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L’Authentique N°363 du jeudi 21 septembre 2006
Une semaine après l’entrevue accordée par le président du CMJD à des groupes de notabilités, la Mauritanie continue de vivre une situation politique trouble. Manifestement, le processus de transition semble s’acheminer vers deux voies : celle choisie par le Mali qui a vu ATT, un colonel de l’armée, reprendre le pouvoir après une transition démocratique réusssie, ou bien celle de la Côte d’Ivoire, consacrée par le retour sur scène de jeunes officiers militaires qui mirent fin au processus en faisant revenir l’ancien chef de l’Etat, le général Robert Guei ! Après le 3 août 2005, le président Ely Ould Mohamed Vall disait que l’unique garantie de sa bonne foi était sa parole ! A l’adresse de l’opinion nationale et internationale, il avait affirmé qu’il ne se présenterait pas, que les autorités de transition ne se porteront pas candidat et qu’elles se conformeront à une stricte neutralité dans les différents suffrages. Pour ce faire, il a procédé à la mise en place d’une CENI et lancé la réforme de l’administration chargée des élections à venir. Il avait par la suite, à travers plusieurs interviews, déclaré qu’il n’avait pas de candidat ni d’ambitions personnelles. A partir de Nema, capitale du Hodh Charghi, il avait lancé un appel à l’adresse des populations, pour réitérer que les militaires mauritaniens s’en tenaient à leurs paroles ! Depuis quelques jours, il semble que le chef de l’Etat s’est immiscé dans le processus de transition en cours. Du moins, c’est la nouvelle qui est parvenue à l’opinion, après sa rencontre avec diverses notabilités. Plus grave, il se serait même prononcé dans le choix des hommes, en invitant ses hôtes à diriger leurs suffrages vers les candidats indépendants ! Ainsi, il semble avoir mis sa parole en jeu. Ira-t-il jusqu’à briguer un mandat ? Rien n’est moins sûr… En tout cas, il en a les moyens… Et voilà qu’il semble même en créer les conditions. En s’abstenant d’entrer en scène pour démentir ou infirmer les nouvelles provenant du Palais présidentiel, le chef de l’Etat semble persister dans sa stratégie : créer assez de pagaille pour rendre nécessaire l’option d’un retour sur scène ! Ainsi, les analystes les plus prudents ont-ils osé s’aventurer sur le terrain de la surenchère, en soutenant que Ely Ould Mohamed Vall a opté pour une alternative, dont le but est de récupérer le pouvoir. Pour cela, l’option est toute tracée, il suffit d’encourager les candidatures indépendantes, voire de prendre part pour ces dernières, dans la perspective d’en placer un sur le fauteuil présidentiel. Et dans le cas de figure, ce serait Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Au bout de quelques mois à la Présidence, le nouveau maître à bord devrait présenter sa démission, certainement pour des raisons de santé. Au bout de soixante jours, des élections devraient alors se tenir et Ely Ould Mohamed Vall devrait réapparaître, à la tête du parti formé entre temps par les Indépendants qui auraient réussi à bâtir un excellent socle politique au sein du Parlement. Coïncidence ou pas, on constate en tout cas, que le président du CMJD emprunte pas à pas les traces de son prédécesseur, Ould Taya, en 1991, notamment en ce qui concerne les contacts politique dans la perspective de mettre en place une formation politique : convocation de notables, entrevues avec les chefs tribaux… Deuxième scénario, celui de la démission du président du CMJD, après les premières consultations électorales qui conduiront à la mise en place de nouveaux élus. Le pouvoir serait alors remis à l’un des membres du CMJD qui conduira les élections, selon les règles de l’art. Ely, aidé des Indépendants, devrait profiter de l’espoir qu’il a suscité dernièrement, pour remporter les suffrages. Dans un cas comme dans l’autre, il coifferait les autres politiques au poteau, lui qui ne semble plus avoir totalement confiance en eux. En effet, ceux-ci, notamment, les plus en vue, lui feraient quelque part peur. Ni Ahmed Ould Daddah, ni N’Ghriny et encore moins Messaoud Ould Boulkheir ne semblent inspirer confiance à l’homme fort d’aujourd’hui, ni aux autres membres du CMJD. Ayant vraisemblablement joué tour à tour, l’une ou l’autre carte, Ely Ould Mohamed Vall s’est résolu à constater qu’une fois ses adversaires au pouvoir, ils ne sont plus maîtrisables. Et le pire peut toujours arriver…
Omar El Moctar
Multiplication des partis politiques, multiplication des candidatures indépendantes, « scandale » autour de l’attribution d’un terrain, rumeurs de presse…au seuil de l’ouverture de la saison des campagnes électorales les embrouilles se multiplient. Confusions dans lesquelles les autorités de transition ne sont pas innocentes.
