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- Nouakchott Info Quotidien n°1075 du jeudi 21 septembre 2006


NIQ n°1075 du jeudi 21 septembre 2006

Les  candidatures indépendantes submergent la scène

Retour des "candidatures rébellions "


Les  candidatures indépendantes submergent la scène

 

Alors que les uns et les autres parmi les acteurs politiques voulaient j accélérer les choses avant que les esprits ne se tournent résolument vers le Ramadan dont le jeun commencera probablement le 24/09/06, voilà que la deuxième semaine du mois de septembre les embarque dans une totale crispation de la scène politique avec la floraison des candidatures | indépendantes issues de leurs propres formations politiques.

 

Véritable danger menaçant leur existence même, car les adhésions aux partis politiques se faisant en groupe sous l'égide d'une personne qui, en quittant le parti, emporte un pan entier, ces candidatures indépendantes sont devenues le fossoyeur de cette démocratie annoncée.

Certes, elles permettront, à long terme de créer une troisième force, autre que les deux anciennes [l'ex-Majorité et l'ex-Opposition], mais elles faussent, dans l'immédiat, le jeu en vidant les partis politiques de leur base électorale, alors que leurs calculs étaient déjà faits sur des têtes de listes et des personnalités porteuses de voix qui les abandonnent ainsi, à la dernière minute. Avec cette nouvelle orientation du jeu politique, il est évident que seuls resteront dans les partis, les directions et les quelques militants drainés par elles. Le timing de cette reconsidération, pour ne pas dire, de cette incitation des candidatures indépendantes, est-il un coup de poignard dans le dos de la classe politique, sachant qu'il coïncide avec le dépôt, dès aujourd'hui jeudi 21 septembre, des candidatures et le relâchement physique et moral qui accompagnera l'avènement du Ramadan, le mois d'octobre et son jeun devant s'achever sur l'entrée en campagne électorale et ie déroulement effectif de la double élection municipale et législative du 19 novembre prochain.

 

Pourtant le seul crime de la classe politique pour subir cette foudre des candidatures indépendantes aura été d'avoir préféré une bipolarisation (la CFCD ne compte aucun parti de l'ancienne Majorité) qui, aux yeux des nouvelles autorités, ne servirait ni la transition ni l'après transition, si l'on considère qu'aujourd'hui tout donne l'impression que les chefs et leurs partis pensent que les élections comme le lieu d'affirmation d'une victoire décisive sur leurs "ennemis", une fois pour toutes. Ils se voient déjà en vainqueurs incontestables, qui auront entre leurs mains les rênes du pouvoir absolu. Une situation qui vole en éclat avec la floraison des candidatures indépendantes et, à quelque chose malheur est bon, place la CFCD et le PRDR, voire de l'ex-majorité et de l'ex-opposi-tion, sur une même longueur d'onde, obligés qu'ils sont de mener le même combat pour sauver la démocratie et la Nation entière. D'ailleurs la déclaration de la CFCD du 18/09/06 qui "dénonce et rejette avec force ces pratiques contraires aux engagements de neutralité (...) invite tous les partis politiques et toutes les organisations de la société civile à assumer leurs responsabilités face à toute ingérence des autorités de la trnnsition dans la compétition politique    et    électorale "est apparue plus ferme que celle du PRDR, pourtant frappé de plein fouet par une hémorragie interne avec les départs de ses barons et notables pour créer des listes indépendantes. Réunie ce mercredi, au siège de l’APP qui assure pour le moment sa présidence tournante, la Coalition des Forces pour le Changement Démocratique (CFCD] a planché sur la question de ses propres accords électoraux lesquels devaient se faire en son sein, sachant que pour la liste nationale où les indépendants de quelque bord qu'ils soient sont persona non grata, il faut chercher à faire des listes communes où ses indépendants (Islamistes, Flam-Rénovation ou autres), arboreront, le temps de l'élection, les couleurs du parti sous les couleurs duquel ils pourraient se présenter.

Car, non seulement le temps presse mais certaines grandes formations de la CFCD sont très minoritaires dans des wilaya comme les deux Hodhs où c'est véritablement le "ou ça passe, ou ça casse", les électeurs atteignant les 250.000 voix contre moins de 6.000 ailleurs.

Même si nous pouvons comprendre que la priorité est à présent pour tout* un chacun de gagner, au sortir de la municipale et de la législative, une place au soleil des élus, force est de constater que les candidatures indépendantes empêcheront les partis politiques d'avoir une majorité parlementaire confortable.

Et comme la présidentielle ne sera remportée que par celui qui aura à la fois les tribus et l'argent, les  candidatures indépendantes mettent un doute plus grand sur le passage, jusque là probable, de l’un des candidats déjà déclarés ou donné favori.

