Interview de Mohamed Ould Moloud, président de
l’UFP
«Sont exclus de notre parti,
ceux qui sont coupables de crimes économiques, de crimes de sang, ou qui ont un
manque d’honorabilité sociale avérée».
(L'Authentique n°327
du jeudi 22 juin 2006)
L’UFP vient d’enregistrer l’adhésion de près de
250 leaders politiques du Tagant, transfuges du PRDS, dont l’ancien ministre de
la Communication de Ould Taya, Hamoud Ould Abdi qui ferait encore partie des
Nasséristes. Nous avons rencontré le président du parti Mohamed Ould Moloud pour
être édifiés sur les raisons d’une telle «concession», si l’on sait qu’en 1998,
les leaders du parti s’étaient éloignés d’Ahmed Ould Daddah, lui reprochant son
mariage contre-nature avec les Nassairistes, au temps de l’UFD/EN.
L’Authentique : le fait que vous ayez récemment entériné l’adhésion de
Nasséristes à l’UFP, perturbe nombre d’observateurs qui se rappellent qu’une
décision analogue avait été à l’origine de la crise de l’UFD/EN en 98 !
Mohamed Ould Moloud : d’abord, nous n’avons jamais dit que nous n’accepterons
jamais de Nasséristes. Notre position en 98 s’explique au travers d’un contexte
et par rapport à des attitudes d’individus donnés pendant des événements donnés.
Vous dites que nous avons accepté des Nasséristes ! De quels Nasséristes
s’agit-il ? Vous semblez vous focalisez sur une personne qui traîne cette
étiquette, alors que ce sont plus de 250 personnes qui ont décidé de se joindre
à nous. Dans tous les cas, celui-ci n’a pas adhéré au parti en tant que
Nassériste. Ce dont il s’agit n’a rien a voir ni avec le Nassérisme, ni avec un
« isme » quelconque. C’est un groupe du PRDS du Tagant, qui est connu depuis
très longtemps pour la place qu’il occupe dans l’échiquier politique, et qui
comporte des gens de cinq communes. Cet ensemble n’a aucun caractère tribal,
idéologique ou autre. Il se trouvait dans le PRDS depuis pratiquement quinze ans
et y formait une farouche opposition. Faut-il signaler la présence dans ce
groupe, d’individus d’envergure, tel Moustapha Sidatt, plusieurs fois proposé à
des fonctions électives ? Faut-il aussi indiquer que de nombreux dirigeants, qui
ont eu des responsabilités d’Etat importantes (anciens ministres, anciens
administrateurs tel l’ancien Wali de Nouakchott, et beaucoup d’autres
personnalités de tous les horizons, font partie de cet ensemble ? Je ne vois pas
pourquoi vous singularisez Hamoud Ould Abdi des autres. Il n’est pas venu nous
voir en tant que personne isolée. Il s’est présenté dans un groupe de personnes
autonomes et indépendantes. Ce qui les unit, c’est ce passé commun d’opposition
au sein du PRDS.
L’Authentique : comment le contact a-t-il été noué ?
Mohamed Ould Moloud : ce groupe nous a rejoints après avoir décidé sur une base
d’analyse objective des partis politiques que nous convenons le plus à son
aspiration au changement. Ces leaders auront rencontré plusieurs formations
politiques tels le RFD et l’APP. Personne n’a rejeté la discussion avec eux dans
l’objectif de leur adhésion. Ils ont décidé d’aller à l’UFP pour un ensemble de
considérations politiques qu’ils ont publiées dans leur déclaration. Il ne
s’agit pas d’une position sentimentale liée à ma personne ou d’un calcul à court
terme. Ils considèrent qu’ils veulent jouer un rôle sur le plan national, mais
ils veulent le faire à partir des positions de notre parti, en adhérant à notre
ligne politique.
L’Authentique : continueront-ils de se retrouver en tant que groupe au sein de
l’UFP ?
Mohamed Ould Moloud : en arrivant à l’UFP, ils ont pris l’engagement de cesser
de se constituer en tant que groupe et même en tant que tendance, devenant à
l’occasion de simples militants respectueux de la discipline de notre formation.
L’enseignement le plus important que vous avez omis, c’est le poids social de
ces individus qui viennent de nous rejoindre aussi bien dans le Tagant que
partout dans le pays. Le groupe est constitué de personnalités qui ont joué un
rôle très positif dans le passé, soit dans leurs fonctions administratives, soit
dans leurs fonctions électives. L’objectivité aurait été que si vous avez un
reproche à adresser à une de ces personnes, que vous mettiez en exergue aussi le
rôle très positif que certains d’autres eux ont joué dans le pays.
L’Authentique : certes, mais cela ne doit pas amener à parler de Hamoud avec
lequel vous n’étiez certainement pas d’accord !
