un certain nombre de ses tares sociales léguées par le passé ; notamment l’esclavage et autres vestiges de toutes sortes d’inégalités sociales fondées sur la naissance ; lesquelles constituent un blocage pour le développement social et économique.

 

Enfin, notre vision de la Mauritanie, c’est aussi celle qui permet la construction de cette fraternité nationale ; au-delà de cette fraternité familiale et tribale ; une concorde plus grande de portée nationale. C’est justement dans ce cadre précis que nous oeuvrerons à la construction et la consolidation d’une unité solide entre toutes les composantes de notre peuple. Nous voulons aussi réaliser cet objectif qui ne pourra se faire en dehors d’un contexte de démocratie véritable, de liberté individuelle, de respect de la liberté collective et de la compétition entre les programmes, les idées et projets de société ; et donc une société démocratique pluraliste. Voilà l’essentiel de nos axes ; que nous partageons d’ailleurs avec beaucoup de mauritaniens. Ce qui peut nous distinguer ; c’est que nous essayons depuis un certain temps de parvenir à ces objectifs desquels nous nous rapprochons de plus en plus, Dieu merci.

 

Investigations : La transition politique vient de souffler sa première bougie. Quel bilan dresse votre parti de son action ? Peut-on parler d’insuffisances ?

 

Dr. Mohamed Ould Maouloud : Nous avons actuellement la liberté d’expression, d’association, de manifester. C’est quelque chose de très important. La liberté s’épanouit petit à petit. L’élément le plus important, c’est la liberté de presse. Écouter aujourd’hui la télévision, la radio ou suivre un débat pluraliste sans tabou ; c’est quelque chose d’extrêmement important. Nous souhaitons aussi que les partis politiques et les autorités de la transition se concertent continuellement et mènent de temps à autre des journées nationales de concertation à l’instar de celles qui ont aboutit au consensus national l’année dernière. Autant dire donc que le consensus se nourrit chaque jour avec la discussion des problèmes qui se posent. Cela est aussi important. Certes, on n’est pas d’accord sur tout ; mais le mécanisme est là pour nous permettre de surmonter nos problèmes.

 

Nous avons réussi des ententes et des consensus importants pour faire face à des problèmes qui se sont posés au pays vis-à-vis de Woodside, des accords de pêche avec l’Union Européenne, du FMI, de la dette…etc. Voilà autant de choses qui sont importantes et que le consensus a permis de réaliser. Globalement, je dois dire que le consensus a permis de donner de la crédibilité au changement. Aujourd’hui, l’essentiel, c’est que le consensus a réussi à crédibiliser le processus et le faire progresser. La recherche de la concertation permettra aussi de faire constamment avancer les choses vers le meilleur. Maintenant, il faut se soucier d’un point important à savoir la neutralité de l’administration, de l’Etat et des autorités de la transition. Voilà le point sur lequel tous les acteurs doivent se pencher aujourd’hui ; parce qu’il représente la clé de la réussite de la transition politique. Vous n’êtes pas sans savoir aussi que sans la neutralité, on revient à la case de départ ; où la perte de crédibilité au processus serait à même d’affecter considérablement la stabilité du pays.

 

Investigations : L’Ufp semble faire de la concertation interne au parti son cheval de bataille. Ce qui s’est concrétisé à travers l’organisation récente d’une rencontre des cadres de cette formation politique pour débattre de la stratégie électorale à adopter en perspective des échéances prochaines. Cette démarche inédite de l’histoire de nos partis politiques vous semble t-elle la plus sûre pour ne pas décevoir vos troupes militantes ?

 

Dr. Mohamed Ould Maouloud : C’est notre façon de faire. Nous avons un parti démocratique où la direction ne discute pas tout ; mais oriente et dirige sur la base d’une volonté commune au sein du parti. Nous avons toujours le souci de réaliser cette volonté commune sur la ligne, l’orientation que nous allons prendre. C’est pourquoi donc, chaque fois que nous avons un tournant, une nouvelle étape, nous nous préoccupons d’abord d’armer tous nos cadres et de les faire participer à la conception de cette vision nationale de nos objectifs. C’est dans ce cadre que s’inscrit la concertation des cadres que nous avons organisée sur la stratégie électorale du parti.

 

Investigations : L’Ufp dispose de bases populaires incontestables dans la vallée. En est-il de même pour les autres ensembles régionaux ; comme par exemple le Tagant où vous avez séjourné tout dernièrement ?

 

Dr. Mohamed Ould Maouloud : L’Ufp est en train de s’élargir de jour en jour. Nous sommes aussi en train de prouver le caractère de parti populaire de notre formation politique. Je dois dire qu’elle l’était déjà bien avant ; même si la réputation forgée par certains médias d’être un parti élite ou quelque chose de ce genre n’était pas exacte. Ainsi pour dire, l’examen des données objectives montre que nous avons des bases populaires autant ; sinon plus que certains partis qualifiés de populaires ; parce que nous avons quand même 5 Mairies (Boghé, Barkéol, Meitt, Takobra et Ould Birem) et il n’y a pas beaucoup de partis qui ont 5 communes. Ces mairies sont situées dans des zones très populaires de l’Aftout, du Sud de la vallée. Nous avons aussi des conseillers partout et dans toutes les régions de la Mauritanie ; depuis Nema jusqu’à Tidjikja en passant par l’Aftout. Nous avons également 4 députés. Tous ces élus ne peuvent pas être là par la seule volonté d’un noyau de cadres. Ce sont des gens élus. Nous avons donc une base populaire.