Mohamed Ould Khattat

mmkhattatt@hotmail.com


 

Retour des "candidatures rébellions "

 

Après l'ouverture, le 20 septembre, du dépôt des candidatures pour les élections municipales du 19 novembre, les partis politiques ne se bousculent pas aux portes du ministère de l'intérieur. Ils ne sont pas prêts et disent attendre "la désignation de leurs candidats par la base." Une réponse très commode pour cacher les frondes qui se préparent. Des "mécontents de n'avoir pas été investis " s'apprêteraient à jouer la carte des candidatures indépendante ou plus exactement "candidatures rébellion."

 

"Les militants désigneront les candidats" "C'est la base qui choisira" "le parti ne veut pas parachuter des candidats" Telles sont les réponses que les états majors des partis politique donnent à la question "quels sont vos candidats ?" Au moment de l'ouverture du dépôt des candidatures pour les élections municipales du 19 novembre, à quelques exceptions près, aucun parti politique n'a dévoilé ses listes au public. La désignation des personnes devant figurer sur les listes candidates dont il est question s'apparente plutôt à des sortes de marchandages de couloir loin des foules.

 

A entendre les responsables des partis politiques, on a l'impression que pour choisir les membres des listes candidates aux municipales, il sera organisé des primaires pour départager les nombreux postulants. Seulement la désignation des candidats par la base sous forme de primaires suppose des formations politiques structurées connaissant le nombre exact de leurs militants au niveau de toutes leurs sections et sous-sections. La presque totalité des partis politiques ne disposant pas de ces sections, on se demande bien comment les "militants pourront désigner les candidats ?

 

 

Avec des primaires sans une liste de militants connus, les candidats d'un parti X pourraient être investi par les sympathisants d'un autre. La désignation des candidats par les militants dont on parle tant n'est rien d'autres que de petits marchandages entre quelques responsables politiques et quelques barrons qui se partagent les différents mandats à pourvoir en essayant de tenir compte des équilibres tribalo-éthniques ou familiaux. La désignation des candidats à la candidature par les militants ne souffre généralement aucune contestation. C'est ceux, au nom desquels on prétend faire la politique, qui choisissent. Comme, ce n'est pas les cas pour les partis politiques mauritaniens, les investitures, traditionnellement, sont toujours suivies de démissions collectives de ceux qui n'ont pas été choisis. Le PRDS, au cours de son long règne, a beaucoup souffert de la concurrence de listes ou de candidats indépendants, mécontents de n'avoir pas été investis par le parti. " Ces listes rébellion " sont en partie, à l'origine de l'interdiction des candidatures indépendantes aux élections municipales et législatives au temps de Maaouya.

Après le trois août, le CMJD, en dépit de la forte opposition d'une majorité de partis politiques, a "relégalisé" ces candidatures indépendantes. Et, en cette période de dépôt des listes, il y aura, fort probablement, des "candidatures rébellion " qui feront une forte concurrence aux partis. La polémique sur "des listes indépendantes qui seraient encouragées      par   le   CMJD   " n’est pas de nature à rassurer les formations politiques.

L’esprit de la démocratie, l’esprit de la Constitution du 20 juillet 1991 voudrait que tout mauritanien voulant postuler à un mandat électif ne soit contraint de passer par un parti politique.  Seulement, de l’avis de certains, une loi électorale doit tendre vers l'instauration d'institutions équilibrées et stables. La faiblesse des partis politique, absents sur des pans entiers du territoire national, la force des chefferies traditionnelle, le-poids de l'argent, le déficit de conscience citoyenne...sont telle en Mauritanie que l'ouverture des mandats électifs aux candidats indépendants pourrait déboucher des mairies ingérables et une assemblée nationale réceptacles de toutes sortes de particularismes et de sectarisme. Une véritable pagaille qui ôtera à ces institutions toute efficacité ou crédibilité. Les futurs conseils municipaux pourraient être constitués de groupe d'intérêts disparates qui n'auront d'autres ambitions que le partage des maigres ressources des communes. Dans les conseils municipaux d'après trois août, seront représentés les tribus, les familles, et autres groupe d'intérêts.

Au    niveau    de    l'assemblée nationale également, la voie est ouverte aux indépendants. Ils pourraient y faire une entrée massive et défendre non pas les intérêts de la nation mais de groupes restreints. L'idée du député élu de la nation ne saurait être appliquée à ceux qui se sont appuyés sur leurs clans pour accéder à l'assemblée nationale.

Le scrutin indirect permettant aux conseillers municipaux d'élire le maire est aussi une source d'instabilité des institutions. Il n'est pas exclu que des conseillers appartenant aux partis politiques se fassent débaucher, au moment du choix du maire, par des indépendants.

Les listes indépendantes feront-elles jeu égal ou remporteront-elles sur les partis politiques le 19 novembre prochain ? Poser la question est, en soi, un signe de très mauvaise santé démocratique.

Khalilou Diagana

khalioubi@yahoo.fr


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