Mohamed Ould Moloud : encore une fois, Hamoud Ould Abdi est une personnalité
parmi plus de deux cents autres… Selon nos informations, il a cessé d’avoir un
engagement idéologique quelconque depuis la fin des années 80. Il était devenu
quelqu’un qui travaille au sein de l’administration, un commis de l’Etat… Ce qui
est important pour nous, c’est qu’il n’a pas été de ceux qui ont joué un rôle
dans le soutien de Maaouiya durant la période obscure et négative des années 80.
Il n’est aussi pas quelqu’un qui peut être accusé de détournements de biens
publics. Il est vrai que sa fonction de ministre de la Communication met en
avant surtout son côté médiatique. Et évidemment, en tant que ministre de
l’information, il doit défendre les positions du pouvoir en place. C’était notre
divergence principale avec lui. S’il renonce à ces positions et s’il se range
sur les nôtres, nous y voyons quelque chose de très positif. Partant, nous
souhaitons que tous autres membres du PRDS et tous les anciens ministres du PRDS
qui ont des positions politiques que nous contestions ou que nous désapprouvons,
finissent par se rendre compte que celles-ci ne sont pas bonnes et conséquemment
viennent soutenir le mouvement du changement dans le sens positif. Le plus
important aujourd’hui, c’est de convaincre tous ceux qui se trouvaient de
l’autre côté de venir pour soutenir le changement au lieu de s’opposer au
changement que nous prônons.
L’Authentique : cette vision des choses relève-t-elle du réalisme ou de
l’opportunisme de votre parti ?
Mohamed Ould Moloud : l’UFP est à la recherche d’adhésion de tous les
Mauritaniens qui veulent soutenir son programme et ses positions. Quelqu’un qui
vient à l’UFP accompagne l’adhésion du parti pour l’unité nationale, son
engagement pour une répartition plus équilibrée des richesses du pays, pour le
règlement des problèmes en suspens, notamment le passif humanitaire, le problème
de redressement de l’Etat et l’édification d’un Etat de droit.
Si vous jetez un coup d’œil sur l’adhésion de ce groupe, vous constaterez
qu’elle a un caractère particulier : après avoir réellement étudié les positions
du parti, ces personnalités ont adhéré à ses objectifs mais aussi à sa ligne
politique. Pour nous, tous les Mauritaniens, sans exception, sont concernés par
notre appel à l’adhésion à notre ligne et au soutien à notre engagement. Sont
toutefois exclus, ceux qui sont coupables de crimes économiques, ceux qui sont
coupables de crimes de sang, et ceux qui ont un manque d’honorabilité sociale
avérée.
L’Authentique : quel sens donnez-vous à l’adhésion du groupe du Tagant ?
Mohamed Ould Moloud : l’UFP, son programme, son orientation, trouvent là une
consécration. Nous sommes très satisfaits et très fiers que l’orientation du
parti commence à gagner l’adhésion de ceux qui étaient jusqu’à présent réticents
à notre égard. Cela rend le parti capable d’envisager les échéances à venir avec
davantage d’assurance et d’optimisme. Je pense que leur adhésion à notre
programme et le fait que nous mêmes nous ayons accepté cela, est pour nous un
message très clair que nous envoyons à tous ceux qui dans l’autre camp pensent
que les portes leur sont fermées. Nous voulons leur dire que le changement est
vital pour la Mauritanie. Le changement peut avoir lieu avec tout le monde,
toutes les bonnes volontés, toutes les forces patriotiques dans ce pays. C’est
pour cela que nous voulons que tous se décident enfin à adhérer au mouvement du
changement.
L’Authentique : en acceptant ce groupe qui ne jouera forcément pas à la
figuration, ne craignez-vous pas créer des mécontentements au sein de votre
formation à l’heure des choix des candidatures aux fonctions électives ?
Mohamed Ould Moloud : absolument pas ! De toutes façons, notre formation, comme
la majeure partie des regroupements politiques de l’opposition traditionnelle,
s’est présentée dans un nombre très limité de circonscriptions en 2001. Je pense
que nous sommes trois à quatre partis présents dans une soixantaine de
circonscriptions sur 208. Cela veut dire qu’il y a de la place pour tout le
monde. Les nouveaux adhérents, comme les anciens adhérents, sont tous des
militants traités de la même manière. Ils ne seront promus aux candidatures que
s’ils sont capables de faire gagner le parti dans la compétition et s’ils
correspondent au profil que le parti aura décidé. Ce sont là les garanties
généralement que le parti a, pour que ses choix soient considérés comme bons. Je
ne peux terminer sans vous dire qu’il est clair pour nous que tous les militants
ont les mêmes droits et les mêmes devoirs, qu’ils soient nouveaux ou anciens, le
reste relève de la contribution que chacun pourra apporter en termes
d’engagement et de sacrifice.
Propos recueillis par Oumar El Moctar
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