La saute d’humeur de la Cfcd qui s’est traduite par la publication de son communiqué en date du 15 courant est dans l’ordre des choses. Elle risque d’être le prélude à un quiproquo profond, résultant du flou qui a entouré les intentions réelles de l’équipe de transition. C’est dans la formation du gouvernement de transition, au lendemain du putsch du 3 août 2005 qu’il fallait déceler les signes avant-coureurs de l’incompréhension actuelle. Seuls certains cadres de l’ancien parti au pouvoir ont été cooptés ; ils viennent s’ajouter à une administration qui constitue le prolongement naturel de ce parti-là. Une telle option rendait le respect de la neutralité bien délicat. Les transferts des populations que la presse et certains partis politiques ont signalé en perspective du référendum, le remerciement du directeur de la BCM entre autres, en sont l’illustration. Néanmoins, à l’occasion des journées nationales de concertation, le principe de neutralité auquel sont assujettis tant les membres du Cmjd que ceux du gouvernement de transition a été réaffirmé. En principe, son respect permet d’éclaircir le jeu politique dont les règles devraient être édictées par les acteurs eux-mêmes. Le Cmjd se limitant à assurer son rôle de « coupole » et le gouvernement s’attachant à traduire dans sa politique interne, les décisions qui se sont dégagées lors de ces journées. Parmi celles-ci, le consensus s’est fait contre les candidatures indépendantes. Les arguments avancés tiennent des réalités sociales fortement tributaires de la culture et des rapports féodaux. Les candidatures indépendantes, dans la situation actuelle et compte tenu de ces vingt ans passés sous le régime dont le président a été déchu, vont constituer un appel d’air dans le sens de la résurgence des particularismes avec lesquels il faut rompre. Le comité interministériel chargé de la transition n’a pas tenu compte de cet argument ; le Cmjd a entériné cette décision. Et c’est à ce moment précis que le principe de neutralité a été violé. Compte tenu de la réalité évoquée plus haut, cette décision n’est pas innocente.
Principe juste, effets pervers
Le problème ne se situe pas au niveau du principe des candidatures, mais au niveau de l’effet qu’elles peuvent induire. Parce que, somme toute, les candidatures indépendantes n’assurent pas à leurs tenants la réussite ; mais elles se traduiront nécessairement par l’éclatement de l’électorat – au grand maximum 3 millions – au détriment des partis politiques. Dans les wilayas de l’intérieur par exemple, les populations seront prises en otage par les notabilités traditionnelles et autres lobbies pour voter en faveur d’un candidat issus d’une tribu, d’une ethnie ou d’une région. Les coalitions qui vont se constituer pour l’occasion prendront alors les contours des rapports traditionnels entre ces différentes entités. Le débat politique sera inaudible. Et le défaut ne vient pas nécessairement des partis politiques – encore que beaucoup d’entre eux doivent justifier leur raison d’être – qui n’ont pas encore eu le temps de se tailler une place dans la culture de ce pays. Depuis 1978, les régimes militaires successifs ont eu le temps de détruire jusqu’à la croyance aux valeurs morales et aux idéaux politiques. Aujourd’hui, depuis au moins vingt ans, la politique sectaire qui a dominé la scène nationale a eu pour effet de replier chaque pan de la société sur lui-même ; et les secteurs de l’Etat ont été partagés entre les différents lobbies qui l’ont dominé. Le changement consiste d’abord à rompre avec ces pratiques en donnant d’abord la primauté aux partis politiques et aux adhésions aux idéaux. Chaque parti constituant le creuset potentiel d’une conscience unitaire, trans-ethnique, trans-tribale. Il suffit de leur donner du temps. En commençant par encourager leur enracinement dans le paysage national. A eux maintenant, sur ce plan, de prouver leur valeur ; mais la compétition se passera entre eux. Ceux qui n’auraient pas d’envergure seront naturellement éliminés par le jeu naturel des choix des populations qui s’expriment par les adhésions et, le jour du vote, par le bulletin.