 

Maintenant, ce qu’il faut dire, c’est que nous avions décidé consciemment d’élargir considérablement nos rangs pour ouvrir notre parti à tous ceux qui veulent favoriser le changement. Parce que le changement n’est pas seulement une œuvre très difficile et très ardue. Il faut qu’il permette à ceux qui veulent contribuer à ce changement –même s’ils étaient dans l’ancien parti ; lequel était une sorte de prison- à ceux qui se sont libérés ; de participer à l’édifice du pays. Voilà donc pourquoi nous grossirons tous les jours nos rangs par des nouvelles adhésions de groupes, de cadres, d’individus de telle ou telle zone, de telle ou telle profession…etc. Nous pensons que c’est là une confiance que nous accorde une opinion publique de plus en plus avertie et éclaircie et nous sommes heureux de cette situation que ne fera que nous pousser davantage à être au niveau des attentes et de l’estime placées en nous Inchaa Allah. Mais, évidemment, nous sommes aussi soucieux que cet élargissement et cette confiance puissent contribuer à la réussite du projet de société dont vous venez de parler tout à l’heure.

 

Investigations : Aux présidentielles de novembre 2003, votre parti a soutenu le candidat de la Coalition pour une Alternance Pacifique (CAP), en l’occurrence l’ex Président Mohamed Khouna Ould Haidalla. Pour mars 2007, l’Ufp se présentera à ces mêmes consultations électorales en votre personne en vous investissant comme son candidat conformément à la résolution du Bureau National de votre parti, en sa session du 4 et 5 janvier dernier. Et comme les observateurs vous donnent favori ; au cas où vous seriez proclamé Président démocratiquement élu de ce pays ; qu’elles seraient vos axes de priorités pour que la Mauritanie devienne la terre de prédilection pour une véritable alternance pacifique au pouvoir ?

 

Dr. Mohamed Ould Maouloud : J’attends une investiture officielle pour dire ce que je veux faire pour ce pays. Ce serait un peu mettre la charrue devant le bœuf que de parler d’une situation de programme alors qu’on est dans une phase préparatoire. Cependant, ce n’est pas par esquisse à votre question que je vous réponds ainsi. Si je suis investi dans la forme qui est requise dans le règlement intérieur- il faut une procédure par laquelle il faut passer-, je saurai le programme de mon parti. Je suis un homme de parti. Je ne suis pas un individu, un indépendant qui s’en tient à ce qu’il pense. Moi, j’ai un parti qui travaille pour la Mauritanie, une œuvre collective de plusieurs bonnes volontés, patriotes et dévoués pour ce pays. Son projet est là. Je suis ici un Président. Il va se matérialiser ce projet Inchaa Allah.

 

Investigations : Qu’elle appréciation faites-vous du travail de la Commission Electorale Nationale Indépendante?

 

Dr. Mohamed Ould Maouloud : On doit aider la Ceni. Je souhaite qu’on l’aide pour qu’elle puisse jouer pleinement son rôle et veiller à la neutralité de l’administration. Mais aussi pour qu’elle puisse combattre les irrégularités qui peuvent se produire et gérer avec succès les opérations de vote lors des futures consultations électorales. Nous devons donc tous la soutenir ; car ce n’est pas la peine de faire un travail de destruction, de mettre en doute, de mettre en exergue les faiblesses. Nous avons tous, sans exception aucune, des faiblesses aussi bien partis politiques, Ceni qu’administration. Nous devons donc travailler ensemble pour le succès des échéances prochaines, pour consentir et céder les uns aux autres pour la réussite de l’opération. Donc plus la Ceni se porte mieux, plus nous sommes rassurés sur le succès de l’opération.

 

Investigations : Et au sujet de l’ingérence dans les affaires internes du pays, comme le processus électoral ?

 

Dr. Mohamed Ould Maouloud : Je pense que les élections doivent être stricto sensu nationales. Nous sommes contre toute ingérence. Cela ne veut pas dire que nous sommes contre l’arrivée des observateurs et les amis de la Mauritanie qui peuvent l’aider à réussir le processus, à servir d’observateur, à trouver des financements pour l’accomplissement du processus. Cela ne constitue pas de l’ingérence. C’est de l’aide que tout le monde a souhaitée. Mais évidemment, la décision et l’organisation de tout cela doit rester mauritanienne.

 

Investigations : Quel serait votre dernier mot?

 

Dr. Mohamed Ould Maouloud : Je souhaite de tout cœur que nous réussirons dans ce passage très difficile qu’est la transition. Cette dernière n’est pas sans risque ; mais nous avons tout ce qu’il faut pour la réussir. Donc, normalement, avec l’esprit patriotique des uns et des autres, nous devons réussir.

 

Investigations : Je vous remercie.

 

Propos recueillis par Mohamed Ould Mohamed Lemine.



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