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Le Calame n° 554 du 20 septembre 2006
La voi(x)e intérieure du CMJD Ceux qui avaient fait preuve d'angélisme quant à la neutralité absolue du CMJD ont vu leur optimisme voler en éclats. Ely Ould Mohamed Vall ne sera pas accueilli par les anges au moment" où il laissera le pouvoir à son successeur. Il le sera par des humains. Des indépendants, cette fois-ci. C'est ainsi que le chef du CMJD a voulu qu'il soit. Ould Mohamed Vall a enfin fait connaître son petit penchant. Comme si pour un chef de transition, il existe un petit penchant. Il s'agit, en effet, d'une voie médiane entre le PRDS -ancêtre du PRDR, parti Etat de Ould Taya- et l'opposition traditionnelle que celui-ci qualifiait de radicale -celle de Ould Daddah, Ould Boulkheir et les autres. Cette voie que le chef de l^Etat s'investit à tracer par notabilités et autres caciques du prdr interposes s'appelle la voie des indépendants. Promouvoir les candidatures indépendantes et les soutenir. Une telle implication a provoqué un tollé au sein de la classe politique. Une immixtion grave dans le processus de transition, s'indigne l'opposition classique. Une opération de sape des institutions, s'insurge le PRDR. La neutralité que le CMJD avait affichée n'a jamais empêché les observateurs de spéculer sur son éventuelle implication. Une véritable quête du Graal a été engagée par les opportunistes de tout bord pour dénicher le candidat des militaires. Beaucoup de noms ont été avancés et à chaque fois, le CMJD a fait connaître, d'une façon ou d'une autre, son désengagement vis-à-vis de telle personnalité ou de telle formation politique. Certains se sont impatientés et les transfuges sont apparus partout. D'autres, par contre, ont su garder le cap et n'ont pas risqué l'action. Depuis le 03 août, les notabilités et les politiciens qui se greffent dessus fantasment et espèrent voir un signal, aussi minime qu'il soit, de la part des maîtres de la transition. A chaque occasion, Ely Ould Mohamed Vall réaffirme la neutralité du conseil militaire et celle du gouvernement. Et voilà qu'à quelques jours seulement du dépôt des listes électorales, le chef de l'Etat intervient d'une manière surprenante dans le processus, en orientant vers la" constitution de listes indépendantes. C'était une aubaine pour les forces tribales qui n'avaient développé depuis l'indépendance comme action politique que la culture du conformisme aveugle, et la proximité du pouvoir pour bénéficier de ses faveurs.
Tout a commencé quand un rapport d'enquête élaboré par les services du ministère de l'intérieur révèle que le PRDR fera un raz-de-marée aux prochaines élections. Ce cas de figure jetterait le discrédit sur la légitimité fondatrice du changement du 3 août et le conseil militaire se retrouvera dans une situation pas très confortable. Situation qui ne saurait s'améliorer quand, par exemple, la majorité parlementaire soutiendra un retour de Ould Taya sur la scène politique. Le PRDR demeure ainsi la formation politique qui pâtira le plus de cette nouvelle donne. Car ses décideurs, essentiellement des notabilités ou des fonctionnaires "notabilisés", ne sauront jamais se départir de leur réalisme atavique qui leur avait éternellement appris la façon de s'accommoder avec les pouvoirs en place. C'est également une rude épreuve pour les partis politiques. Vont-ils tenir le coup, en dépit des offres alléchantes que propose un pouvoir de transition qui s'affirme de plus en plus comme l'unique meneur du jeu et ne cache visiblement plus sa partialité, même si toute l'opération a été orchestrée d'une manière informelle. La confiance euphorique qui avait gagné des leaders politiques au point de cautionner toutes les actions du conseil militaire durant l'année écoulée prouve qu'en politique, opiunisine est synonyme de simplisme. Quels que soient les motifs avérés ou non du Conseil militaire cette mesure concourra à favoriser la cristallisation d'un esprit de suspicion qui n'augure pas de lendemains sans heurts. Cette troisième voi(x)e qui n'est en fait que la voix intérieure du conseil militaire ne sera qu'un énième avatar du parti unique. Une reproduction des structures d'éducation des masses. Une reconversion du PRDS/R qui deviendra sous peu le conglomérat des indépendants. Ainsi, le CMJD aura marqué sa partialité par l'émergence d'une flopée d'indépendants et d'initiatives indépendantes au détriment de l'un des piliers fondamentaux de la démocratie: le multipartisme. Et les partis politiques, comme l'auraient souhaité les maîtres de la transition, s'effriteront et deviendront des coquilles vides. Par ce que, justement, les chefs de la transition ont troqué la logique tribale contre l'esprit démocratique. Ils ont choisi de démanteler "le multipartisme" l'unique cadre à même d'asseoir une véritable culture démocratique. Ils pensent qu'avec l'éclatement d'un parti politique qu'ils jugent maléfique ils arriveront à éradiquer le mal ou à le circonscrire. Là, les patrons de la transition ne font qu'accroître le mal et le propager vers les rares cercles qui en étaient jusqu'à présent immunisés!-Et là, les Seigneurs de la transition, ne font que rééditer une situation qui nécessitera forcément qu'ils reviennent au pouvoir une seconde fois. AVM |
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