La guerre a commencé
Ce n’est donc pas par manque de confiance que les partis politiques ont pêché, comme certains « analystes » ont eu à l’écrire. Parce qu’ils ne craignent pas la compétition – ils s’y préparent – mais ils récusent la compétition déloyale (au regard de la réalité soulignée plus haut). En fait, ce qu’ils ne veulent pas, c’est de donner aux lobbies féodaux l’occasion de revenir et de prendre en otage le processus démocratique. Et ce sont ces milieux qui, aujourd’hui, cherchent à décrédibiliser les partis. Leurs ennemis principaux. Leur influence se fait sentir au niveau de l’administration et, tout compte fait, au niveau du Cmjd. Cette guerre contre les partis prend diverses formes : le nombre effarant de partis politiques pour une population limitée; les candidatures indépendantes ainsi que les « Initiatives ». Toutes ses réalités ont le même effet ; elles contribuent à disperser les voix avec le risque de conduire vers un blocage. La confusion qui va résulter de cette situation va être exploitée par les lobbies traditionnels pour revenir au pouvoir. Or, cette possibilité – qui est presque palpable dans cette perspective – a été rendue possible par la décision du Cmjd d’ouvrir la porte aux indépendants. Le reste n’en est que la conséquence. Et ça ne fait que commencer.
COE
Coordination nationale des indépendants : Vers la création d'un parti politique Suite aux dernières directives du président du CMJD, qui viserait à créer un troisième pôle, une coordination vient de se constituer. En effet l'assemblée constitutive de ce regroupement s'est tenue hier à l'Hôtel Halima de Nouakchott. Elle est présidée par Sidi Ould Dahi et comprend des hommes politiques et des notabilités. Parmi ses membres fondateurs, il faut citer Bâ Mbaré, Kaba Ould Elewa, Ahmed Salem Ould Bouna Moctar, Chrif Abdallahi, Athié Hamath… En fait toutes les pontes de l'ancien pouvoir. L'assemblée a rendu public, à l'image des procédures des partis politiques une déclaration de politique générale où elle reconnaît l'Islam comme religion d'Etat, la Constitution comme loi fondamentale et l'Unité nationale du pays comme principe sacré. Cette coordination explique sa naissance par le fait de l'échec des partis politiques dans les divers processus de démocratie adoptés par le pays depuis les indépendances. Elle regroupe toutes les personnes qui ont salué le mouvement du 3 août 2005 mais qui ne sont pas engagés dans les partis politiques. Par ailleurs, on a appris au moment du bouclage du présent numéro que le Ministre de l'Intérieur a reçu une délégation de la Coalition des Forces de Changement Démocratique composée de Messaoud O. Boulkheir, Ahmed Ould Daddah et Cheikh Ould Horma, venue aux nouvelles après les rumeurs faisant état de l'immixtion du pouvoir dans le processus électoral. Après un profond échange de vues, le Ministre a réitéré à ses hôtes les engagements de neutralité des autorités de la transition notant au passage que la scène politique est en mutation et qu'il faudrait que les acteurs s'y adaptent. Au terme de l'entrevue qui s'est déroulée dans de bonnes conditions, rendez-vous serait pris instamment entre cette délégation et le chef de l'Etat |
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